21/09/2026
Pendant 3 ans, la filière des insectes comestibles a travers la FONDATION MUTATION et INSECTAFRIQ, s’est construite avec une conviction simple : il est possible de produire autrement, de consommer autrement et de créer de nouvelles opportunités économiques autour des insectes comestibles.
Des formations ont été organisées. Des producteurs ont été accompagnés. Des fermes ont vu le jour. Des consommateurs ont découvert les produits. Les réseaux sociaux ont largement contribué à faire connaître cette nouvelle activité.
Cette première phase était nécessaire.
Mais aujourd’hui, le marché change d’échelle. Et avec lui, les exigences.
La question n’est plus seulement de savoir si les Ivoiriens peuvent consommer des insectes comestibles. Elle est désormais de savoir si notre écosystème est capable de produire suffisamment, régulièrement, proprement, légalement et de manière traçable pour approvisionner durablement le marché national.
Toute filière économique qui ambitionne de passer à l’échelle doit, à un moment donné, sortir de la logique des initiatives isolées pour construire un véritable écosystème.
La formalisation progressive des échanges commerciaux, notamment avec les exigences liées à la facturation normalisée, impose aujourd’hui une évolution de notre modèle de fonctionnement.
Les entreprises doivent pouvoir travailler avec des partenaires identifiés, des transactions documentées et des flux traçables.
Cette évolution peut sembler contraignante mais elle constitue pourtant une opportunité majeure.
Elle nous oblige à mieux connaître notre réseau, à mieux organiser nos producteurs et à créer des mécanismes permettant aux petits acteurs de participer eux aussi à la croissance du secteur.
C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit la création des coopératives de producteurs pour ceux qui peuvent pas partir vers des entreprises.
Il serait illusoire de construire une grande filière sans les milliers de petits producteurs qui constituent son potentiel de production.
Mais il serait tout aussi difficile d'intégrer durablement ces producteurs dans une chaîne d'approvisionnement moderne s'ils restent isolés.
La coopérative apporte une réponse.
Elle permet de transformer une multitude de petits producteurs en une force économique organisée, capable de dialoguer avec les entreprises, les transformateurs et les distributeurs.
À Abidjan, à Yamoussoukro, à Daloa et à Guiglo progressivement dans les autres bassins de production, l’objectif est donc de permettre aux éleveurs de se regrouper, de s’organiser et de travailler selon des règles communes.
C’est un changement de paradigme : Il ne s’agit plus seulement d’avoir beaucoup d’éleveurs. Il faut avoir des producteurs organisés.
La croissance du marché pose une deuxième question fondamentale : quelle qualité voulons-nous offrir au consommateur ?
Pendant la phase de lancement d'une filière, l'objectif est souvent de produire et de faire connaître le produit.
À mesure que le marché grandit, les exigences deviennent différentes.
Il faut pouvoir garantir l'origine, les conditions de production, l'alimentation, l'hygiène, la conservation et la traçabilité.
C'est pourquoi la mise en place de protocoles communs de production et d'un système de certification ou de labellisation des fermes répondant aux critères définis devient une étape structurante.
Un référentiel autour de plusieurs critères, dont neuf points de mise à niveau, doit permettre aux producteurs de savoir précisément ce qui est attendu d'une ferme appelée à intégrer durablement la chaîne d'approvisionnement.
L'objectif est clair : savoir qui produit, où il produit, comment il produit, avec quels intrants, selon quelles procédures et pour quel volume.
La grande distribution : le prochain changement d’échelle
C’est probablement l’un des enjeux les plus importants de cette nouvelle phase.
Aujourd’hui, nous avons fait un gros travail, les insectes comestibles sont encore largement commercialisés à travers les réseaux sociaux, les ventes directes, WhatsApp, Facebook, TikTok et différents circuits de proximité.
Ces canaux ont joué un rôle essentiel.
Ils ont permis de tester le marché, d'éduquer les consommateurs et de créer une première communauté autour du produit.
Mais pour démocratiser véritablement la consommation d'insectes comestibles, nous devons maintenant aller plus loin.
