Au chevet de notre École

Au chevet de notre École

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Au chevet de notre École vise un unique objectif : conjuguer les efforts pour rendre notre système éducatif performant et compétitif.

Force de propositions aux gouvernants, vos critiques, suggestions dans le respect sont les bienvenues.

27/04/2022

ÉCOLE : L'INTRODUCTION DE NOS LANGUES MATERNELLES DANS LE SYSTÈME ÉDUCATIF

L'idée d'introduire nos langues maternelles dans le système éducatif de la Côte d'ivoire m'enchante, mais me laisse également perplexe. D'une part, c'est importantissime de pouvoir maintenir vivantes nos langues vernaculaires car elles garantissent la pérennité de la culture. Mais d'autre part, n'est-il pas un peu trop t**d pour cela ?

La déchirure du tissu culturel est presque irrémédiable. La transmission parent-enfant de la langue maternelle se meurt à mesure qu'on qualifie ce monde de moderne. Rares sont les parents vivant dans une ville, qui arrivent de nos jours à aligner une seule phrase dans leur langue maternelle sans usage du français. De plus, dans un monde dit mondialiste la langue a plus une connotation de business qu'une entité civilisationnelle. L'anglais l'emportera sur toutes nos langues. Hélas. Le mandarin et l'espagnol également, car ce ne sont plus de simples langues mais l'antonomase des relations internationales.

L'introduction de nos langues maternelles dans le système éducatif signifie indirectement que la transmission parent-enfant est aux abois. Si tel est le cas, et c'est le cas, c'est que le fait d'attribuer à l'école la tâche d'enseigner nos langues aux élèves n'est que poudre de perlimpinpin. Ce rôle incombe aux parents.

On aura beau apprendre le senoufo à un élève senoufo, si son entourage ne parle pas senoufo, il lui sera difficile de comprendre convenablement sa langue. Une langue ne vit que parce qu'on la parle couramment.

Madame Mariatou Koné ne faudrait-il pas plutôt insister et sensibiliser les parents à transmettre leur singularité ethnico-culturelle à leur progéniture ?

Measter Eazi.

21/04/2022

MARIATOU KONÉ

"J’exprime ma reconnaissance au Président de la République, son Excellence Monsieur Alassane Ouattara et au Premier Ministre, Patrick Achi pour la confiance renouvelée.

Je mesure à nouveau l’ampleur des responsabilités qui sont les miennes et je reste convaincue qu’avec la grâce de DIEU, l’aide de tous les Ivoiriens et des partenaires, nous parviendrons à relever les défis d’un système éducatif plus performant dans la transparence et l’équité".

Vive la Côte d’Ivoire 🇨🇮
Vive l’école ivoirienne

18/04/2022

Quand on dit que l'école ivoirienne est six pieds sous terre en Côte d'ivoire, on a parfois l'impression que c'est de l'exagération. La vitesse à laquelle l'école s'est effritée est déconcertante. En l'espace d'une décennie, on est passés du niveau bas à deux niveaux en-dessous du médiocre.

Le 7 Avril dernier, j'étais en discussion avec le Directeur des études d'un collège dans lequel j'ai fréquenté, dans le cadre de la soumission d'un programme de cours sur l'éducation au changement de mentalités.
Pas besoin d'entendre le monsieur parler pour mesurer l'ampleur et la gravité de la situation. Son expression du visage suffit à nous faire comprendre que le cas des élèves est alarmant. Le comble, c'est que les choses ne semblent pas évoluer dans un sens mélioratif.

L'école ivoirienne est à l'agonie. Je l'ai constaté de mes yeux quand on a rencontré les élèves de deux cycles différents pour une conférence. Ça va plus loin que de simples élèves qui ne travaillent pas bien en classe. C'est la valeur de l'apprentissage même qui a perdu toute sa saveur. De façon générale, l'école a une connotation de perte de temps. Les élèves n'ont pas vraiment l'impression que la connaissance qu'ils y acquièrent leur sera bénéfique à eux, tant dans la vie courante que dans la vie professionnelle. Et tant que l'école ne recouvrira pas son véritable sens qui est l'acquisition de connaissances utiles pour soi et pour la collectivité, peu importe la rudesse du système, cela s'avèrera frêle à relever notre système scolaire.

