31/05/2026
2511- L'INVENTEUR DE LA PENSEE COMPLEXE, EDGAR MORIN EST MORT A 104 ANS - Pour l'Afrique, On ne gagne pas une guerre intellectuelle en ignorant les généraux adverses, comprendre la pensée dominante, est une arme.
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Extrait de la Leçon de Pensée Critique et de Pensée Complexe n° 2511 de Jean-Paul Pougala en hommage à la mort de Edgar Morin, destinée aux enfants es écoles primaires d'Afrique, à lire en intégralité avec 9 livres gratuits sur la Pensée Complexe d'Edgar Morin à télécharger sur www.pougala.net
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INTRODUCTION
On ne gagne pas une guerre intellectuelle en ignorant les généraux adverses - Le piège du panafricanisme naïf : confondre fierté et stratégie : comprendre la pensée dominante, même quand elle est hostile, est une arme.
La pensée complexe est une manière de comprendre le monde qui refuse les explications simplistes. Elle a été développée par le sociologue et philosophe français Edgar Morin qui est mort hier samedi le 30 mai 2026 à l'âge de 104 ans. Son idée centrale : la réalité est faite d’éléments multiples, liés entre eux, qui interagissent en permanence. Et je lui rends un vibrant hommage.
J'ai déjà par le passé rendu hommage à la mort de Edgar Pisani, une sommité française qui a contribué à me forger pour que je sois l'homme critique que je suis devenu. Cela ne m'empêche pas de continuer mes critiques du système d'abaissement colonial de l'humain et post-colonial que pratique la France.
Le français Edgar Morin vient de mourir à l'âge de 104, et je lui rends le plus vibrant hommage, parce qu'il n'y a pas meilleurs auteur européen qui a structuré ma pensée comme lui, et pour moi, le connaitre en arrivant e Italie en 1985 et découvrir la pensée complexe qu'il venait d'inventer pour faire la conjonction entre la pensée critique et la pensée globale qui existaient déjà, a été pour moi une véritable révélation. Et aujourd'hui, je peux dire qu'il m'a aidé à mieux structurer ma critique contre un système de prédation contre l'Afrique, à commencer par la France-Afrique. Nous verrons plus loin dans cette leçon les détails de sa pensée sur la colonisation.
Quand je cite Kant, Montesquieu, des voix se lèvent en Afrique pour dire "c'est un raciste", ou "il était contre les noirs", oui ça je le sais mais est-ce suffisant pour que je me prive de son enseignement ? de sa pensée ?
Je reste convaincu que lorsqu'on va en guerre, on écoute d'abord et surtout l'ennemi. Et c'est la leçon que je vous invite à tirer aujourd'hui de mon hommage à Edgar Pisani.
A mon avis, former la jeunesse africaine à l’excellence, ce que je tente de faire, ce n’est pas la flatter, ce n'est pas lui dire ce qu'elle a envie d'entendre, mais c’est lui donner les outils les plus puissants possibles.
On ne se libère pas en se fermant, mais en comprenant profondément ce qui nous a façonnés, y compris nos adversaires. Rendre hommage n’est pas se soumettre : c’est reconnaître ce qui vous a armé.
J'ai écrit plus haut :
“Pisani m’a aidé à devenir l’homme critique que je suis.”
“Morin a structuré ma pensée comme personne.”
C’est exactement ça : je rends hommage à ce qui m’a donné des armes intellectuelles, et non pas à un système politique. Pisani m’a donné la rigueur administrative et politique. Morin m’a donné la pensée complexe, la capacité de relier, d’articuler, de dépasser.
Et ces armes, je les utilise contre les logiques de domination, de prédation, de subordination. je ne suis pas un disciple, je suis un stratège. Je crois que j'énerve 99% d'africains, à cause de ma position sur Dieu qui n'existe pas ou la sorcellerie qui n'existe pas. Mais est-ce que je vous demande de devenir mes disciples ?
Morin m’a donné ce que peu d’auteurs donnent : une méthode pour penser contre la domination. La pensée complexe de Morin est une révolution parce qu’elle m’a permis de faire la jonction entre la pensée critique (démasquer les systèmes de domination) et la pensée globale (comprendre les interconnexions planétaires).
Et c’est précisément ce dont on a besoin pour analyser la Françafrique, les systèmes de prédation, les mécanismes de dépendance, les structures postcoloniales, les logiques géopolitiques qui maintiennent l’Afrique dans une position subalterne.
Morin m’a donné une méthode, et non pas une idéologie. Et une méthode, c’est une arme.
Pour se libérer, je reste convaincu que les peuples dominés ont une priorité dans leurs actions : connaître l’architecture mentale de ceux qui les dominent. Je me dois de connaître en priorité mon ennemi, si je veux me libérer. Je dois maîtriser son mode de pensée et les détails sur son mécanisme de fonctionnement.
C’est une vérité stratégique universelle déjà pensée par plusieurs théoriciens :
Sun Tzu : “Connais ton ennemi et tu vaincras.”
