Eric Pelletier architecte

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Habiter ensemble Je crois que l’architecture civique doit justement être publique dans son accessibilité, appropriable e...
09/30/2026

Habiter ensemble
Je crois que l’architecture civique doit justement être publique dans son accessibilité, appropriable et pertinente. Créer des lieux où chacun peut trouver sa place, qu’importe son âge, son origine ou sa condition est complexe mais nécessaire. Cette responsabilité concerne aussi notre manière d’habiter la ville, là où nous côtoyons nos voisins, fréquentons les mêmes rues, parcs, commerces, lieux publics. Habiter la ville, c’est la partager avec tous, puis retrouver son intimité, son confort et sa sécurité chez soi.

Mais tous ne rentrent pas chez eux.

En cette période électorale, nous entendons beaucoup parler d’itinérance. Derrière les statistiques alarmantes, les discours actuels et les intentions, se cache un besoin profondément humain, celui d’avoir un lieu à habiter.

J’avais trouvé puissante l’image de la Unignorable Tower, imaginée à Toronto par United Way avec KPMB architects. Une tour fictive permettant de rendre visible l’échelle d’une triste réalité difficile à saisir autrement. En 2022, juste à Québec, on dénombrait près de 1000 personnes en situation d’itinérance visible. L’idée n’est évidemment pas de construire une immense tour sur la place d’Youville, mais nous obliger à regarder le problème différemment.

Comme architecte, cette image m’amène à me questionner sur notre manière de concevoir l’habitation. Je n’ai pas de réponses, que des questions. Devons-nous séparer constamment les réalités sociales? Pouvons-nous imaginer des projets où se coexisteront différents âges et réalités économiques ? Comment l’abordabilité peut s’insérer dans nos quartiers ?

Nous devrons faire preuve de créativité pour y répondre. La solution à l’itinérance n’est pas uniquement architecturale, elle est humaine avant tout, collective, et économique. L’architecture doit néanmoins y contribuer : avec sensibilité, générosité, plutôt qu’avec austérité, en créant des lieu dignes, rassurants, profondément humains, où la dignité ne se mesure pas dans les moyens de ceux qui les habitent.

Parce qu’habiter ensemble suppose que chacun puisse rentrer chez soi.

VISITER le Grand Théâtre de QuébecJe vous invite, ce vendredi à 14h, dans le cadre des Journées de la culture, à venir d...
09/24/2026

VISITER le Grand Théâtre de Québec

Je vous invite, ce vendredi à 14h, dans le cadre des Journées de la culture, à venir découvrir avec moi le projet de transformation et de préservation du Grand Théâtre de Québec. Projet qui occupera toujours pour moi une place particulière dans mon parcours et que j’aime toujours autant faire découvrir.

Ce sera l’occasion de comprendre l’histoire de ce bâtiment exceptionnel, de revenir sur les défis que posait la conservation de son architecture brutaliste et sur la démarche qui nous a conduits à imaginer une nouvelle enveloppe de verre pour protéger l’œuvre existante plutôt que la transformer.

Prenons le temps de parcours ce bâtiment et de parler d’architecture, de patrimoine et de la manière dont on peut intervenir sur une œuvre existante tout en respectant ce qui en fait la force. Rendez-vous à l’entrée principale du Grand Théâtre de Québec du côté de la rue Jacques-Parizeau pour débuter la visite.

Vendredi 25 septembre, Grand Théâtre de Québec

APPRENDRELa transformation de la bibliothèque de l’Université Bishop’s en learning commons, il y a une dizaine d’années,...
09/18/2026

APPRENDRE
La transformation de la bibliothèque de l’Université Bishop’s en learning commons, il y a une dizaine d’années, m’aura beaucoup appris. À l’époque, les échanges avec le recteur et le directeur de la bibliothèque étaient nombreux et riches : sur la transformation de l’espace, sur le rôle d’une bibliothèque universitaire, mais surtout sur la place de l’étudiant. Il était essentiel, ensemble, de comprendre ce qui méritait d’être changé, ce qui méritait d’être préservé, et de réfléchir à la place qu’elle occupait dans la culture de l’institution.

Aujourd’hui, je me rends compte à quel point ce projet s’inscrivait dans la transformation complexe des lieux d’apprentissage. L’accélération de l’accès à l’information nous force à questionner davantage le rôle de l’architecture. Apprendre ne se résume pas à avoir accès à l’information, encore moins aujourd’hui avec les outils d’intelligence artificielle. Apprendre, c’est aussi confronter, discuter, douter, se concentrer, tester et appartenir à une communauté intellectuelle.

