09/09/2026
HOMMAGE À UNE ICÔNE DE LA MÉDECINE IVOIRIENNE:
Prof. KAKOU MÉDARD
Nous étions à Ouagadougou, à l’occasion du congrès de la Société Africaine de Morphologie (SAMO). Parmi les personnalités scientifiques présentes, l’invité d’honneur était le Professeur Christophe Destrieux, éminent neurochirurgien et chef du service de neurochirurgie de l’Université de Tours.
Il devait assurer une présentation magistrale, presque un véritable one-man-show scientifique, consacrée à la technique chirurgicale appliquée à l’hippocampe. Tous les congressistes attendaient avec beaucoup d’intérêt cette intervention, compte tenu de l’expertise et de la renommée internationale de l’orateur.
Lorsque le Professeur Destrieux prit la parole, il commença simplement :
« Je suis le Professeur Christophe Destrieux, chef de service à l’Université de Tours. Je vais vous présenter la technique chirurgicale de l’hippocampe, si mon maître, le Professeur Kakou Medard , ici présent, me le permet. »
À cet instant, un silence parcourut la salle. Puis, presque spontanément, les regards se tournèrent dans toutes les directions. Une grande partie de l’assemblée se leva, cherchant du regard ce « maître » dont parlait le prestigieux professeur français. Beaucoup s’attendaient naturellement à voir apparaître une grande figure européenne, peut-être un ancien professeur français ou un éminent neurochirurgien occidental.
Mais quelle ne fut pas leur surprise lorsqu’ils découvrirent que le maître auquel le Professeur Destrieux venait de rendre hommage était un professeur ivoirien : le Professeur Kakou Médard.
Avec cette classe, cette sobriété et cette élégance qui le caractérisent, le Professeur Kakou Médard lui répondit simplement :
« Vas-y, Christophe. »
En quelques mots, une véritable leçon venait d’être donnée.
Ce moment dépassait largement le cadre d’une simple présentation scientifique. Il témoignait de la puissance de la transmission du savoir, de l’importance du maître dans la formation du scientifique et, surtout, de la reconnaissance internationale que peut acquérir une expertise africaine lorsqu’elle atteint l’excellence.
À partir de cet instant, les regards se tournèrent davantage vers la Côte d’Ivoire, particulièrement vers son école d’anatomie, son enseignement et sa recherche. Beaucoup découvrirent, ou redécouvrirent, qu’un professeur africain pouvait être le maître d’un universitaire européen de renommée internationale.
Et, je dois l’avouer, après cette séquence, nous n’étions plus regardés de la même manière. La délégation ivoirienne bénéficiait d’une considération particulière. Nous étions devenus, en quelque sorte, les représentants d’une école anatomique dont le rayonnement dépassait désormais largement nos frontières.
Ce jour-là, à Ouagadougou, le Professeur Destrieux n’a pas seulement présenté une technique chirurgicale de l’hippocampe. Il a, à travers une simple phrase, rendu hommage à son maître et, par la même occasion, rappelé à toute une assemblée que l’excellence scientifique n’a ni couleur, ni frontière, ni continent.
Et pour nous, Ivoiriens, ce fut un moment de fierté immense : voir un professeur de l’Université de Tours reconnaître publiquement, avec autant de respect et d’humilité, qu’il avait lui-même été formé par un maître ivoirien.
TEXTE: Dr Allassane Coulibaly