Fanon : comprendre la psychologie coloniale est la première étape de la libération.
Ngugi : la décolonisation passe par la maîtrise des outils intellectuels de l’adversaire.
Montesquieu : comprendre la séparation des pouvoirs, c’est comprendre comment les États se protègent.
Kant : comprendre la morale occidentale, c’est comprendre son universalisme.
Je n’utilise pas leurs idées pour m’agenouiller, mais pour me lever.
En toute circonstance, je cherche à incarner la position la plus puissante : l’appropriation critique, pour surtout éviter d'être dans la haine, le rejet, la victimisation, la glorification naïve de l’Afrique, et le repli identitaire.
Etre dans l’appropriation critique, c'est prendre ce qui est puissant, c'est rejetter ce qui est toxique, c'est transformer ce qui est utile, c'est retourner les outils contre le système qui les a produits.
C’est exactement ce que font les grandes civilisations :
La Chine lit Marx pour battre l’Occident. L’Inde lit Weber pour comprendre la modernité. L’Afrique doit lire Morin, Kant, Sun Tzu, Montesquieu, Lénine, Marx pour se libérer.
En tout cas, je chercher à montrer à la jeunesse africaine la voie de l’excellence : apprendre de tous, ne se soumettre à personne. Chaque jour, j'écris des leçons dans lesquelles, je rappelle à cette ceci :
“Ne vous limitez pas.”
“Ne vous autocensurez pas.”
“Ne rejetez pas un auteur parce qu’il est européen.”
“Ne vous privez pas des armes intellectuelles les plus puissantes.”
“Utilisez-les pour construire votre propre pensée.”
C’est exactement ce que font les élites du monde entier. Parce que l’excellence n’a pas de couleur. La domination, si. Et pour la combattre, il faut des armes universelles.
Je rends hommage à Morin et Pisani non pas parce que je suis soumis, mais parce que je sais reconnaître ce qui m’a armé pour mieux combattre.
A ce titre, je cherche à vous conduire avec moi, dans la position la plus forte, celle des dominés qui cherchent à connaître l’adversaire, à connaître le système, à connaître les outils et donc, pour les retourner au final contre la domination même. Et ça, c’est la marque des grands esprits.
Oui, Kant a écrit des choses racistes. C’est un fait. Il a produit des passages où il hiérarchise les peuples, et ces passages sont aujourd’hui indéfendables. Mais ce point ne doit pas être confondu avec la question essentielle : Est‑ce que ses erreurs morales annulent la puissance de sa pensée philosophique ? La réponse est non.
Une pensée peut être moralement fautive et intellectuellement indispensable
Voici la vérité que beaucoup de Panafricanistes naïfs n’osent pas dire : si vous voulez former des esprits capables de rivaliser avec les meilleurs du monde, vous devez les exposer aux penseurs les plus puissants du monde, même s’ils étaient imparfaits.
Kant a fondé la philosophie morale moderne. Hegel a écrit des choses problématiques sur l’Afrique, mais il a structuré toute la philosophie de l’histoire. Descartes a des angles morts, mais il a inventé la méthode moderne. Nietzsche a été récupéré par des idéologies abjectes et racistes, mais il a révolutionné la critique des valeurs.
A mon avis, refuser ces auteurs, c’est se tirer une b***e dans le pied intellectuel.
Quand on va en guerre, on écoute d’abord l’ennemi, parce que comprendre la pensée dominante, même quand elle est hostile, est une arme. Les penseurs européens ont structuré la science moderne, la philosophie, le droit, l’économie, la politique, la logique, la critique et la méthode.
Si nous souhaitons que la jeunesse africaine domine ces domaines, elle doit connaître les fondations, même si elles viennent d’hommes imparfaits. On ne gagne pas une guerre intellectuelle en ignorant les généraux adverses.
Le piège du panafricanisme romantique et naïf : confondre fierté et stratégie
Certains panafricanistes pensent que “Lire Kant ou Montesquieu, c’est trahir l’Afrique.” Je crois que c’est une erreur stratégique majeure. Parce que l’excellence n’a pas de pays, de peuple ou de couleur, la rigueur n’a pas de passeport, la puissance intellectuelle n’a pas d’ethnie.
Nous ne pouvons pas former une élite africaine excellente en la protégeant du monde. Nous la formons en la rendant capable de dominer le monde intellectuel. Lire Kant, Morin, Montesquieu ou Aristote, ne vous empêche pas de lire Cheikh Anta Diop. Lire Hegel ne vous empêche pas de lire Mudimbe. Lire Nietzsche ne vous empêche pas de lire Ngugi wa Thiong’o.
La bonne stratégie consiste à lire Kant et le critiquer, c'est de lire Cheikh Anta Diop et le critiquer car la vraie puissance intellectuelle, ce n’est pas d’éviter Kant ou Cheikh Anta Diop ni de les adorer. La vraie puissance intellectuelle C’est lire Kant, Montesquieu ou Cheikh Anta Diop et de les comprendre profondément, les dépasser, les critiquer avec des outils solides, les replacer dans leur contexte, montrer où ils se trompent et où il sont géniaux.