Le consommateur ne doit pas être obligé de connaître un éleveur ou de suivre une page Facebook pour pouvoir acheter un produit à base d'insectes.
Il doit pouvoir le trouver dans un circuit de distribution organisé, avec un produit identifié, conditionné, contrôlé et disponible régulièrement.
C'est précisément la logique de la grande distribution.
Un acteur de ce secteur, qui s'approvisionnait régulièrement auprès de la filière depuis la fin de l'année dernière, a d'ailleurs choisi de suspendre temporairement ses achats afin de permettre la finalisation des protocoles nécessaires à une intégration répondant aux exigences de ce circuit.
Cette situation doit être comprise non comme un recul, mais comme un signal.
Le marché nous dit désormais : « Si vous voulez passer à l'échelle, vous devez vous structurer. » Et c'est exactement ce que INSECTAFRIQ fait pour elle-même, mais aussi pour ceux qui veulent continuer l'aventure elle.
Il faut maintenant préparer la filière à nourrir à grande échelle. La grande distribution ne demande pas seulement un produit.
Elle demande une capacité à livrer le même produit, avec une qualité constante, dans les quantités convenues et au moment prévu.
C'est une révolution dans notre manière de penser la production.
Un éleveur peut réussir à produire quelques kilogrammes.
Mais une filière appelée à alimenter plusieurs villes doit pouvoir coordonner des dizaines, puis des centaines de producteurs.
Elle doit connaître ses stocks.
Elle doit anticiper les périodes de forte.
Elle doit organiser la collecte.
Elle doit assurer la transformation.
Elle doit garantir la qualité.
Elle doit maîtriser la traçabilité.
C'est cette chaîne complète que nous devons désormais construire.
Notre plaidoyer : ne laissons pas naître une filière sans lui donner les moyens de grandir
La Côte d'Ivoire dispose d'un potentiel important pour développer de nouvelles chaînes de valeur autour des insectes comestibles.
Mais une filière ne devient pas industrielle simplement parce qu'un marché existe.
Elle devient une véritable filière lorsqu'elle dispose : de producteurs organisés ; d'entreprises structurées ; de normes et de protocoles ; de mécanismes de contrôle et de traçabilité ; de capacités de transformation ; de circuits de distribution ; de données fiables ; de compétences et d'un accompagnement institutionnel adapté.
C'est pourquoi le moment est venu de regarder les insectes comestibles non plus comme une simple curiosité alimentaire, mais comme une activité économique à structurer.
Cette structuration que veut imposer INSECTAFRIQ et ses partenaires doit naturellement se faire dans le respect des exigences réglementaires et sanitaires applicables, en dialogue avec les institutions compétentes, les scientifiques, les producteurs, les entreprises et les distributeurs.
D'où es né les Salon AFRicain des Insectes Comestibles, SAFRIC 2026 qui aura lieu du 4 au 5 décembre 2026.
La filière des insectes comestibles n'a pas vocation à rester cantonnée aux publications sur les réseaux sociaux.
Les réseaux sociaux ont contribué à faire connaître le produit. La prochaine étape consiste à construire le marché.
Construire des fermes professionnelles.
Construire des coopératives fortes.
Construire des entreprises capables.
Construire des produits normalisés.
Construire une chaîne logistique.
Construire une distribution nationale.
Construire une véritable capacité de production et surtout, construire la confiance du consommateur.
INSECTAFRIQ ne voulons plus seulement vendre des insectes.
Nous voulons construire une filière capable de nourrir, d'employer, de transformer, d'innover et de créer de la valeur en Afrique.
C'est pourquoi cette nouvelle phase appelle à la mobilisation de tous : producteurs, entrepreneurs, chercheurs, institutions, investisseurs, distributeurs et consommateurs.
Reconduisez vos productions jusqu'en fin octobre, on vous reviens au plus vite pour la reprise des rachats de production avec les nouvelles conditions.
À chacun maintenant de choisir : rester dans l’amateurisme ou franchir le cap de la professionnalisation.