Dès lors, la bibliothèque universitaire n’est plus seulement ce lieu de conservation et d’accès à la documentation. Elle évolue vers un lieu de rencontre entre étudiants, livres, corps professoral et savoir collectif. Et si l’ouvrage papier demeure, il partage maintenant sa place avec des outils numériques qui ont rendu le savoir accessible partout.

Alors que reste-t-il pour l’architecture ?

Je crois que le rôle de l’architecture est de créer les conditions de l’apprentissage, et de soutenir les interactions humaines essentiels dans un parcours académique. Nous habitons tous ces lieux, mais les vivons différemment. La générosité de l’architecture réside justement dans notre capacité à offrir différentes manières de les vivre, dans la maitrise de cette pluralité : permettre le silence sans isoler, favoriser l’échange sans imposer le bruit, offrir la concentration tout en maintenant le sentiment d’appartenance à une communauté. Le savoir ne se consulte plus seulement, il s’y produit, se partage et s’expose.

A Bishop, nous pensions transformer une bibliothèque pour permettre de nouvelles manières d’apprendre. 10 ans plus t**d, à chaque rentrée, l’espace s’emplit de jeunes avides de savoir et d’interaction. Ils se sont approprié leur bibliothèque.

Et surtout, ils nous apprennent encore ce que la bibliothèque peut devenir

Enseigner le douteC’est moi crayon en main, avec mon premier professeur, Monsieur Lévesque, il y a plus de trente ans, p...
09/04/2026

Enseigner le doute

C’est moi crayon en main, avec mon premier professeur, Monsieur Lévesque, il y a plus de trente ans, plein de doutes, heureux d’être enfin sur les bancs de l’école d’architecture de l’Université Laval. Cette semaine, rentrée pour moi également, de l’autre côté encore une fois ou je retrouverai le plaisir de donner un atelier. Entre le bureau et les projets, je considère essentiel d’être présent à l’Université et de contribuer à la formation de ceux qui prendront un jour le relais. Non pas pour leur transmettre qui je suis, ni ma manière de voir l’architecture ou ni ma propre quête, mais pour les aider à comprendre qui ils sont, à construire leur regard et progressivement, leur propre identité d’architecte.

Je pense souvent à ce que j’aurais aimé comprendre à leur âge, à ce que j’aurais aimé apprendre. Ils exerceront dans une période ou l’architecture se transforme radicalement, ou notre rôle change dans la société, ou la manière de pratiquer l’architecture est en plein évolution. Dans les quelques mois à venir, au cœur de l’atelier, je ne peux condenser des années de pratique, mais je peux leur partager ce qu’elles m’ont appris : la valeur du doute, la nécessité de prendre position, le plaisir de l’exploration et de la remise en question, de repousser les limites, l’obligation de la qualité, et cette recherche constante du juste geste.

L’architecture est une discipline immense. Elle s’écrit à travers l’histoire, la culture, le lieu, la science, la sociologie, la psychologie, mais elle doit demeurer artistique et profondément humaine. Alors que devons-nous transmettre lorsqu’on enseigne, je crois que c’est leur donner les moyens, d’être eux même, les outils pour le découvrir, et ultimement se découvrir eux même…Enseigner l’architecture ce n’est pas reproduire une manière de faire, c’est leur donner les moyens de découvrir leur manière. C’est questionner leurs certitudes et parfois leurs premières intuitions, c’est les sortir de leur zone de confort, pas pour leur donner les réponses et ni pour faire de l’architecture comme moi, non tel n’est pas le rôle d’un professeur, mais pour les obliger à prendre position, à rendre leurs réponses conscientes, à comprendre pourquoi ils doivent faire des choix et les défendre. L'enseignement n'est pas si loin de la réalité en agence finalement.

Mais la beauté de tout cela c’est que cette transmission n’est jamais à sens unique, leurs questionnements, leurs intuitions et parfois leurs désaccords déplacent aussi mon propre regard, voilà le professeur devenu étudiant et le plaisir d’être là pour eux et pour l’architecture.

