LE CINEMA AFRICAIN APRES NETFLIX ET WARNER
En réponse à Alexandre Bougha , qui m’a invité à débattre de Netflix, Warner et de l’avenir du cinéma africain, j’ai relu une intervention que j’avais faite à Dakar au RECIDAK - Rencontre Cinématographiques de Dakar en 2018 pour le panel « Cinema et Mondialisation » Elle reste, aujourd’hui encore, étrangement actuelle.
Penser à l'avenir du cinéma africain à partir de Netflix et de Warner, c’est déjà accepter leur centre comme le nôtre. C’est admettre que notre avenir se joue ailleurs. Or le problème est précisément là : le centre n’existe plus. Il n’est plus à Paris, ni à Londres, ni à Hollywood. Il est désormais disséminé dans les réseaux, les flux, les algorithmes. Le centre est partout — et pourtant nous continuons à nous comporter comme s’il nous était interdit.
Hollywood lui-même est dépassé. Les studios vacillent, les salles ferment, les règles changent sans cesse. Le cinéma que nous pensions devoir rattraper n’existe déjà plus. Continuer à le prendre pour modèle, c’est courir après une forme morte.
Le débat sur un possible rachat de Warner par Netflix est révélateur : lorsque ceux qui diffusent rachètent ceux qui créent, le cinéma industriel entre dans une phase de concentration extrême. Le risque artistique est remplacé par la performance mesurable. Mais le vrai danger pour l’Afrique serait de croire que son cinéma dépend de cette bataille-là.
Le problème du cinéma africain n’est pas d’abord économique. La musique en apporte la preuve : elle coûte peu, circule massivement, touche le monde entier — et pourtant elle peine elle aussi à se structurer. Le blocage est ailleurs : dans notre manière de penser la création, la valeur, la diffusion.
Nous sommes prisonniers d’un double réflexe : nostalgie du passé et imitation du présent. Nous copions des modèles qui ont fonctionné ailleurs, à un autre moment de l’histoire, dans d’autres contextes — alors même que ceux qui les ont inventés sont en train de les abandonner.
Pendant ce temps, nous ne regardons pas ce que nous faisons déjà. Les réseaux sociaux reposent sur des principes profondément africains : circulation de la parole, récit collectif, communauté. Mais parce que ces outils viennent d’Amérique, nous oublions que leur logique nous est familière depuis longtemps. Nous cherchons l’Afrique dans les contenus, alors qu’elle est déjà dans les formes.
Lorsque Netflix décide, ce n’est pas seulement un modèle économique qui s’impose, c’est une manière de raconter le monde : un cinéma calibré, testé, optimisé. Face à cela, la réponse africaine ne peut être ni la plainte ni l’imitation. Elle ne peut être que l’invention.
Nous vivons un paradoxe décisif : nous n’avons jamais autant regardé de films et de séries, et nous n’en avons jamais aussi peu parlé. Le water cooler effect a disparu. Autrefois, un film ou un épisode devenait un événement social. Aujourd’hui, chacun regarde seul, à son rythme, et le lendemain… rien. Du silence. Or ce silence est peut-être l’espace même où l’Afrique peut intervenir.
L’ancien modèle de diffusion créait volontairement du vide : l’attente entre deux épisodes. Ce vide n’était pas un manque, mais un espace de projection. Les spectateurs imaginaient, débattaient, construisaient des hypothèses. C’est là que la culture se fabriquait.
Le streaming et le binge-watching vendent l’inverse : la rétention. Aucun vide. Aucun temps mort. Le flux ne doit jamais s’arrêter. Or sans vide, il n’y a plus d’imaginaire. Ce n’est pas un accident : c’est une architecture conçue pour capter l’attention, pas pour produire de la pensée.
Nous ne disons plus : « je regarde un film de… »
Nous disons : « je regarde Netflix ».
Le film disparaît derrière la plateforme, l’auteur derrière l’algorithme. Ce glissement signe la fin du cinéma comme langage singulier.
Des milliers de films. Des milliards investis. Et pourtant :
« Il n’y a rien à regarder. »
Ce n’est ni un problème de quantité ni de budget. C’est un problème de langage. Quand un langage ne permet plus de dire le monde, on en change.
Aujourd’hui, dans un univers saturé d’images — smartphones, caméras de surveillance, flux automatisés — filmer n’est plus central. Avec l’intelligence artificielle, le geste cinématographique se déplace : le cœur n’est plus la caméra, mais le langage, le prompt, l’instruction. Le cinéaste devient celui qui pense, formule, oriente le visible.
Le cinéma est à un point de bascule :
soit il devient un flux prédictif,
soit il se réinvente comme un acte de pensée.
Si l’Afrique est ce territoire de l’inconnu, elle peut jouer une carte décisive : réintroduire du vide, de l’attente, du risque, de l’incompréhension. Un cinéma qui ne rassure pas, mais qui inquiète. Qui ne confirme pas ce que nous savons déjà, mais nous oblige à apprendre ce que nous ignorons.
Le danger n’est pas que Netflix rachète Warner.
Le danger serait que l’Afrique continue à croire que son cinéma dépend de décisions prises ailleurs.
Ce cinéma-là, il ne s’agit pas de le sauver.
Il s’agit de le transformer.
Par Jean-Pierre Bekolo,
Cinéaste-Cameroun
Institut Imagine
Institut de formation aux métiers du cinéma, de la télévision et du multimédia créé en 2003 par le cinéaste burkinabè Gaston JM Kaboré.
