26/05/2022
Hello amis entrepreneurs, c'est l'heure de notre
Journée 15 : Dilemme
Mercredi- 19H30 Un café aux environs de Bonanjo
Pourquoi faut-il toujours que je finisse par être en train de courir d’un endroit à l’autre. Tout ça parce que cette fois, cerbère a trouvé bon de faire une réunion de r***e de la stratégie marketing et commerciale en plein dix-sept heures trente. Et tout ça, on n’a rien fait de concret, juste l’écouter dénigrer nos performances, fixer des standards irréalisables, forcer les gens à prendre la parole pour ensuite les rabaisser publiquement… Bref, rien de productif ! Heureusement que j’ai pu m’esquiver deux minutes pour appeler mon rendez-vous et lui expliquer la situation. J’espère vraiment qu’elle ne s’est pas impatienté et est partie. Seigneur, s’il te plait je compte sur toi, adoucis son cœur et que le rendez-vous se passe au mieux, déjà que je l’ai supplié pour qu’elle baisse ses honoraires, voilà que je la fais attendre.
La salle est pleine, la musique d’ambiance assez discrète est surplombée par les brouhahas heureux des groupes d’amis et de collègues piaillant joyeusement. Téléphone en main, je lance l’appel histoire de repérer dans la foule la femme que je suis supposé rencontrer. A la seconde où elle décroche, je suis déçue de ne pas l’apercevoir, de ne voir personne dans la salle décrocher son téléphone. Serait-elle partie ? Non. Elle m’indique être à l’étage parce que le bas était trop bruyant et noir de monde. Je lui demande comment la rejoindre, elle me dit simplement de demander à un des serveurs le chemin vers la terrasse. Je le fais et le jeune homme très serviable m’indique une porte derrière leur comptoir.
Je l’emprunte, dubitative ; qui a l’idée de faire passer des clients derrière le personnel. Toutefois ma stupéfaction va s’arrêter net. En sortant des escaliers, je tombe sur un magnifique espace, dans la partie couverte, une sorte de bar à l’américaine avec d’autres barista qui sont à l’œuvre, des petits carrés de canapés en cuir parsemés dans la salle, de délicieuses œuvres d’art savamment placées, de la verdure disséminée, un coin qui ressemble à une bibliothèque, ce qui ressemble à de petits espaces VIP derrière des rideaux de raphia, le lieu respire plus que le bas que je trouvais déjà pas mal, une envoutante ambiance d’Afrique métissée.
Ici, il y a étrangement moins de gens, sans doute beaucoup ignorent même qu’au-dessus de leur tête, il y a ce petit coin de paradis. La musique ressort plus distinctement et pour peu j’aurais envie de m’affaler sur un canapé pour siroter un cocktail de fruits et oublier tous mes soucis.
- Solange, je présume.
- Wow.
Je n’ai pu m’empêcher de sursauter en me retournant pour voir qui venait de m’interpeller.
- Madame Francine. Vraiment je suis désolée du re**rd, vraiment, navrée, entièrement désolée, je ne sais comment rattraper le coup.
- Déjà, je vous ai dit de m’appeler Francine tout simplement. Et arrêtez de vous excuser, je suis là, vous aussi, rachetons le temps et travaillons. J’espère que ça ne vous dérange pas mais j’ai pris un espace privé, j’avais un call vidéo à rattraper c’était plus calme encore. Sinon ils ont une terrasse encore plus jolie que l’intérieur, on peut s’y poser si vous le souhaitez.
- Oh, ça va aller, si c’est plus beau encore que l’intérieur, je risquerais d’être extrêmement distraite.
- D’accord, alors je suis dans ce box-là, asseyez-vous et pendant que vous reprenez votre souffle je vous commande quelque chose au comptoir. Vous souhaitez quoi ?
- Euh, juste un cocktail de fruits.
- Rien à manger ?
- Non, ça ira.
- D’accord.
Je n’arrive pas à y croire, alors c’est cette jeune femme en jean t-shirt et vans que je suis venue voir et à qui je vais donner la moitié de ma paye pour une consultation ? Juste ciel ! Espérons que ce ne sera pas du gâchis. Mais c’est Patricia ma gestionnaire de compte à la banque qui me l’a recommandé comme quoi tout ce qu’elle toucherait deviendrait de l’or. J’attends de voir.
- Bien, les serveurs arrivent avec la commande. Vous ne m’en voudrez pas j’avais un peu faim alors j’ai commandé pour deux mais uniquement des trucs légers, à picorer et diètes au cas où vous m’avez dit non pour raison de régime. Et au cas où ça ne vous tente vraiment pas, je peux manger pour dix donc ça ira. Alors, on va plonger dans le vif du sujet Solange, parlez-moi un peu de vous.
- Je m’appelle Solange Epouhé, c’est le nom de famille que m’a laissé mon défunt mari. Il m’a aussi laissé un fils que j’adore et que j’élève toute seule depuis trois ans maintenant. Je travaille dans les assurances comme commerciale, mais honnêtement, je ne veux plus de ce travail. Au départ, je me voyais grimper les échelons coté carrière et ainsi améliorer le standing de vie de mon fils et moi, mais cette possibilité me semble compromise, je ne pourrais pas vous en dire plus. Depuis toujours par contre, j’ai toujours appris à me débrouiller, à faire tourner l’argent, à épargner du coup l’évidence pour moi serait de ne plus me contenter d’en faire des petits business à coté mais bel et bien mon occupation et gagne-pain à temps plein. Et c’est dans ce cadre-là que j’ai fait appel à vous.
- Très bien. A ce propos, je pense que vous devez avoir plein de questions sur moi. On a, à peine discuté deux fois au téléphone et c’était essentiellement pour fixer ce rendez-vous.
- C’est vrai que mon amie Patricia vous a recommandé à moi avec tellement d’insistance que je n’ai pas eu d’autres choix que de chercher à vous voir à tout prix.
- Ah ! Patricia, elle a le chic pour savoir survendre les choses et convaincre. Toujours est-il…
Et elle s’est brièvement présenté, m’a parlé de son parcours, de son cabinet Utafiti Corporation, de quelques des entreprises de leur portefeuille d’investissement, de leurs critères de sélection et de pleins de détails captivants que j’ai avalés avec quelques des biscuits et viennoiseries et fruits qui venaient d’arriver –fruits mis à part, on ne doit vraiment pas avoir la même notion de diète elle et moi-. Elle m’a ensuite questionnée sur mes deux projets de long en large, m’a questionné ensuite sur mes habitudes financières, mes projections par rapport à chaque projet, comment je voyais ma transition, comment je gèrerais si ça ne se passe pas comme je le souhaite, et tellement d’autres sujets que je me croyais plus en rendez-vous chez un psy qu’en consultation pour mon affaire.
C’est à la fin, quand elle a fait une synthèse de mes concepts d’entreprise, du marché que je ciblais, de mes forces et faiblesses, de la démarche qui serait la plus prudente, du mode de financement que je devrais privilégier, du type de sécurité dont je pourrais m’entourer, c’est là, là que je me suis dite que j’avais bien fait de serrer la ceinture pour payer pour cette heure de travail qui avait déjà été largement débordée.
Nous nous sommes dite au revoir quand elle m’a déposé sur le pas de ma porte me faisant promettre que je prendrais le temps de suivre les cours qu’elle m’avait recommandé pour réaliser les travaux qu’elle m’avait recommandé en vue de trancher le dilemme : projet restaurant ou boutique.
(A suivre …)
Arielle I pour BMBS tous droits réservés.