07/29/2018
26 juillet 2018, J33
Départ de Torquay, Angleterre, pour Guernesey, une des îles anglo-normandes. Torquay est probablement la marina aux aménagements modernes la mieux entourée d’activités urbaines. Comme déjà dit, c’est une ville balnéaire où les suites princières de Russie, France et Angleterre se rencontrent depuis déjà près de deux siècles. A cela s’ajoute toute la panoplie internationale politique et économique. Alors au fil des décennies, grands nombres d’aménagements ont été ajoutés et améliorés. Les rues commerciales, les parcs, foires de jeux, restaurants entourent le port.
Hier, la décision était prise de rester deux jours de plus dans cet environnement qui ne manque pas de charme. Ce matin, en épluchant tous les sites météo à ma disposition, on ce lance pour la traverser de la Manche, au moteur. Un front froid nous arrive de l’Ouest et apportera des vents plus forts et contraires pour les deux prochains jours. Ce qui repousse le projet de traversée la Manche à samedi prochain et l’option moteur n’est jamais très loin avec les prévisions à venir. Donc, autant s’avancer maintenant.
Comme prévu, nous ne pouvons pas monter de voiles au cours des premières heures. Ensuite un léger souffle s’installe, suffisant pour tenir la grand-voile mais insuffisant pour le génois ensuite s’enchaîne les ajustements au demi-heure afin de profiter du moindre dixième de noeuds de vitesse éolienne en appuie au moteur.
Le voilier « Mermaid » croise notre route à deux cents mètres de notre étrave. Son skipper était assis devant le cockpit. Je me demande s’il avait une télécommande pour diriger son pilote?
Nous avons l’occasion de croiser la route de deux marsouins commun (Pourcil), une première dans ce voyage, autrement, très peu de vie sur la Manche.
Au croisement du rail des grands navires, nous négocions chaque fois avec six navires, autant pour le rail nord que sud. Au milieu, un bateau phare automatisé, nommé CHANNEL, sépare le trafic maritime entre les rails de circulation. Il est occupé par une cinquantaine de goélands, en majorité, ce sont des goélands à manteau noir ( Larus maritimus).
Au coucher du soleil, le taux d’humidité augmente et du même coup limite la portée visuelle. C’est soir de pleine lune, elle restera orange durant plusieurs heures. Ce n’est que le lendemain, en lisant La Presse que j’apprends que nous venons de vivre la plus longue éclipse lunaire de ce siècle; ce qui explique la couleur orangé aperçue.
27 juillet 2018, J34
Après une approche de la côte avec des courants contraires et un œil constant sur la carte électronique nous jetons l’ancre à 00:10 dans la baie de l’Ancresse. Cette baie est situé au nord-est de Guernesey entre la baie Fontenelle et le passage crève-coeur.
Après ces quatorze heures de route, le choix de la baie de l’Ancresse a été déterminé par son approche plus facile que son étroite voisine jonchée de cailloux. Tout le parcours c’est effectuer à moteur et au cours des deux dernières heures du trajet le vent du sud s’est levé graduellement. Nous sommes content d’avoir forcé la traversée de la Manche, même sans vent.
Le lendemain matin, l’annexe est gonflée et nous partons explorer ce petit coin de la côte fortifiée. Les galets de la plage sont composés de roches granitiques arrondies par les vagues.
A 13:50 nous empruntons le passage Doyle qui exige une très grande vigilance où il n’y a pas de place à l’erreur car le parcours est rempli de récifs acérés.
15:00 nous sommes amarré aux pontons extérieur de Port St-Peter.
17:00 c’est le début de l’entrée au port à flot. Sur les bateaux flottent des drapeaux hollandais, anglais, français et allemand. C’est la première fois que je vois un tel bo**el pour l’accès de la porte d’entrée du port. On dirait qu’un seule loi existe, celle de la jungle et de l’effronterie. Après avoir connu quelques occasions de collisions on s’extirpe de ce merdier et attendons que ce rythme infernal diminue. Les vas-et-vient des employés du port qui guide les gens en petite embarcation est incessant, parfois ils appuient leur embarcation pour pousser sur une coque de voilier en mauvaise posture.
Comme nous avons tirant d’eau de deux mètres nous ne pouvons aller qu’à la deuxième rangée, côte-à-côte comme troisième bateau de large. Mes voisins ne quittent que lundi et comme nous, attendent que le système dépressionnaire passe.
28 juillet 2018, J35
Parfois il arrive que:
En ce samedi matin, une certaine activité sur les pontons m’invite sur le pont du bateau, un arrivage ou un départ? Un bateau quitte son emplacement situé juste devant nous. Le vent est à 25 noeuds sans compter les rafales régulières qui pointent facilement à plus de 40% plus fort que le vent régulier.
