08/21/2026
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Deux systèmes de garde dans une même province : où est l’équité?
Depuis maintenant deux ans, nous travaillons sans relâche afin d’obtenir des places désignées pour notre garderie éducative.
Deux années de démarches. Deux années à expliquer notre réalité. Deux années à voir les gouvernements annoncer des investissements majeurs dans les services de garde, dans la réduction des frais aux parents et dans les salaires des éducatrices et éducateurs de la petite enfance.
Et pourtant, notre garderie et nos familles demeurent toujours de l’autre côté du système.
Nous tenons à être très clairs : nous appuyons entièrement l’objectif de rendre les services de garde plus abordables et d’améliorer les conditions de travail des éducatrices et éducateurs.
Mais nous demandons une chose fondamentale :
L’ÉQUITÉ.
Le gouvernement affirme vouloir « fournir aux enfants le meilleur des départs ».
Il affirme vouloir poursuivre la mise en œuvre des services de garde à 10 $ par jour, améliorer leur accessibilité, retenir les éducatrices et éducateurs de la petite enfance, améliorer leurs conditions de travail et augmenter leurs salaires.
Nous sommes entièrement d’accord.
Mais qu’en est-il des enfants, des familles et des éducatrices qui fréquentent ou travaillent dans une garderie éducative agréée, mais non désignée?
Nos enfants sont-ils moins importants?
Notre garderie est agréée par la province.
Nos éducatrices prennent soin des enfants chaque jour.
Elles les accueillent.
Elles les consolent.
Elles leur enseignent.
Elles assurent leur sécurité.
Elles favorisent leur développement.
Elles créent des liens significatifs avec eux et avec leurs familles.
Pourtant, parce que notre établissement n'a pas obtenu la désignation, nos familles n'ont pas accès aux mêmes mesures de réduction des frais et nos éducatrices de 0 à 5 ans n'ont pas accès à la même grille salariale que leurs collègues admissibles dans les établissements désignés.
Le gouvernement du Nouveau-Brunswick le reconnaît d'ailleurs lui-même sur son site : les taux de salaire des éducatrices travaillant exclusivement dans des établissements non désignés auprès des enfants de 0 à 5 ans peuvent être inférieurs à ceux offerts dans les établissements désignés.
En 2025, le gouvernement a annoncé un investissement supplémentaire de 7,24 millions de dollars afin d'ajouter un quatrième échelon à la grille salariale des éducatrices et éducateurs de la petite enfance.
Pourquoi?
Selon les propres explications du gouvernement, de meilleurs salaires permettent d'attirer et de retenir du personnel qualifié, de réduire le roulement et de permettre aux enfants de recevoir des services éducatifs constants et de grande qualité.
Nous sommes d'accord à 100 %.
Mais si cela est vrai pour un enfant dans une garderie désignée... pourquoi cela serait-il moins vrai pour l'enfant qui fréquente notre garderie?
Même profession. Des réalités salariales différentes.
Depuis le 1er avril 2026, la grille salariale gouvernementale applicable aux personnes admissibles prévoit notamment des taux allant jusqu'à :
27,79 $/heure pour une éducatrice de niveau 1, selon son échelon;
et jusqu'à
20,42 $/heure pour une éducatrice au niveau d'entrée, selon son échelon.
Cette grille reconnaît la formation, les qualifications et les années d'expérience.
Le gouvernement affirme lui-même que des salaires clairement définis et prévisibles sont importants pour le recrutement et la rétention des éducatrices qualifiées.
Pourtant, les lignes directrices gouvernementales indiquent qu'une éducatrice travaillant exclusivement avec des enfants de 0 à 5 ans dans un établissement non désigné demeure assujettie à un mécanisme de majoration salariale différent.
Comment une garderie non désignée est-elle censée compétitionner équitablement pour recruter et conserver les mêmes éducatrices qualifiées?
Nous puisons tous dans le même bassin de main-d'œuvre.
Une éducatrice peut quitter un établissement non désigné pour travailler dans un établissement désigné et avoir accès à une structure salariale gouvernementale différente.
Et lorsqu'une éducatrice quitte…
ce n'est pas seulement l'employeur qui en subit les conséquences.
L'enfant perd une personne significative dans sa vie.
C'est précisément pourquoi le gouvernement affirme vouloir réduire le roulement du personnel.
Le gouvernement reconnaît lui-même l'importance de la stabilité.
Les documents gouvernementaux expliquent qu'une main-d'œuvre stable, expérimentée, informée et attentive est un élément essentiel de services de garde de qualité.
Nous sommes encore une fois entièrement d'accord.
La stabilité est essentielle pour les enfants.
La continuité est essentielle.
Les liens avec les éducatrices sont essentiels.
Les conditions de travail sont importantes.
La rémunération est importante.
Mais ces principes devraient-ils dépendre du statut administratif de l'établissement dans lequel travaille l'éducatrice?
Et les familles?
Le même problème existe pour les parents.
Le gouvernement poursuit son objectif de rendre les services de garde plus abordables et de se rapprocher d'un système à 10 $ par jour en moyenne.
Cependant, le gouvernement confirme également que les établissements non désignés ne sont pas admissibles au financement de l'Entente Canada–Nouveau-Brunswick sur l'apprentissage et la garde des jeunes enfants à l'échelle du Canada et que la grille provinciale de frais réduits ne s'applique donc pas de la même façon à leurs enfants de 0 à 5 ans.
Ainsi, deux familles peuvent habiter dans la même communauté.
Leurs enfants peuvent avoir le même âge.
Les deux garderies peuvent être agréées par la province.
Mais selon que la place est désignée ou non, la réalité financière de ces deux familles peut être complètement différente.
Où est l'équité?
Nous ne demandons pas que l'on retire quoi que ce soit aux autres garderies.
Au contraire.
Nous sommes heureux que des éducatrices obtiennent de meilleurs salaires.
Nous sommes heureux que des familles paient moins cher.
Nous sommes heureux que des investissements soient faits en petite enfance.
Nous demandons simplement pourquoi nos éducatrices et nos familles devraient être laissées derrière.
Lorsqu'un gouvernement affirme soutenir les éducatrices et éducateurs de la petite enfance, ce soutien devrait pouvoir rejoindre toutes les personnes qui accomplissent ce travail essentiel.
Lorsqu'un gouvernement affirme vouloir placer le bien-être de l'enfant au premier plan, ce principe devrait s'appliquer à tous les enfants.
Lorsqu'un gouvernement affirme vouloir rendre les services de garde accessibles et abordables, une famille ne devrait pas être financièrement désavantagée simplement parce que la garderie agréée qu'elle a choisie n'a pas reçu la désignation.
Après deux ans, nous demandons des réponses.
Nous demandons davantage de transparence.
Nous demandons davantage d'équité.
Nous demandons que l'on considère les conséquences du système actuel sur les garderies agréées non désignées, leurs employés, leurs familles et surtout leurs enfants.
Nos éducatrices ne sont pas moins importantes.
Nos familles ne sont pas moins importantes.
Et nos enfants ne sont certainement pas moins importants.
Si l'objectif est réellement de « fournir aux enfants le meilleur des départs », alors il faut commencer par reconnaître que chaque enfant du Nouveau-Brunswick mérite les mêmes chances, peu importe le statut de désignation de la garderie qu'il fréquente.
Le bien-être d'un enfant ne devrait jamais dépendre d'une désignation administrative.