14/09/2026
Au cœur de l’Amazonie brésilienne, le pirahã attire depuis plusieurs décennies l’attention des linguistes. Cette langue, parlée par une communauté de quelques centaines de personnes le long du fleuve Maici, appartient à la petite famille linguistique mura.
Ce qui a rendu le pirahã particulièrement célèbre n’est toutefois pas son nombre de locuteurs, mais certaines propriétés grammaticales décrites dans les travaux de Daniel L. Everett. Parmi elles, la question de la récursivité occupe une place centrale. Everett a notamment avancé que le pirahã ne présenterait pas de récursivité syntaxique, c’est-à-dire la possibilité d’intégrer une structure linguistique à l’intérieur d’une autre.
Cette proposition est particulièrement importante parce qu’elle touche à une question plus générale : la récursivité constitue-t-elle une propriété universelle du langage humain ? Dans certaines théories linguistiques, la capacité à construire des structures potentiellement toujours plus complexes est considérée comme une caractéristique fondamentale du langage. Si une langue pouvait fonctionner sans récursivité syntaxique, cela remettrait donc en question certaines conceptions de ce qui est commun à toutes les langues humaines.
L’analyse d’Everett a toutefois été contestée. En 2009, Nevins, Pesetsky et Rodrigues ont réexaminé plusieurs constructions du pirahã et proposé des analyses différentes, notamment en faveur de la présence de structures enchâssées. D’autres travaux ont ensuite repris la question à partir de données de corpus. Le débat reste ainsi ouvert.
Au-delà de cette controverse, le pirahã présente de nombreuses caractéristiques qui en font une langue particulièrement intéressante à décrire. Il possède notamment un système tonal, dans lequel la hauteur de la voix peut contribuer à distinguer les mots, ainsi que des marqueurs d’évidentialité permettant d’indiquer la source d’une information. Les travaux consacrés à la langue ont également décrit des particularités dans l’expression des quantités et dans son système pronominal.
Le pirahã constitue ainsi un exemple particulièrement stimulant de la diversité des langues humaines : son étude permet à la fois de décrire un système linguistique singulier et de mettre à l’épreuve nos théories générales face à la diversité des langues attestées.
Pour en savoir plus :
Everett, D. L. (2005). Cultural Constraints on Grammar and Cognition in Pirahã. Current Anthropology, 46(4), 621–646.
Nevins, A., Pesetsky, D. & Rodrigues, C. (2009). Pirahã Exceptionality: A Reassessment. Language, 85(2), 355–404.
Post préparé par Noemi Blandino