09/30/2026
Habiter ensemble
Je crois que l’architecture civique doit justement être publique dans son accessibilité, appropriable et pertinente. Créer des lieux où chacun peut trouver sa place, qu’importe son âge, son origine ou sa condition est complexe mais nécessaire. Cette responsabilité concerne aussi notre manière d’habiter la ville, là où nous côtoyons nos voisins, fréquentons les mêmes rues, parcs, commerces, lieux publics. Habiter la ville, c’est la partager avec tous, puis retrouver son intimité, son confort et sa sécurité chez soi.
Mais tous ne rentrent pas chez eux.
En cette période électorale, nous entendons beaucoup parler d’itinérance. Derrière les statistiques alarmantes, les discours actuels et les intentions, se cache un besoin profondément humain, celui d’avoir un lieu à habiter.
J’avais trouvé puissante l’image de la Unignorable Tower, imaginée à Toronto par United Way avec KPMB architects. Une tour fictive permettant de rendre visible l’échelle d’une triste réalité difficile à saisir autrement. En 2022, juste à Québec, on dénombrait près de 1000 personnes en situation d’itinérance visible. L’idée n’est évidemment pas de construire une immense tour sur la place d’Youville, mais nous obliger à regarder le problème différemment.
Comme architecte, cette image m’amène à me questionner sur notre manière de concevoir l’habitation. Je n’ai pas de réponses, que des questions. Devons-nous séparer constamment les réalités sociales? Pouvons-nous imaginer des projets où se coexisteront différents âges et réalités économiques ? Comment l’abordabilité peut s’insérer dans nos quartiers ?
Nous devrons faire preuve de créativité pour y répondre. La solution à l’itinérance n’est pas uniquement architecturale, elle est humaine avant tout, collective, et économique. L’architecture doit néanmoins y contribuer : avec sensibilité, générosité, plutôt qu’avec austérité, en créant des lieu dignes, rassurants, profondément humains, où la dignité ne se mesure pas dans les moyens de ceux qui les habitent.
Parce qu’habiter ensemble suppose que chacun puisse rentrer chez soi.