L’école entre ses classesLa rentrée est à nos portes, dans quelques jours nos écoles primaires, secondaires, nos collège...
08/27/2026

L’école entre ses classes

La rentrée est à nos portes, dans quelques jours nos écoles primaires, secondaires, nos collèges et universités se rempliront. Certains retrouveront leur école, d’autres découvriront un nouvel environnement qu’ils apprendront peu à peu à habiter. Mais qu’est-ce qui fait réellement l’école ? Immédiatement on imagine une succession de classes, une petite bibliothèque, un gymnase, un amphithéâtre, des corridors à ne plus finir. Mais l’école ne s’y résume pas, l’architecture vit aussi dans tous le vide qui sépare et relie toutes ces fonctions. Si l’architecture contribue à l’apprentissage, alors elle ne peut s’arrêter à la porte de la classe.

Nous avons considéré ce vide comme purement fonctionnel, parfois même résiduel. Au contraire, je crois qu’il est devenu l’une des matières essentielles de l’architecture du savoir. Ces espaces ne sont plus seulement des lieux de passage. Ils deviennent des lieux d’appropriation, de rencontre, parfois de retrait. Un escalier devient gradin, une cour un lieu d’apprentissage, une alcôve dans un corridor permet un échange spontané avec un enseignant. De l’urbain à l’alcôve, l’école acquiert ainsi une dimension collective qui dépasse sa fonction première d’enseignement, elle devient un milieu de vie. Notre rôle d’architecte est paradoxal : créer ce vide, le rendre appropriable, permettre des usages que nous ne pouvons pas toujours prévoir. C’est aussi là que se construit une partie de l’école.

C’est dans la générosité de ces espaces que la vie apparait.

Là réside la véritable unité de mesure d’une école, pas dans ses classes, mais dans la qualité des relations qu’elle induit entre les lieux, ses usages et ceux qui les habitent. Lorsque le vide entre à l’école, ce n’est pas de l’espace perdu, c’est sa communauté qui y trouve sa place.

Mes paysages Nous avons tous des paysages qui nous habitent longtemps avant que nous puissions les nommer. En écrivant r...
08/11/2026

Mes paysages
Nous avons tous des paysages qui nous habitent longtemps avant que nous puissions les nommer. En écrivant récemment sur la nécessité de les préserver, je me suis demandé quels étaient les miens.

Les miens sont l’église de Saint-Roch-des-Aulnaies qui se dresse fièrement sur la rive du fleuve. La voie ferrée de Saint-Philippe-de-Néri au pied de la montagne. La vallée de Saint-Pascal. L’anse de Saint-Denis-de-la-Bouteillerie. L’église du village de Saint-Denis émergeant des champs. La baie de Rivière-Ouelle depuis le chemin de la Petite-Anse. Les aboiteaux de Kamouraska. Enfant, je les ai parcourus si souvent, en voiture, installé entre mon père et mon grand-père, sans savoir encore l’empreinte qu’ils laisseraient en moi.

Ils font partie de ce qui m’a construit. Ce sont des lieux profondément inscrits dans mémoire et qui suscitent encore chez moi des émotions. Je ne les regarde pas aujourd’hui avec nostalgie, mais avec le sentiment qu’ils appartiennent à mon histoire, à mes ressentis, à une certaine idée du réconfort. J’ai grandi dans ces paysages grandioses, mais simples, puissants mais délicats, sobres et majestueux.

Avant l’université, avant la pratique, les concours, les projets, ils m’avaient déjà appris le respect du contexte. Ce sont les terres de mes ancêtres, mais je comprends aujourd’hui qu’elles ont façonné mon regard d’architecte. Elles m’ont sensibilisé à la préservation de notre héritage, appris la beauté d’un moment, la puissance de l’horizon et la force du vide. L’architecture se construit de vides. Le vide donne une valeur essentielle à ce qui l’habite. Nous y reviendrons.

J’ai découvert plus t**d les collines de Rome, le désert de Riyad, les montagnes de Lucerne, les plages du Costa Rica. Ils ont tous évoqué quelque chose en moi : l’envie de dessiner, de tracer parfois un simple trait dans un paysage, parfois d’ériger un monolithe de pierre, parfois de creuser une vallée. Ils ont, à leur manière, nourri mon envie de créer avec le paysage, d’en prendre la mesure et d’en révéler l’essence. Je crois que c’est ce que je recherche encore dans chaque projet : un geste singulier, contextualisé et juste.

