Eric Pelletier architecte

Eric Pelletier architecte

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08/11/2026

Mes paysages
Nous avons tous des paysages qui nous habitent longtemps avant que nous puissions les nommer. En écrivant récemment sur la nécessité de les préserver, je me suis demandé quels étaient les miens.

Les miens sont l’église de Saint-Roch-des-Aulnaies qui se dresse fièrement sur la rive du fleuve. La voie ferrée de Saint-Philippe-de-Néri au pied de la montagne. La vallée de Saint-Pascal. L’anse de Saint-Denis-de-la-Bouteillerie. L’église du village de Saint-Denis émergeant des champs. La baie de Rivière-Ouelle depuis le chemin de la Petite-Anse. Les aboiteaux de Kamouraska. Enfant, je les ai parcourus si souvent, en voiture, installé entre mon père et mon grand-père, sans savoir encore l’empreinte qu’ils laisseraient en moi.

Ils font partie de ce qui m’a construit. Ce sont des lieux profondément inscrits dans mémoire et qui suscitent encore chez moi des émotions. Je ne les regarde pas aujourd’hui avec nostalgie, mais avec le sentiment qu’ils appartiennent à mon histoire, à mes ressentis, à une certaine idée du réconfort. J’ai grandi dans ces paysages grandioses, mais simples, puissants mais délicats, sobres et majestueux.

Avant l’université, avant la pratique, les concours, les projets, ils m’avaient déjà appris le respect du contexte. Ce sont les terres de mes ancêtres, mais je comprends aujourd’hui qu’elles ont façonné mon regard d’architecte. Elles m’ont sensibilisé à la préservation de notre héritage, appris la beauté d’un moment, la puissance de l’horizon et la force du vide. L’architecture se construit de vides. Le vide donne une valeur essentielle à ce qui l’habite. Nous y reviendrons.

J’ai découvert plus t**d les collines de Rome, le désert de Riyad, les montagnes de Lucerne, les plages du Costa Rica. Ils ont tous évoqué quelque chose en moi : l’envie de dessiner, de tracer parfois un simple trait dans un paysage, parfois d’ériger un monolithe de pierre, parfois de creuser une vallée. Ils ont, à leur manière, nourri mon envie de créer avec le paysage, d’en prendre la mesure et d’en révéler l’essence. Je crois que c’est ce que je recherche encore dans chaque projet : un geste singulier, contextualisé et juste.

08/06/2026

Préserver nos paysages

Dans le Bas-du-Fleuve pendant mes vacances, je découvre un matin, au détour d’un rang dans les hauteurs de Saint-Pacôme, un simple banc de bois. Rien d’extraordinaire, sinon la vue magnifique sur la vallée qui s’étend à ses pieds. Quelqu’un avait jugé que ce paysage méritait de s’y arrêter. J’ai alors pensé à un autre banc, installé par un ami entre deux arbres, au Costa Rica. Deux paysages, deux continents, un même geste : reconnaitre la valeur d’un lieu en prenant le temps de s’y arrêter.

Pourquoi protégeons-nous avec autant d’attention nos bâtiments patrimoniaux, mais rarement les paysages qui leur donnent pourtant tout leur sens ?

Avant d’être une architecture, un territoire est d’abord paysage, et notre identité se façonne autant dans les paysages que nous habitons que dans les bâtiments que nous construisons. C’est sur ce canevas que les générations se succèdent et écrivent leur histoire. Au Québec, le régime seigneurial a tracé les premiers rangs. Les forêts ont été défrichées, les terres cultivées, les villages se sont développés autour de leurs clochers qui ponctuent encore nos campagnes. À Rome, la mémoire d’un peuple s’inscrit dans ses pierres, ses rues et ses places; au Québec, elle se lit d’abord dans son fleuve, ses rangs, ses vallées et ses montagnes. Ce sont deux territoires différents, desquels nous pouvons tirer une même leçon : nous ne construisons jamais sur une page blanche.

Pourtant, un paysage est beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît. Il ne disparaît presque jamais d’un seul coup. Il s’efface, décision après décision. Une tour de télécommunication implantée sans égard à son contexte, une série de panneaux publicitaires qui obstruent une perspective, un bâtiment public dont l’implantation fait disparaître une relation précieuse entre un village et son histoire, etc. Chacune de ces interventions peut sembler anodine. Ensemble, elles transforment lentement notre manière d’habiter un lieu et de nous y reconnaître.

