Cellule Universitaire de Recherches et d'Action pour la Côte d'Ivoire
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S’ENGAGER SANS JAMAIS SE RENIER, telle est notre devise! QUE LA POLITIQUE RETOURNE DANS L’ARÈNE DES IDÉES! Les uns amassent ce que les autres perdent.
Une classe politique qui ridiculise ses intellectuels est une classe politique moribonde, une société qui ne croit plus en ses élites est une société désespérée. Une nation qui ne peut s’appuyer sur ses forces vives, transforme ses rêves en désillusions et son émergence en cauchemars. Inversement, des intellectuels qui refusent de participer à la vie politique et sociale de leurs nations, sont de
s intellectuels décadents; des élites qui gardent le silence sous le manteau d’acier de la neutralité dans une société du mépris, sont elles-mêmes méprisantes. Avons-nous besoin de nous taire et de laisser la politique aux seules mains des politiciens? La décadence intellectuelle aura entraîné la décadence politique et morale de nos sociétés. Il aurait fallu être d’airain pour rester indifférents à la douleur que subit les peuples africains; manque de formation politique avérée, absence de vision claire et limpide de l’avenir de leurs peuples, décrépitude de l’éthique politique, dégringolade des valeurs, effritement du vivre-ensemble, déchirure sociale, refus de reconnaissance des valeurs personnelles et collectives, mépris total et généralisé, notre classe politique est aux antipodes de l’émergence des nations dans une société, elle-même en lambeaux. La délinquance juvénile qui taraude notre société compromet l’espérance de lendemains paisibles sous nos tropiques. La pauvreté ne laisse plus le choix à la couche sociale qu’elle asservit. Les jeunes désœuvrés estiment qu’ils doivent arracher leur pitance à ces fortunes fondées sur le principe des vases communicants, au risque de leur vie. L’équitable redistribution des ressources nationales est biaisée. La corruption atavique perpétuée depuis les pères fondateurs jusqu’aux novateurs népotistes est la principale cause du déséquilibre social. Ne parlons même pas de la crise éducative. La masse éjectée de nos systèmes éducatifs onéreux et inadaptés aux réalités locales se reconvertit dans le banditisme, dans l’auto-destruction. L’achèvement de ce processus ténébreux est l’intégration des cellules terroristes, djihadistes ou belliqueuses, à défaut de prendre la mer et de se laisser emporter par son propre suicide, dans l’illusion de trouver un bonheur incertain, dans les griffes et les ondes des guillochis des passeurs sous les eaux ténébreuses de l’immigration clandestine. De toutes les façons, une mort est une mort et quand on ne sait plus où aller, où faut-il aller? Pour y remédier, l’idée fabuleuse des politiques est le renforcement, à coup de milliards, des capacités militaires. Pourtant, une école construite et un emploi offert permettraient de faire l’économie d’une violence sociale qui avilit aussi bien la victime que le bourreau. Une école heureuse est une société épanouie; une école studieuse et une jeunesse bien formée est le gage d’une société en devenir resplendissant, d’une société émergente non de mode, mais de principe et d’essence. Dans la gangrène politique africaine, il est temps de penser aux générations futures, de former la jeunesse d’aujourd’hui pour bâtir une nation forte de demain et donner un véritable certificat de naissance à nos États. Car, une fois que le nombre de mandat fixé par la constitution est épuisé, vouloir user de subterfuges pour briguer un mandat de plus, c’est infliger au peuple l’infamie de trop. Les institutions sont impersonnelles et l’alternance régulière des personnes qui les incarne est nécessaire. Mais nos mégalomanes d’Afrique arborent une nouvelle veste : celle de "constitutionnaliste de circonstance" et de l’unique- homme-éclairé, à pouvoir diriger et gérer indéfiniment un peuple, son peuple, selon ses valeurs et ses faveurs. Le soleil d’une seule personne ne peut briller éternellement, en tous lieux et en tous sens, sans s’affaiblir. Une seule brindille ne fait pas le balai. Ces hommes qui s’identifient au pouvoir au point de vouloir s’y éterniser finissent par travestir les institutions sacrées. Ils redéfinissent alors