Le directeur nous disait que toute la préoccupation des élèves, les siens en l'occurrence c'est d'avoir des Iphone pour les jeunes filles et des sneakers nike pour les jeunes garçons. Ils développent tous cet élan disproportionné pour l'acquisition de biens matériels avant l'heure et ne lésinent pas sur les moyens pour les obtenir. Du coup, l'école semble pour eux un moyen beaucoup trop lent pour parvenir à la "réussite" (qui se limite au matériel) soit dit en passant. Et ce sentiment est une des causes principales du niveau disgracieux de l'école en dépit de la vacuité des livres.

5833 cas de grossesse précoce en milieu scolaire, sans compter le nombre d'avortement c'est un virage à 360°.

Ajoutez à la rigueur, Madame Mariatou Koné, une place prépondérante aux thérapies de groupe et aux cours sur le changement de mentalités dans les établissements scolaires. Cet additif va renforcer les capacités des élèves qui ne sont que de juvéniles victimes de notre société ploutocrate.

Croyez-moi ils ont beaucoup à dire.

Measter Eazi

02/01/2022

🙏🙏🙏🙏🙏💪

26/12/2021

Bimbresso: le séjour patriotique des délogeurs et le paradoxe ivoirien.

La dernière semaine avant le départ des élèves en congés de Noël et de nouvel an a jeté à la face du monde le comportement hideux et monstrueux d'un type d'élèves spécialisés dans le deni d'autorité exprimé à travers la perturbation des activités pédagogiques. Voilà plus d'une décennie que les gestionnaires des structures scolaires, les enseignants et la majorité des élèves subissent la loi de ces élèves en conflit avec les arrêtés fixant les dates de départ en congés scolaires. Salles de classes saccagées, enseignants froissés, bureaux incendiés, en somme, l'école est sous le contrôle d'une mafia diffuse.
Face à ce sombre tableau, il a fallu trouver des responsables. Les chefs d'établissement ! Les pauvres! La solution, on les débarquait sans ménagement. Résultat: d'année en année, la violence enfle et séduit nos élèves dans toutes les régions du pays. La communauté éducative nationale est restée inerte donnant l'impression d'une apathie. Tous les acteurs du systèmes ont critiqué ce manque de réaction de la part des autorités.
On a tous pointé du doigt la mauvaise application des droits des enfants au détriment d'une éducation fondée sur les valeurs de notre société. On a dilué nos responsabilités parentales au point d'accorder la puissance paternelle aux enfants. Tout est permis à l'enfant. On lui enseigne la procédure pour porter plainte contre son père, sa mère et son maître. Les ong investissent les écoles pour s'attaquer aux fondamentaux de l'institution scolaire, le statut du maître et la discipline. Tous, sommes d'accord. Nos élèves ne sont plus des élèves.
Cependant depuis bientôt un an, il ya des faits, des signes qui indiquent que le corps social à quelques ressources. Le drena de Bouaflé, a courageusement accepté de sacrifier sa carrière en faisant fermer l'école dans les départements de zuenoula et de goitafla dans la région de la marahoué après actes de violence qu'il est difficile d'attribuer à des élèves du secondaire. C'est un euphémisme de dire qu'il s'agissait d'une guérilla urbaine. Cette année scolaire 2021-2022, la drena de Bouaflé a connu une accalmie perdue depuis plus d'une décennie. C'est peut-être trop tôt d'établir une relation de causalité mais le fait est là. Dans la drena, la population en général a apporté un soutien moral au premier responsable de l'éducation. Toutes les autorités ont ,il me semble, affiché une convergence de vues sur le projet de fermeture des établissements. C'est une expérience à capitaliser.