Chaque été, j’ai le privilège de retrouver le Kamouraska. Je m’émerveille devant l’immensité du Saint-Laurent, les montagnes de Charlevoix qui se dessinent au loin, les cabourons qui ponctuent la plaine entre le fleuve et les Appalaches. Ces paysages ne sont pas seulement beaux. Ils sont une partie de notre mémoire collective, et le décor de notre mémoire personnelle.

Le premier geste d’architecture ne doit pas être de construire, mais de comprendre. Nous intervenons dans un paysage. Cette responsabilité nous oblige à regarder au-delà de l’objet architectural et à comprendre ce qui existe déjà : les vues, les reliefs, les horizons, les silences, les traces laissées par ceux qui nous ont précédés. Sans pour autant le figer, nous nous devons d’intervenir avec suffisamment de délicatesse pour que son identité demeure lisible pour les générations qui suivront.

Nous avons appris à protéger notre héritage bâti, y compris le plus moderne. Il est temps de reconnaître que notre premier patrimoine est peut-être celui que nous traversons chaque jour sans toujours le voir : nos paysages.

07/06/2026

Learning from Rome

De retour récemment d’un séjour, toujours trop bref, en Italie, j’ai eu le bonheur de retrouver Rome. Cette ville m’émeut à chaque fois que j’y séjourne. À chaque visite, cette ville laisse en moi une empreinte profonde. Elle continue de former l’architecte que je suis devenu et continuera d’influencer mon regard sur nos villes. Non pas parce que Rome soit parfaite, mais parce qu’elle me rappelle ce qu’est une ville avant d’être un projet : un lieu où la vie précède l’aménagement et l’architecture.

Alors pourquoi les villes que nous aimons le plus sont-elles souvent si différentes de celles que nous continuons à construire ?

Je pourrais passer des heures à oberver Rome sans visiter un seul monument, enfin… presque. Il y a le Panthéon…auquel je reviens inévitablement, tant ce lieu me bouleverse à chaque fois, j’y reviendrai plus t**d. Rome m’émeut à travers son histoire et à travers la manière que la ville acceuille la vie quotidienne. Il faut voir cette ville au-delà de ses momuments, apprendre à la vivre au point de ne plus vouloir la quitter. Rome est une ville où l’on marche, où le temps s’écoule lentement assis devant Santa Maria in Trastavere, où l’on accepte de se perdre dans une étroite ruelle clair obscure, où un café déborde sur la place sans que personne ne s’en offusque, où une église baroque apparaît au détour d’une ruelle, là où les siècles se superposent sans jamais chercher à s’effacer. Cette ville me rappelle à chaque fois que la ville n’est pas la somme de ses bâtiments, elle est plutôt celle des expériences qu’elle offre à ceux qui la vivent.

Ce qui me touche chaque fois, c’est ce chaos apparent. Un chaos qui, en réalité, obéit à une logique bien plus profonde que celle de nos règlements. Ici les rues n’ont pas été dessinées pour répondre à la largeur d’un camion ou au rayon de braquage d’une automobile. Les places n’ont pas été créées pour absorber des cases de stationnement. Elles semblent avoir été façonnées d’abord pour accueillir la vie, et la vie à chaque fois prend le dessus. L’architecture ici devient le support vivant du quotidien de la ville.

Rome ne m’apprend pas à faire de l’architecture. Elle me rappelle à chaque fois que notre véritable responsabilité est de concevoir des milieux de vies ou la vie trouve naturellement sa place.

Voilà peut-être la plus grande leçon que Rome m’enseigne.

06/21/2026

Concevoir l’école

Enfin le temps des vacances est arrivé pour plusieurs élèves du primaire et du secondaire ! Ils emportent avec eux des souvenirs, des amitiés, des découvertes, quelques moments difficiles surement, mais surtout une idée de la personne qu’ils pourraient devenir.

On parle souvent des écoles en mètres carrés, en budgets ou en échéanciers. Je préfère les voir autrement : une bibliothèque qui donne envie de s’évader, un escalier qui devient un lieu de rencontre, une cour qui invite à jouer ou étudier, une lumière naturelle qui accompagne une journée difficile, une alcôve pour échanger sur les théories scientifiques apprises en classes. Chaque geste ici compte, chaque petite attention trouvera écho pour une personne inévitablement.