les missions régaliennes de l’État suivant leurs vœux singuliers. Cette entorse à la démocratie, pour se légitimer, brandit deux arguments fallacieux : le suffrage favorable du peuple et l’achèvement des projets entamés. Quelle crédibilité vouée à des régimes qui ne perdent jamais les élections qu’ils organisent ? Et puis, un programme non achevé n’est-il pas un cinglant aveu d’incompétence? Dans de telles situations, que faire? Pour notre part, dans la batrachomyomachia ivoirienne, nous avons décidé de substituer à la porno-politique la réalpolitique, la politique sociale objective, de mener le débat, de faire re-venir le combat de la politique dans l’arène des idées, de respecter son éthique langagière, d’opposer à sa déréliction, la sympathie du mot, l’humilité du verbe, la grandeur des signifiances et la reconnaissance du devoir-être; au slogan de la division, nous entonnons l’hymne de la ré-conciliation; nous opposons au mépris, la reconnaissance de chacun et de tous; il paraît que ce mot semble écorcher quelques consciences; nous ne voudrions pas non plus être oublieux de notre histoire commune, très récente, bien que douloureuse. Nous pensons qu’il faut viser l’avenir et refuser de s’apitoyer sur nos meurtrissures passées. Les peuples qui restent recroquevillés sur leur passé sont incapables d’assurer leur propre présent et demeurent prisonniers de leur à-venir; ils ne sont plus maîtres d’eux-mêmes, ils appartiennent aux autres. Les peuples enclins à l’immobilisme identitaire desséchant et incapables de transcender leur passé, demeurent des proies faciles , des peuples faibles, sans ambitions, esclaves d’eux-mêmes et de leurs propres destins. Toute naissance est douloureuse, même par césarienne; il faut le réconfort et le savoir-faire du personnel médical pour que la poussée soit plus forte afin que de la douleur rejaillisse subrepticement le plaisir de l’enfantement, afin que du silence retentisse le cri perturbateur de la vie. Ainsi en va-t-il de l’avenir des nations conquérantes, du sursaut des peuples qui refusent de s’agenouiller, de se coucher et de refuser de se relever. Nous refusons de faire partie de ces peuples et d’être la honte des générations futures, nous refusons d’abdiquer. Nous ne nous obstinons pas à tourner le dos à notre passé, nous devons l’assumer, mais en l’affrontant courageusement, avec lucidité, non de dos, mais de face. Nous avons l’ultime conviction, que demain, nos enfants liront de ce passé, de nouvelles pages glorieuses que nous aurions écrites ensemble, aujourd’hui, malgré nos différences. Nous avons foi en notre histoire, mais nous préconisons de taire notre passé rocambolesque pour que parlent le présent et le futur sans l’ignorer, pour que de son âme, scintillent les larmes de joie et de récompense après le labeur. Nous pensons que notre re-naissance nous oblige à reconnaître les efforts de notre peuple, mais aussi de chacun de nos dirigeants; un dirigeant n’est fort que parce que le peuple lui est soumis et dévoué ; et inversement, un peuple n’est fort et respecté que s’il a des dirigeants éclairés et courageux. Et les dirigeants ne sont éclairés et courageux que s’ils sont éduqués à la chose publique et qu’ils n’ont pour boussole que la pensée et l’action. La Cellule Universitaire de Réflexion et d’Action pour la Côte d’Ivoire (CURACI) s’engage, à cette fin, à penser l’émergence, à panser le débat politique afin d’illuminer l’horizon de la re-naissance ivoirienne. Pour y parvenir, nous nous engageons avec des leaders jeunes, gages de l’avenir radieux de demain. Nous avons fait notre choix, aux autres de faire le leur. Notre engagement est principiel; il ne s’agit pas de suivre un individu mais de l’éclairer, non pour l’accompagner mais pour lui montrer des voies; non plus pour se taire mais pour parler, à haute voix, pour le Bien du peuple. Pour La Cellule Universitaire de Réflexion et d’Action pour la Côte d’Ivoire(CURACI)
Professeur Samba DIAKITÉ, Titulaire, Philosophie africaine, philosophie de la culture et du développement
Université Alassane Ouattara de Bouaké
Chercheur au Laboratoire d’Études et de Recherches Appliquées sur l’Afrique
Université du Québec à Chicoutimi, Canada
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