Préserver nos paysagesDans le Bas-du-Fleuve pendant mes vacances, je découvre un matin, au détour d’un rang dans les hau...
08/06/2026

Préserver nos paysages

Dans le Bas-du-Fleuve pendant mes vacances, je découvre un matin, au détour d’un rang dans les hauteurs de Saint-Pacôme, un simple banc de bois. Rien d’extraordinaire, sinon la vue magnifique sur la vallée qui s’étend à ses pieds. Quelqu’un avait jugé que ce paysage méritait de s’y arrêter. J’ai alors pensé à un autre banc, installé par un ami entre deux arbres, au Costa Rica. Deux paysages, deux continents, un même geste : reconnaitre la valeur d’un lieu en prenant le temps de s’y arrêter.

Pourquoi protégeons-nous avec autant d’attention nos bâtiments patrimoniaux, mais rarement les paysages qui leur donnent pourtant tout leur sens ?

Avant d’être une architecture, un territoire est d’abord paysage, et notre identité se façonne autant dans les paysages que nous habitons que dans les bâtiments que nous construisons. C’est sur ce canevas que les générations se succèdent et écrivent leur histoire. Au Québec, le régime seigneurial a tracé les premiers rangs. Les forêts ont été défrichées, les terres cultivées, les villages se sont développés autour de leurs clochers qui ponctuent encore nos campagnes. À Rome, la mémoire d’un peuple s’inscrit dans ses pierres, ses rues et ses places; au Québec, elle se lit d’abord dans son fleuve, ses rangs, ses vallées et ses montagnes. Ce sont deux territoires différents, desquels nous pouvons tirer une même leçon : nous ne construisons jamais sur une page blanche.

Pourtant, un paysage est beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît. Il ne disparaît presque jamais d’un seul coup. Il s’efface, décision après décision. Une tour de télécommunication implantée sans égard à son contexte, une série de panneaux publicitaires qui obstruent une perspective, un bâtiment public dont l’implantation fait disparaître une relation précieuse entre un village et son histoire, etc. Chacune de ces interventions peut sembler anodine. Ensemble, elles transforment lentement notre manière d’habiter un lieu et de nous y reconnaître.

Chaque été, j’ai le privilège de retrouver le Kamouraska. Je m’émerveille devant l’immensité du Saint-Laurent, les montagnes de Charlevoix qui se dessinent au loin, les cabourons qui ponctuent la plaine entre le fleuve et les Appalaches. Ces paysages ne sont pas seulement beaux. Ils sont une partie de notre mémoire collective, et le décor de notre mémoire personnelle.

Le premier geste d’architecture ne doit pas être de construire, mais de comprendre. Nous intervenons dans un paysage. Cette responsabilité nous oblige à regarder au-delà de l’objet architectural et à comprendre ce qui existe déjà : les vues, les reliefs, les horizons, les silences, les traces laissées par ceux qui nous ont précédés. Sans pour autant le figer, nous nous devons d’intervenir avec suffisamment de délicatesse pour que son identité demeure lisible pour les générations qui suivront.

Nous avons appris à protéger notre héritage bâti, y compris le plus moderne. Il est temps de reconnaître que notre premier patrimoine est peut-être celui que nous traversons chaque jour sans toujours le voir : nos paysages.

Learning from RomeDe retour récemment d’un séjour, toujours trop bref, en Italie, j’ai eu le bonheur de retrouver Rome. ...
07/06/2026

Learning from Rome

De retour récemment d’un séjour, toujours trop bref, en Italie, j’ai eu le bonheur de retrouver Rome. Cette ville m’émeut à chaque fois que j’y séjourne. À chaque visite, cette ville laisse en moi une empreinte profonde. Elle continue de former l’architecte que je suis devenu et continuera d’influencer mon regard sur nos villes. Non pas parce que Rome soit parfaite, mais parce qu’elle me rappelle ce qu’est une ville avant d’être un projet : un lieu où la vie précède l’aménagement et l’architecture.

Alors pourquoi les villes que nous aimons le plus sont-elles souvent si différentes de celles que nous continuons à construire ?

Je pourrais passer des heures à oberver Rome sans visiter un seul monument, enfin… presque. Il y a le Panthéon…auquel je reviens inévitablement, tant ce lieu me bouleverse à chaque fois, j’y reviendrai plus t**d. Rome m’émeut à travers son histoire et à travers la manière que la ville acceuille la vie quotidienne. Il faut voir cette ville au-delà de ses momuments, apprendre à la vivre au point de ne plus vouloir la quitter. Rome est une ville où l’on marche, où le temps s’écoule lentement assis devant Santa Maria in Trastavere, où l’on accepte de se perdre dans une étroite ruelle clair obscure, où un café déborde sur la place sans que personne ne s’en offusque, où une église baroque apparaît au détour d’une ruelle, là où les siècles se superposent sans jamais chercher à s’effacer. Cette ville me rappelle à chaque fois que la ville n’est pas la somme de ses bâtiments, elle est plutôt celle des expériences qu’elle offre à ceux qui la vivent.