L’architecture n’enseigne ni les mathématiques ni le francais, mais je suis convaincu qu’elle peut éveiller l’envie d’apprendre. Elle peut créer un sentiment d’appartenance. Elle peut dire à un jeune, sans un mot, que sa présence compte et qu’il est important pour nous. Après avoir consacré une grande partie de ma carrière à concevoir des lieux d’apprentissage, je demeure convaincu qu’il s’agit des bâtiments civiques parmi les plus importants que nous construisons. Ce sont des lieux ou on apprend à penser, à débattre, à créer, à échouer et à recommencer, à trouver sa place à travers ceux qui nous ont précédés. Concevoir une école, un pavillon universitaire est un privilège. C’est penser à ceux qui les habiteront et imaginer avec générosité les possibilités d’une génération.

L’architecture n’est jamais neutre. Elle dessine silencieusement la société que nous souhaitons devenir.

Écoles seondaires Laval / Mirabel / Lasalle / Chambly. Lemay-Leclerc-Prisme architectes, photographies David Boyer

06/05/2026

Dessiner est un acte de résistance contre la vitesse.

Lors d’un récent séjour en Italie, j’ai passé plusieurs moments assis dans les rues, les places et les cafés à faire des croquis. Non pas pour produire de belles images, mais pour regarder autrement, pour renouer avec cet instant essentiel dans la vie d’un architecte.

Le dessin oblige à ralentir. À observer les proportions, la lumière, les matériaux, les détails et les usages. À comprendre ce qui se cache derrière la première impression, mais pour moi, surtout à saisir l’essentiel.

À une époque où l’intelligence artificielle peut produire en quelques secondes des images d’une qualité remarquable, cette pratique m’apparaît plus précieuse que jamais. Non pas parce qu’il faut résister à la technologie, au contaire, mais parce qu’aucun outil ne remplacera jamais le temps consacré à observer attentivement le monde qui nous entoure.

J’ai toujours considéré qu’avant de concevoir, il fallait comprendre. Et parfois, comprendre l’architecture commence simplement par s’asseoir dans une rue, sortir un carnet et prendre le temps de regarder, juste pour soi.

05/07/2026

Hier soir, à Vancouver, se tenait la cérémonie de collation des grades du Collège des Fellows de l’IRAC (Institut royal d’architecture du Canada).

Le titre de Fellow, conféré à vie, constitue l’une des plus hautes distinctions que l’IRAC puisse accorder. Le recevoir pour ma contribution à la profession par l’excellence en conception architecturale, et voir cette reconnaissance appuyée par mes pairs, représente pour moi un immense honneur.

Je reçois toutefois cette distinction avec beaucoup d’humilité.

L’architecture est pour moi, avant tout, une passion. Une passion que je tente de transmettre à mes étudiants de l’École d’architecture de l’Université Laval, de partager avec mes collègues et amis, et de faire vivre à travers chacun des projets auxquels je participe.

Mais l’architecture est aussi pour moi un art de responsabilité. Une discipline qui exige de l’engagement, de la rigueur et une forme d’intransigeance envers la qualité. Je crois profondément que nous devons être exigeants comme architectes — exigeants envers nos idées, envers nos projets, envers nos villes et envers nous-mêmes — parce que ce que nous construisons dépasse largement le cadre du bâtiment : nous façonnons des milieux de vie, des expériences humaines et le patrimoine collectif de demain. La qualité architecturale ne devrait jamais être une option, mais une obligation, non pas pour nous-mêmes, mais pour tous ceux qui l’habitent et le vivent au quotidien.

Cette distinction me touche particulièrement parce qu’elle vient reconnaître ces convictions, ces combats, ces discussions, ces rêves, ces succès comme ces échecs, mais surtout l’importance, à mes yeux, de vivre pleinement cette passion.

Merci à tous ceux qui l’ont partagée avec moi, à mes parent qui l’ont supportée, à ceux qui m’ont fait confiance, à ceux qui la font vivre à travers les projets que nous réalisons ensemble, aux clients qui ont partagé ce grand rêve, à ceux qui ont appuyé ma candidature, ainsi qu’à l’Institut royal d’architecture du Canada.

Et merci, tout particulièrement, à celle qui partage et soutient cette passion avec moi au quotidien.

Bravo à mes collègues qui, hier soir, recevaient aussi cette grande distinction. Ensemble relevons ce défi de contribuer à notre monde avec créativité !