C’est exactement ce que font Fanon, Appiah, Souleymane Bachir Diagne. La critique n’est possible que si on maîtrises l’objet de ta critique.
Pour faire simple, se priver de Kant serait une faute stratégique. Oui, Kant a écrit des choses racistes. Non, cela ne doit pas nous empêcher de l’enseigner. Parce qu'on ne forme pas une élite en la limitant, on ne gagne pas une guerre en refusant les armes les plus puissantes, on ne construit pas une pensée forte en évitant les penseurs difficiles. L’objectif n’est pas de protéger la jeunesse africaine comme pensent le faire les panafricanistes romantiques et naïfs. L’objectif est de l’armer. Et pour cela, il faut lui donner les meilleurs outils intellectuels du monde, africains et non africains.
Montesquieu a dit les choses critiquables sur les noirs, mais cela ne suffit pas pour que je me prive de sa pensée de la séparation des pouvoirs en politique. Parce que les européens en général et les français en particulier qui dominent l'Afrique, le pratiquent. Et je me dois de connaitre même mon ennemi, pour savoir comment le neutraliser et l'empêcher de continuer d'utiliser mon peuple pour rendre la soumission, perpétuelle
faut‑il renoncer à un penseur parce qu’il a eu des positions moralement condamnables, alors même que sa pensée structure le monde qui nous domine ? La réponse instinctive est bien entendu, Non ! Il ne faut pas s’en priver, est la bonne.
Montesquieu a écrit des choses racistes. C’est vrai. Mais cela ne change rien à un fait fondamental : la séparation des pouvoirs est l’un des outils politiques les plus puissants jamais inventés. Et cet outil est utilisé par les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni (sous une autre forme); tous les grands pays qui dominent le monde.
Ce sont ces mêmes États qui dominent l’Afrique sur les plans : économique, militaire, diplomatique, culturel et institutionnel.
Donc si on veut comprendre comment ils fonctionnent, comment ils pensent, comment ils se protègent, comment ils se renforcent, il faut lire Montesquieu. Et Refuser Montesquieu, c’est refuser de comprendre l’architecture mentale de ceux qui nous dominent.
Et on ne neutralise pas un système qu’on ne comprend pas ! Alors que je me dois de connaître même mon ennemi, pour savoir comment le neutraliser. C’est exactement la logique des grandes écoles stratégiques :
Sun Tzu : “Connais ton ennemi et connais-toi toi-même.”
Clausewitz : comprendre la logique de l’adversaire est la première étape de la victoire.
Fanon : la domination coloniale est d’abord une domination mentale.
Ngugi wa Thiong’o : la décolonisation passe par la compréhension des outils de domination.
Vous ne pouvez pas battre un système dont vous ignorez les fondements intellectuels. Et Montesquieu est l’un de ces fondements.
La vraie maturité intellectuelle, cest lire et dépasser !
Les panafricanistes romantiques qui disent :
“Montesquieu était raciste, donc on ne doit pas le lire.”
Ils commettent à mon avis, une erreur stratégique majeure : ils confondent jugement moral et utilité intellectuelle. Oui, il faut condamner ses propos racistes. Non, il ne faut pas jeter sa pensée politique. Parce que la séparation des pouvoirs est un outil, la théorie des climats est une erreur, et les deux ne sont pas liés. On peut rejeter l’homme sans rejeter l’arme qu’il a forgée.
L’Afrique n’a pas besoin d’un canon “pur”, elle a besoin d’un canon “puissant”.
Si on veut former une jeunesse lucide, stratégique, capable de gouverner, capable de résister, capable de créer et capable de rivaliser avec les grandes puissances, alors on doit lui donner les meilleurs outils africains, les meilleurs outils européens, les meilleurs outils asiatiques, les meilleurs outils américains. Car l’excellence n’est pas ethnique. L’excellence est universelle.
Or les intellectuels africains nourris à la pensée coloniale du tribalisme croient en bonne foi qu'ils peuvent s'en sortir en se retranchant entre eux, dans une pureté tribale, ethnique, raciale.
La bonne stratégie c'est de lire Montesquieu comme un ingénieur lit un manuel d’armes, non pas comme un disciple, non pas comme un admirateur, non pas comme un héritier. Mais comme un stratège.
On lit Montesquieu pour comprendre comment les États modernes se protègent, pour comprendre comment ils limitent le pouvoir, pour comprendre comment ils évitent les coups d’État, pour comprendre comment ils stabilisent leurs institutions et pour comprendre comment ils se rendent résilients. Un ingénieur lit un manuel d’armes pour comprendre la machine, et non pas pour aimer le mécanicien ou le fabriquant de l'arme.
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Jean-Paul Pougala
Dimanche le 31 Mai 2026