06/01/2026
Culture Quebec
Alors qu’il est aujourd’hui possible de traverser tout le primaire et le secondaire sans presque jamais croiser la culture québécoise sur son parcours, faut-il vraiment se surprendre que tant de jeunes ne se sentent pas Québécois?
Je reproduis ici le texte que je signe aujourd’hui dans le Journal de Montréal. 👇
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QU’ATTEND-ON POUR ENSEIGNER LA CULTURE QUÉBÉCOISE À L’ÉCOLE?
J’ai récemment participé à des ateliers dans une école secondaire montréalaise à forte majorité issue de l’immigration. Nous y parlions de théâtre, de séries télévisées et de cinéma d’ici, dans le cadre d’un projet piloté par une enseignante de français qui demande à ses élèves de visionner des œuvres québécoises pour ensuite réaliser des travaux en lien avec elles.
Ce que j’y ai vu m’a profondément bouleversé.
Non pas parce que ces jeunes rejetaient la culture québécoise. Au contraire. Mais parce qu’on ne la leur avait presque jamais présentée.
Cette jeunesse est curieuse, vive, intelligente. Pourtant, elle consomme surtout des contenus américains, simplement parce que l’école transmet de moins en moins ce qui constitue l’imaginaire collectif québécois.
Le constat est troublant et désolant : on peut désormais traverser tout le système scolaire québécois sans presque jamais découvrir sérieusement notre cinéma, notre théâtre, ou notre musique, à moins d’avoir la chance de tomber sur certains professeurs qui y sont sensibilisés.
Comme si la culture québécoise était devenue un sujet délicat.
Comme si certains craignaient qu’en tentant de la transmettre, on soit « moins inclusifs ».
Or, c’est exactement le contraire qui se produit.
La culture québécoise ne s’affaiblit pas au contact des jeunes issus de l’immigration, elle s’enrichit d’eux. Le nombre immense d’artistes fièrement québécois issus des quatre coins du monde qui marquent aujourd’hui notre musique, notre humour, notre télévision et notre cinéma le démontre magnifiquement. Mais encore faut-il que ces jeunes sentent qu’ils font partie de cette aventure collective.
Le problème est si aigu que lorsqu’on évoque la culture d’ici dans certaines classes, plusieurs élèves roulent instinctivement des yeux, croyant qu’il s’agit d’un folklore sans importance.
Puis, quelque chose bascule.
Lorsqu’ils découvrent l’ampleur réelle de ce que le Québec crée et exporte, ils comprennent soudainement qu’ils participent eux aussi à ce peuple et à son avenir.
On voit alors des adolescents complètement désengagés devenir fascinés : vouloir découvrir nos régions, comprendre nos réalités - leurs réalités, en fait -, connaître nos artistes et s’imaginer, eux-mêmes, créer ici un jour. Tout cela grâce à quelques ateliers culturels.
Ce n’est pas faute d’enseignants qui y croient. Partout au Québec, des professeurs portent ces projets à bout de bras, par conviction, souvent sur leur propre temps. Le problème, c’est qu’ils le font le plus souvent seuls : sans cadre, sans appui, sans reconnaissance. Parfois même malgré les obstacles qu’on dresse devant eux.
Voilà la véritable absurdité. Ce ne sont ni les idées, ni les artistes, ni les écoles qui manquent. C’est la cohérence d’un système qui laisse dépérir, faute de soutien, les initiatives qui fonctionnent le mieux.
On continue de traiter la culture comme un supplément facultatif, un « à-côté », plutôt que comme un outil fondamental de transmission collective.
Pourtant, la médiation culturelle est probablement l’un des plus puissants leviers d’intégration et de cohésion sociale pour bâtir une société forte et unie.
À Montréal et dans les grands centres, déployer une telle initiative serait d’une simplicité désarmante. Les artistes sont là. Les écoles aussi. Les coûts sont minimes, voire infinitésimaux. Les impacts, eux, sont immenses.
L’école ne doit pas seulement former des travailleurs ou des athlètes. Elle doit former des citoyens et des citoyennes capables de comprendre le peuple auquel ils appartiennent désormais.
Une nation qui refuse de transmettre sa culture pour de nébuleuses raisons administratives ou par frilosité politique ne devrait jamais s’étonner de la voir disparaître. Si cela arrive, elle n’aura qu’elle-même à blâmer.
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