Cette année , les vieux démons ont démontré qu'ils sont des monstres de mers dans beaucoup de régions. La palme d'or revient aux élèves de la ville d'Arras dans le moronou. Grâce aux réseaux sociaux, toute la nation a suivi en direct la réaction meurtrière des élèves contre 6 agents de police commis pour garantir la sécurité du lycée de la ville. Tout le monde a parié que cela resterait sans réponse appropriée. Mais que non! Il ya bimbresso et ce que nous savons tous. C'est ici, qu'on découvre la perfidie et le paradoxe ivoiriens !
Pendant plus de dix ans on a accusé les autorités gouvernentales d'être permissives face aux dérives des élèves. Pendant plus dix certains chefs d'être ont bu l'humiliation à grosses gorgées pour pouvoir se maintenir sur leurs fauteuils de direction. Bimbresso n'a que quelques jours et il se trouve des ivoiriens auteurs de critiques très acerbes hier pour s'opposer, sans rien proposer, au séjour patriotique des délogeurs à bimbresso. Bimbresso, c'est la fermeté qui renaît, c'est le respect des décisions qui est enseigné, c'est la reaffirmation de la primauté de l'intérêt général... Pendant plus de dix ans tout le corps social a sensibilisé dans les 60 langues nationales du pays. Les comités civilo-militaires ont sillonné les écoles sans réussir à civiliser ce type d'élèves désormais touristes à bimbresso.
Quand un corps social s'organise pour se mettre au-dessus de l'état, la suprastructure met en brande ses appareils répressifs. C'est vraiment la première fois qu'un groupe d'élèves atypiques vit cette expérience. C'est vraiment la première fois que nous assistons à une réaction de l'état sur la question. Il est intellectuellement risqué de dire que la réaction sera un échec ou un succès. L'homme ne répond pas à un déterminisme absolument. Tout est possible avec lui donc il faut tout essayer avec lui également. Essayons la méthode bimbresso faute d'avoir réussi à civiliser par la sensibilisation.
Face à certaines critiques, on se demande si les élèves n'étaient pas instrumentalisés au service de certaines causes étrangères à l'école.
Beaucoup d'adolescents n'ont que l'école pour rêver d'un meilleur avenir. Ne les laissons pas perdre confiance en l'état. Nous avons commis trop d'erreurs en octroyant des primes à l'incivisme et l'indiscipline. Si c'était une option sociale, on peut rectifier la trajectoire. Bimbresso peut être le point de départ d'une autre option. Vivement bimbresso !!!

Kouassi Siaka

09/09/2021

🔴RETOUR À LA DICTÉE 📢🇨🇮👌

Quand la Ministre de l'éducation Nationale prend en compte les différentes contributions, afin de relever le niveau d'étude des générations futures ça donne ça👇

01/09/2021

📢L'éducation et la formation des Citoyens aux Valeurs du pays constituent les 👉fondements de l'Émergence et du Développement d'une Nation.🇨🇮💪

👉 Bon Mois de l'Éducation à Tous et à Toutes grâce à DIEU.

Coach Soro
👆

Photos from Au chevet de notre École's post 10/08/2021



Le 31 Juillet dernier, lors de la 8e édition de la CERAB organisée par la Jesdebinfo Boundiali, nous avions instruit les Nouveaux Bacheliers sur le thème : COMMENT S'ORIENTER APRÈS LE BAC ?
Notre intervention fut axée sur LES MÉTIERS D'AVENIR, conformément à la mondialisation et à la globalisation.
Nous avions également prodigué des conseils aux jeunes frères et sœurs, dans la dynamique d'une meilleure préparation pour l'aventure estudiantine.