Ce qui me touche chaque fois, c’est ce chaos apparent. Un chaos qui, en réalité, obéit à une logique bien plus profonde que celle de nos règlements. Ici les rues n’ont pas été dessinées pour répondre à la largeur d’un camion ou au rayon de braquage d’une automobile. Les places n’ont pas été créées pour absorber des cases de stationnement. Elles semblent avoir été façonnées d’abord pour accueillir la vie, et la vie à chaque fois prend le dessus. L’architecture ici devient le support vivant du quotidien de la ville.

Rome ne m’apprend pas à faire de l’architecture. Elle me rappelle à chaque fois que notre véritable responsabilité est de concevoir des milieux de vies ou la vie trouve naturellement sa place.

Voilà peut-être la plus grande leçon que Rome m’enseigne.

Concevoir l’écoleEnfin le temps des vacances est arrivé pour plusieurs élèves du primaire et du secondaire ! Ils emporte...
06/21/2026

Concevoir l’école

Enfin le temps des vacances est arrivé pour plusieurs élèves du primaire et du secondaire ! Ils emportent avec eux des souvenirs, des amitiés, des découvertes, quelques moments difficiles surement, mais surtout une idée de la personne qu’ils pourraient devenir.

On parle souvent des écoles en mètres carrés, en budgets ou en échéanciers. Je préfère les voir autrement : une bibliothèque qui donne envie de s’évader, un escalier qui devient un lieu de rencontre, une cour qui invite à jouer ou étudier, une lumière naturelle qui accompagne une journée difficile, une alcôve pour échanger sur les théories scientifiques apprises en classes. Chaque geste ici compte, chaque petite attention trouvera écho pour une personne inévitablement.

L’architecture n’enseigne ni les mathématiques ni le francais, mais je suis convaincu qu’elle peut éveiller l’envie d’apprendre. Elle peut créer un sentiment d’appartenance. Elle peut dire à un jeune, sans un mot, que sa présence compte et qu’il est important pour nous. Après avoir consacré une grande partie de ma carrière à concevoir des lieux d’apprentissage, je demeure convaincu qu’il s’agit des bâtiments civiques parmi les plus importants que nous construisons. Ce sont des lieux ou on apprend à penser, à débattre, à créer, à échouer et à recommencer, à trouver sa place à travers ceux qui nous ont précédés. Concevoir une école, un pavillon universitaire est un privilège. C’est penser à ceux qui les habiteront et imaginer avec générosité les possibilités d’une génération.

L’architecture n’est jamais neutre. Elle dessine silencieusement la société que nous souhaitons devenir.

Écoles seondaires Laval / Mirabel / Lasalle / Chambly. Lemay-Leclerc-Prisme architectes, photographies David Boyer

Dessiner est un acte de résistance contre la vitesse.Lors d’un récent séjour en Italie, j’ai passé plusieurs moments ass...
06/05/2026

Dessiner est un acte de résistance contre la vitesse.

Lors d’un récent séjour en Italie, j’ai passé plusieurs moments assis dans les rues, les places et les cafés à faire des croquis. Non pas pour produire de belles images, mais pour regarder autrement, pour renouer avec cet instant essentiel dans la vie d’un architecte.

Le dessin oblige à ralentir. À observer les proportions, la lumière, les matériaux, les détails et les usages. À comprendre ce qui se cache derrière la première impression, mais pour moi, surtout à saisir l’essentiel.

À une époque où l’intelligence artificielle peut produire en quelques secondes des images d’une qualité remarquable, cette pratique m’apparaît plus précieuse que jamais. Non pas parce qu’il faut résister à la technologie, au contaire, mais parce qu’aucun outil ne remplacera jamais le temps consacré à observer attentivement le monde qui nous entoure.

J’ai toujours considéré qu’avant de concevoir, il fallait comprendre. Et parfois, comprendre l’architecture commence simplement par s’asseoir dans une rue, sortir un carnet et prendre le temps de regarder, juste pour soi.

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Quebec, QC

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