Il contrôle mal sa sortie. Devant lui, deux bateaux de large, derrière trois de large, dont EMENGAUX. Il reçoit le vent de face ce qui devrait l’aider pour sa sortie. Au lieu de pointer l’étrave au vent son équipier colle la pointe, l’étrave au ponton. Cette situation oblige la sortie par reculons. Un « BANG » retentissant ameute tout le ponton, il vient d’heurter l’étrave du premier bateau de notre trio, tous reliés par des câbles. J’empoigne un pare-battage au cas où EMENGAUX serait menacé.
La tension ne monte pas d’un cran mais, tape au plafond, partout. La femme du bateau heurté, drapeau hollandais, réclament le retour du bateau français pour constater les dommages. Le skipper veut bien, demande à un équipier de l’informer qu’il reviendra la voir une fois les manœuvres terminées tout en essayant de ce concentrer sur son virage à 180 degrés. Je lui traduis en anglais ce que le skipper vient de dire.
Un retentissant « Get back and give me the money for my Boat », résonne dans toute cette partie du port, par l’homme du bateau qui vient de sortir du bateau en queue de chemise et en gesticulant fait tourner la tête au skipper et le déconcentre. « Ho la la! On est pas des bandits, on va revenir s’expliquer. ». J’informe le gars du bateau hollandais que le skipper français va revenir. Sa conjointe comprend mieux l’anglais et réussit à l’apaiser un peu. Malgré cela, il maugrée la situation fortement.
Ce faisant, le bateau battant pavillon français manque sa manœuvre de retournement et entre directement sur la tablette arrière d’un yacht motorisé. L’équipage réussit à le repousser et il poursuit sa route en zigzaguant et ce vois dans l’obligation, vu qu’il manque la porte de sortie de revenir ce retourner à l’intérieur du port et entre dans un troisième bateau, trois rangées derrière nous. Heureusement, tout l’équipage était sur le pont et armé de pare-battages et de bras, ils réussissent à dévier la menaçante étrave qui pointait vers la coque à la hauteur des haubans. Pfiou! J’imagine l’intensité du stress du pauvre skipper qui réussit à ce reprendre en retournant son bateau dans le bon sens de la sortie et quitte l’enceinte du port à flot St-Peter.
Entre-temps, je propose au skipper hollandais impacté l’annexe d’Emengaux qui est déjà gonflée pour vérifier l’état de son bateau. Il me fait signe que nom et ouvre son coffre à voile, sort un sac et gonfle son annexe!
Une quinzaine de minutes plus t**d, le skipper français a amarré son bateau aux pontons extérieur et revient pour s’expliquer. Il est accompagné de ses deux membres d’équipage, aucun ne parle anglais. Tout autour d’eux que des bateaux au drapeau hollandais, anglais et un allemand. Le pauvre mec essaie de ce faire comprendre. Entre EMENGAUX et le bateau hollandais, un voilier français de Bretagne nous sépare, le skipper français parle très bien anglais mais reste terrer dans son bateau.
Je sers donc d’intermédiaire suite à la demande de la conjointe du hollandais. Elle comprend et parle mieux l’anglais que son conjoint. Bref, vingt minutes plus t**d, tout le monde s’échange ses coordonnées, prise de photos et il s’avère qu’il n’y aura pas de suite. Seulement le gelcoat de l’étrave semble avoir sauté sans plus. Entre-temps j’ai suggéré aux membres d’équipage de donner une bouteille de vin à chaque bateau impacté en signe d’excuses et de bonne volonté.
Pour le deuxième bateau, c’est l’échange des numéros de police d’assurance car il est probable qu’il y aura réclamation. La tubulure d’acier inoxydable de la tablette arrière a été déformé suite à l’impact. Pour le troisième bateau, aucun dommage de relevé autre qu’un moment de frayeur.
Plus t**d, j’aperçois le skipper français faire le tour des bateaux et leur remettre une bouteille de vin accompagné d’une poignée de main.
L’atmosphère se rétablit dans le port et la journée ce poursuit au rythme des marées qui permettent durant quelques 4 heures par douze heures, l’entrée et la sortie de bateaux.
Vers 20:00, on tape à la coque de notre bateau. L’hollandaise vient me remettre la bouteille de vin reçue car elle et son copain préfères la bière. Elle tient ainsi à me remercier pour l’aide que je leur ai apporté.
29 juillet 2018, J36
Dimanche fut une journée de grand vent et d’averses de pluie. Quoi de mieux pour ce mettre à jour dans le journal de bord. L’accès wifi est excellent même s’il n’équivaut pas à celui de Milford Haven. Le plein d’eau est effectué et le premier bateau de notre trio veut quitter à 06:30 demain matin. Ok. On sera prêt, par contre je compte sortir que vers 08:00 alors que le niveau du seul du portique du port soit à trois mètres. Donc, on se déplace pour le laisser sortir et on reprend notre place tout bonnement.