Remerciements spéciaux à notre Maman, Mariatou Koné et notre Papa Siama Bamba,
Sans toutefois oublier la Marraine, les partenaires techniques et surtout la dynamique et ambitieuse JESDEB.

Unissons nos efforts pour une Jeunesse formée, afin d'obtenir des Générations positivement transformées.


Photos from Au chevet de notre École's post 05/08/2021

La Ministre Mariatou Koné a procédé ce Jeudi 4 Août au Lycée Municipal de Marcory, au lancement du 2 e tour exceptionnel des épreuves écrites du concours direct d’entrée dans les CAFOP.

Cette session extraordinaire offre l’opportunité aux 52 418 candidats déclarés non admissibles au test psycho technique de recomposer.

Au terme de cette composition 2000 candidats méritants rejoindront les 3000 autres admissibles déclarés à l’issue de la première session.

Source : Ministère de l'Éducation Nationale et de l'Alphabétisation.

Photos from Au chevet de notre École's post 04/08/2021

C'est demain !
Bonne chance aux candidats.

03/08/2021



JUS DU CIEL



Fonctionnaire d'État, je me débrouille avec un salaire passable. Pour m'aider à arrondir nos fins de mois, ma femme, diplômée au chômage, a eu l'intelligence de se convertir en commerçante. La location des magasins coûtant une fortune, mon épouse a eu l'ingéniosité de se servir de notre logis comme lieu de vente. En effet, après qu'elle m'a suggéré de lui acheté un congélateur, ce que j'ai fait sans sourciller en voyant la pertinence de son projet, madame est devenue une grande vendeuse de ces solutions aqueuses à l'africaine : BISSAP, TOMIDJI, GNAMAKOUDJI, JUS DE PASSION, JUS DE MANGUE, JUS D'ORANGE, JUS D'ANANAS, JUS DE PAMPLEMOUSSE, JUS DE COROSSOL, JUS DE GOYAVE, JUS DE BANANE, etc.

Il n'y a pas de jus que mon épouse ne vende pas. Elle est la seule dans ce pays à avoir vraiment innové dans ce domaine d'activité en proposant une pléthore de ces Solutions aqueuses. Je ne peux qu'être fier de l'entrepreneure qu'elle a su devenir.

Ce jour-là, ma femme et moi étions à la maison lorsque nous reçumes notre surprise du siècle : LA VISITE DE NOTRE VOISIN DIGBEH.

Quoi ? Digbeh, être venu nous visiter ? Alors que depuis vingt ans nous ne nous adressions plus la parole après qu'il eut appris que je faisais la cour à sa fille de 17 ans. Un scandale avait éclaté à l'époque. Digbeh m'avait traité de tous les vilains noms, de monstre, de pédophile. Lorsqu'il m'avait pris à partie en m'humiliant en plein quartier sous le regard de tous, au lieu de fermer ma gu**le, poussé par la colère qu'il avait générée en moi, j'avais riposté de la sorte :

- Tu me lâches les baskettes, Digbeh ! Est-ce de ma faute si ta fille, déjà à son âge, a le derrière et les rondeurs d'une femme de 30 ans ?

- Pédophile, en plus tu oses ! Tu n'es qu'un imbécile. Ne me pousse pas à aller porter plainte au commissariat !

- Cours porter ta plainte ! Auprès de qui ? Tu n'es pas au courant que le commissaire-là même, c'est une gamine de 18 ans qui l'appelle bébé ? Tu es le seul au monde à ne pas savoir que le monde a changé ! Digbeh, quand un fruit est mur, on le cueille. Ou il finit par tomber tout seul.

- Pédophile ! Je préfère que tu laisses ma fille tomber toute seule que de la pourrir ! En plus d'avoir eu des intentions sadiques, tu es d'une arrogance pathétique. Tu dois souffrir de sérieuses pathologies. Mais ne t'en fais pas, tu finiras dans les méandres de l'enfer !

