10/08/2026
Un LOUPerivois dans la bergerie
Pierre Landry, [email protected]
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On est cuits
Cuits de bord en bord comme une boulette de steak haché oubliée sur les grilles d’un barbecue qui carbure à cent mille BTU, cuits comme une forêt de térébenthine qui s’éclate dans le ciel boucané en dotant notre vocabulaire d’un savant néologisme – pyrocumulonimbus – qui aurait tout de poétique s’il ne révélait en même temps un des multiples travestissements jusque-là méconnus dont peut se vêtir l’apocalypse, ça vous apprendra à combler les marais, à débroussailler les terres dites incultes, mais naturelles, pour y implanter une monoculture plus rentable selon vos critères capitalistes mais qui comme tout le reste de votre édifice peur partir en fumée au gré du mistral ou de quelque débile jetant son mégot aux orties et on n’est pas en reste ici dans la pas si belle province à chaque fois que le boréal disparaît ou que les coupes à blanc blanchissent les goussets de gros bonnets industrieux qui après avoir sabré dans la biodiversité plantent rangs d’épinettes noires par-dessus rangs d’épinettes noires, une essence si bien nommée qui lorsque le prochain tarla n’aura pas éteint son feu de camp à deux pas de sa caravane de 40 pieds, télé couleur, air climatisé, salon et chambre à coucher télescopiques, se fera un plaisir le feu de camp de larguer ses étincelles et de lécher jusqu’aux sommets les cimes de cette forêt frelatée, forçant les grenouilles, les chevreux, les orignacs et les zours à migrer vers vos banlieues, c***r sur vos patios, pi**er dans vos platebandes, chercher refuge dans votre piscine pendant que derrière l’écran de votre smartphone vous essayerez de faire les smarts en instagrammant cet instant unique où la faune vient enfin lécher ses babines dans votre cour, mais méfiez-vous, la rage peut à juste titre couver sous le masque enchanteur du raton, c’est arrivé y a pas si longtemps à Godmanchester où un vulgaire minou a attaqué une pauvre citoyenne qui n’était pas sur ses gardes, c’est comme ça quand la nature se tourne contre vous peut-être parce que vous vous êtes trop détournée de la nature avec votre botox, vos faux seins, votre faux cul, la chirurgie esthétique, votre fausse allure de star dégingandée de cinquante ans qui voudrait encore faire briller les paillettes de son adolescence jusque dans les faux plis de sa conscience, et surtout pendant que vous filmez cette scène unique, ne pas oublier le barbecue – ça vient presque de m’arriver – qui risque de faire cramer ce juteux T-bone qui a nécessité je ne sais plus combien de litres d’eau – si utile pour éteindre les feux(...)