Cinema, TV and Multimedia Training Institute founded in 2003 by the burkinabè filmmaker Gaston JM Kabore. Depuis 2003, 147 formations en anglais et en français ont été proposées à plus de 2 497professionnels amateurs, confirmés ou expérimentés issus de 26 pays africains. Since 2003, English and French trainings had been given to more than 2497 learning, advanced and expert professionals from 26 African countries.
26/12/2025
Invitation
Une cérémonie de présentation-dédicace du livre “Fespaco - Par-delà les écrans”, du journaliste et critique de cinéma sénégalais Aboubacar Demba Cissokho aura lieu le samedi 27 décembre 2025 à partir de 10h.
La manifestation est prévue au siège de l’Agence burkinabè du cinéma et de l’audiovisuel (ex-Conseil économique et social), Place des Nations unies.
Le livre est un carnet de route sur 20 ans de couverture du plus grand festival dédié aux cinémas d’Afrique.
L’auteur sera heureux de vous y accueillir.
10/12/2025
4e édition de la Semaine du Film Burkinabè (SeFiB) du 07 au 14 Décembre 2025 au CENASA, un Hommage rendu au cinéaste Gaston J-M KABORE.
Gratitude au Ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme - Mcat-Bf par le biais du CENASA, à son Directeur Général Abraham Abassagué et à toute son équipe pour la réussite de l'évènement.
06/12/2025
4e édition de la Semaine du Film Burkinabè (SeFiB) du 07 au 14 Décembre 2025 au CENASA.
A la faveur de cette Semaine du Film Burkinabè (SeFIB) une soirée d'Hommage est organisée pour rendre hommage au cinéaste Gaston KABORE, une figure emblématique du cinéma burkinabè ce Dimanche 07 décembre 2025 à 20H au CENASA.
26/09/2025
Journées portes ouvertes d’exposition sur les institutions de la mémoire du monde au Burkina Faso
La première journée s’achève aujourd’hui 26 Septembre 2026 dans les locaux des Archives Nationales sis au centre-ville derrière Azalaï Hôtel.
Une exposition du riche patrimoine documentaire vous y attend.
23/09/2025
Information à l’attention des jeunes cinéastes !
La direction générale du National Film Festival for Talented Youth (NFFTY) a le plaisir d’informer aux jeunes cinéastes de l’ouverture des inscriptions de la 19e édition du festival qui se tiendra du 26 au 29 mars 2026 à Seattle, dans l'État de Washington.
En rappel, la National Film Festival for Talented Youth (NFFTY) est le plus grand festival international dédié aux réalisateurs émergents âgés de 24 ans et moins.
La date limite de soumission des films est prévue pour le 19 décembre 2026. Vous trouverez toutes les conditions d'éligibilité ici.
NFFTY (National Film Festival for Talented Youth) NFFTY is the world’s largest, most influential film festival for emerging filmmakers 24 years old and younger. In 2025 we screened over 240 amazing short fil...
13/09/2025
Lumière sur un technicien émérite du cinéma burkinabè !
Le jeudi 11 Septembre 2025, un hommage a été rendu à un Pionnier du cinéma du Burkinabè !
Le doyen Sékou OUEDRAOGO a été témoin et acteur de la naissance du cinéma dans notre pays.
Une initiative du réalisateur Serge Armel SAWADOGO avec l'appui du cinéaste Gaston KABORE, collaborateur Sékou OUEDRAOGO, cet ainé du cinéma...
Grand Merci à la presse, au journal Lefaso.net pour ce bel article et cette lumière ! https://lefaso.net/spip.php?article140738&fbclid=IwY2xjawMyLexleHRuA2FlbQIxMQABHnxOuEu8QLFL6OVyPsK0VhR0aHa-txKnY7k2ry-oRJOIXwQDHKrBNXwMvsw7_aem_RunF0dSqIebhxdKvrwE6mQ
7ᵉ Art : Sékou Ouédraogo, premier directeur de photo de la Haute-Volta et témoin de la naissance du cinéma burkinabè - leFaso.net À 88 ans, Sékou Ouédraogo incarne une mémoire vivante du cinéma burkinabè, surtout son volet de l'image. Premier directeur de la photographie de (…)
11/08/2025
Entretien avec Férid Boughédir, réalisateur, historien et critique de cinéma/ membre de la Fédération Panafricaine du Cinéma (FEPACI)/ Tunisie
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18/07/2025
Archives cinéma: Entretien avec Claude Prieux, Directeur du Centre Culturel Franco-Voltaïque dans les années 60, membre fondateur du FESPACO
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27/05/2025
La 25e édition du Festival International du Cinéma Africain de Khouribga
📅 Du 21 au 28 juin 2025
📍 Khouribga, Maroc
Heureux de vous annoncer la sélection du film "PATRIOTES" réalisé par Laurentine BAYALA et produit par l'Institut IMAGINE avec le soutien financier du MCCAT, du FDTC...
la Culture_des_Arts_et_du_Tourisme_(MCCAT)
),
17/05/2025
« Ce qui a été pillé, c’est l’âme des peuples. C’est notre capacité à être fiers, à nous identifier à notre propre essence »,
Un participant….
Date : Samedi 17 Mai 2025 à 15h
Lieu : Canal Olympia Idrissa OUEDRAOGO (PISSY) / Ouagadougou/ Burkina Faso
Entrée : 2000 francs CFA
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