J'aurais peut-être digéré cette altercation avec Digbeh s'il s'était limité qu'à moi et à certains riverains spectateurs. Au lieu de cela, à mon insue, il était allé voir ma femme pour la mettre au courant de ma tentative d'infidélité. Cette dernière ne m'avait guère fait de cadeau à mon retour du travail. Pour rien au monde je ne pouvais pardonner cette violation des règles de la guerre de mon voisin. Oui, la guerre a des règles. Les palabres de quartier aussi. Digbeh avait trucidé l'éthique de sorte à m'exposer à la vindicte de mon épouse :

- C'est avec la fille de Digbeh qui est née hier-là que tu veux sortir maintenant ? m'avait craché à la face ma femme en me frappant la tête avec une assiette en caoutchouc. Si tu veux m'humilier, moi à qui tu as mis la bague au doigt, fais le au moins avec une femme majeure et non avec une fillette qui a l'âge de ta fille ! Tu es sans cœur. Tu es un lâche, un vanupied !

Ma femme avait mis des semaines avant d'arriver à me pardonner l'incident. Depuis lors, je suivis son conseil dans mes libertinages. Je la trompais uniquement avec des femmes matures, tout en restant prudent pour qu'aucun vent de ma duplicité ne lui parvienne.

Que venait donc faire Digbeh chez moi, vingt ans après ma tentative d'aguicher sa fille ? Une fille qui avait fini par se faire enceinter quelques temps plus t**d par un apprenti-gbaka ! C'était pour ça donc qu'il voulait la protéger ? Contre les plaidoiries d'un homme marié et responsable, pour finalement tomber si bas ? Quel idiot, il avait été ! Car moi, au moins, j'aurais touché sa fille le chapeau sur le z**i. Et même si le pire arrivait, ne valait-il pas mieux pour cette gamine qui n'avait de matière grise que ses cellulites de se faire engrosser par un homme marié, fonctionnaire d'État et responsable, plutôt que par un apprenti-gbaka vulgaire à l'avenir hypothéqué ?

Que venait-il faire chez moi, ce Digbeh, alors qu'il y a vingt ans de cela, après m'avoir maudit, il avait juré sur la tombe de ses aïeux qu'il ne m'adresserait plus la parole, à fortiori mettre les pieds dans mon salon. Oui, moi non plus, je n'étais guère resté de marbre. Je l'avais aussi maudit pour être allé parler de nos querelles à ma femme. Et comme je ne maudis jamais une personne sans que cela n'agisse, quelques mois plus t**d, Digbeh, qui travaillait comme balayeur dans un restaurant, avait été renvoyé ! À ma grande joie. Quand j'appris la bonne nouvelle, je doublai la popote pour que ma femme nous mette du poulet dans la sauce. Elle ne pouvait pas comprendre pourquoi après tant d'années, nous mangions enfin du poulet, nous qui ne consommions que cochon pour être économiques. La curieuse ! Elle m'avait tellement interrogé que j'avais fini par lui mentir que c'était pour célébrer nos longues années de mariage.

Mais après toute cette période où Digbeh et moi nous regardions en chien de faïence, où aucune tentative de réconciliation opérée par nos amis ne portât de fruits, mon ennemi de voisin qui avait juré préférer la mort à me parler, était entré dans ma cour, s'était assis dans un fauteuil de mon salon avec ses grosses fesses ! Que se passait-il ?

- Que me vaut l'honneur de ta visite miraculeuse ? questionnai-je Digbeh alors qu'il était perdu dans un silence et une gêne manifeste. Salima ! Salima ! Apporte de l'eau à tonton.

C'était ma fille de 30 ans que j'appelais.

- Non, je n'ai pas soif, Soumahoro. Merci beaucoup pour l'eau.

Par un signe des yeux, il dissuada ma fille de se diriger vers le frigo.