05/03/2026

Une belle distinction pour l’école secondaire de Chambly

Content de voir ce travail récompensé par l’OAQ, l’école secondaire de Chambly a reçu jeudi dernier un prix d’excellence de l’Ordre des architectes du Québec. C’est une belle reconnaissance pour ces années de travail, pour le dévouement de l’équipe et pour ce grand défi. L’école secondaire de Chambly illustre ce que devrait devenir nos écoles, des lieux animés, ouverts, accessibles et stimulant pour nos jeunes. Bravo à l’équipe du consortium Lemay/Lecrerc/Prisme.

L’architecture influence la réussite académique des jeunes, et il est essentiel d’y réfléchir collectivement, il faut s’engager comme architecte afin de leur donner un milieu de vie de qualité.

03/26/2026

Très heureux de voir l'école secondaire de Chambly finaliste aux prix d'excellence de l'Ordre des architectes du Québec. La réalisation de cette école s'inscrivait dans une importante réflexion sur la place de l'architecture et de l'enseignement au niveau secondaire. L'école de Chambly illustre bien l'approche développée de créer une école ouverte, perméable, dynamique et accessible à tous.

L'esplanade centrale agit ici comme liaison avec le site fort utilisé, les coursives permettent l'accès à l'ecole existante juste devant, cet espace extérieur est rapidement devenu générateur d'un coeur central animé, se déployant sur 2 niveaux, reliant ainsi le rez-de-chaussée au rez-de-jardin, lumineux et chaleureux. Merci à toute l'équipe de projet de Lemay, Leclerc et Prisme.

Vous pouvez allez voter pour les prix du public :

https://www.oaq.com/blog/candidat/ecole-secondaire-de-chambly/

11/20/2025

J’ai perdu cette semaine mon mentor, M. Gilles Guité. Fondateur de la firme Gauthier Guité Roy, il aura eu un impact considérable sur l’architecture au Québec. À ma sortie de l’École d’architecture, j’ai eu la chance de travailler à ses côtés. Architecte exigeant, il m’a appris l’importance de l’apprentissage et de la transmission du savoir, un pas à la fois. Il m’a appris la valeur de la qualité en architecture, l’importance de toujours pousser nos projets plus loin. J’y ai appris la rigueur, la minutie, l’attention au détail.

À ses côtés, je suis devenu architecte. Et dans chaque projet auquel je m’adresse, avec chaque collègue avec qui je travaille, et avec chaque étudiant à qui j’enseigne, une part de cet héritage continue de se transmettre.

Son impact sur l’architecture au Québec aura été majeur, particulièrement à Québec. Mentionnons, entre autres, l’exceptionnel pavillon Comtois, le complexe G, ou encore le Centre des congrès de Québec, sur lequel, à ses côtés, j’aurai réalisé la quasi-totalité de ma cléricature.

C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris aujourd’hui son décès. Depuis plus de 35 ans, il aura été à la fois un mentor, un guide et, au fil du temps, un ami. Il m’a appris cette profession difficile qu’est l’architecture, l’importance de comprendre, de partager et de transmettre. Mais j’ai surtout appris de lui l’exigence de qualité : le juste geste, la finesse, la précision.

J’ai eu la chance de le côtoyer tout au long de sa retraite. Autour d’un bon repas, d’une bouteille de vin, il demeurait toujours curieux, l’architecte jamais bien loin. Il a été pour moi un conseiller avisé, un critique exigeant. J’ai également eu le privilège de le voir évoluer dans sa seconde passion : la peinture. Un architecte ne peut cesser de créer me disait-il. Au début, il partageait un petit atelier adjacent à mon bureau et venait nous présenter sa dernière création. Jamais totalement satisfait, il reprenait ses toiles deux ou trois fois. Mais, à force de rigueur et de persévérance, l’artiste en lui a pleinement émergé — l’architecte n’étant jamais très loin dans l’explication de ses fameux triptyques, où chaque trait cachait une intention, une émotion.

Merci, M. Guité. Je sais que vous m’avez toujours demandé de vous appeler Gilles.

Merci pour tout.

06/02/2025

Demain à 14:00 ( 3 juin ) au congrès de l’IRAC, place Bonaventure, Sarah Perron Desrochers et moi présenterons la conférence Modernité en péril. Une réflexion sur le futur de notre patrimoine moderne, une réflexion sur notre histoire collective et la prise de conscience de la valeur du lègue de nos prédécesseurs.

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