Digbeh s'amusait inlassablement avec ses doigts en jetant des regards vides vers le toit plutôt que de nous regarder, ma femme et moi. Quelque chose n'allait pas. Si ce voisin rancunier au gros cœur a transgressé son juron, c'est qu'il en a été contraint. La chose qui l'amenait, le dépassait.

- Que nous vaut l'honneur de ta visite, voisin ? insista ma femme après moi.

Enfin, après des gestes tergiversateurs, Digbeh ouvrit la bouche :

- Voisin Soumahoro, commença-t-il d'un ton timide, si je suis venu te voir, c'est parce que j'ai besoin de vous. D'abord, je te présente mes excuses pour notre malentendu d'une vingtaine d'années. Oublions ça comme des adultes, et passons à autre chose. Il y a trop longtemps que nous ne nous parlons plus. Ce n'est pas bien. La deuxième chose, c'est l'objet de ma visite. Tu sais que j'ai perdu mon travail depuis des siècles maintenant, et que depuis lors, je n'ai plus obtenu d'emploi. Mais voisin, les nouvelles sont bonnes pour moi à présent. J'ai parcouru beaucoup de sociétés jusqu'à avoir récemment une proposition de travail. On me propose d'être gardien dans une entreprise. Mais avant de valider mon dossier, les patrons m'ont demandé d'apporter du JUS DU CIEL. Pendant une semaine, j'ai frappé à la porte de toutes les vendeuses de jus. Aucune n'a ce fameux JUS DU CIEL. Et comme je sais que ta femme ne manque d'aucun jus, il m'a fallu venir vous voir absolument pour l'obtenir. Si je ne le fournis pas cette semaine, je risque de perdre le poste.

Ma femme et moi étions confus. Les propos de Digbeh nous laissaient interrogateurs. De quoi parlait-il ? Nous le regardions, hagards.

- JUS DU CIEL, qu'est-ce que c'est ? interrogeai-je Digbeh. C'est vrai que ma femme a un peu de tout, du gnamakoudji, du bissap, jus de mangue, d'ananas, de pamplemousse, etc. Mais elle n'a pas le jus du ciel. Et je me demande bien ce qu'une entreprise peut faire avec du jus. En quoi a-t-elle besoin de cela pour embaucher quelqu'un comme gardien ?

- Voisin Soumahoro, renchérit Digbeh, je me posais aussi la même question. Mais après je me suis dit que les patrons voulaient se désaltérer. Et puis, ils ne m'ont pas demandé petit hein. Ils m'ont exigé jusqu'à un CASIER JUS DU CIEL !
- Un casier quoi ?
- Un casier jus du ciel.

Je regardai Digbeh en souriant, puis en riant. Car j'avais finalement compris. Un bété analphabète a beau duré à abidjan, venu du village, il resterait toujours bété, hébété, taraudé par certaines expressions françaises ambiguës.

- Digbeh.

- Oui Soumahoro.

- Ce n'est pas JUS DU CIEL. Ton entreprise te demande plutôt un CASIER JUDICIAIRE. Ce n'est pas avec ma femme que tu peux l'avoir d'autant plus qu'il s'agit d'un document juridique. C'est au palais de justice que tu peux établir ce papier.

Embarrassé, Digbeh écouta mes explications jusqu'à en avoir bonne compréhension. Il devait s'en vouloir d'avoir transcendé son orgueil pour quelque chose qui n'en valait même pas la peine. Pour une mauvaise interprétation d'une locution nominale, il avait éperonné son juron pour venir me saluer vingt ans après notre dispute.

*
Trois jours après notre entrevue, Digbeh revint me voir.

- Voisin, merci beaucoup, me dit-il. J'ai pu avoir mon casier judiciaire. Je commence à travailler dès la semaine prochaine. Mon dossier a été validé !


Je sortis mon plus beau vin du tiroir à l'honneur de Digbeh dont une incompréhension langagière avait réussi à nous réconcilier, là où les hommes avaient échoué.

Louis-César BANCÉ

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