09/10/2026
Manifestation nationale des syndicats ce 9 octobre, Mobilisations étudiantes, marche pour le climat Klimaatcoalitie Coalition Climat ce dimanche 11 octobre.
Et si on se posait plus systématiquement et dans les détails la question du pourquoi ?
🧙♂️Nous adorons les histoires. Depuis tout·e petit·e. Celles que nos parents nous lisaient avant de nous endormir, les contes de notre enfance, les romans, les films...
🧐D'une certaine manière, dites-vous qu'un bon discours, c'est comme une bonne histoire: l'un, comme l'autre, reposent sur les mêmes mécaniques. Mais, si le contenu est identique, la façon de les raconter, la façon de structurer son récit, elle, n'est jamais neutre. Autrement dit, selon la manière dont il est raconté, un même événement peut prendre des significations toutes autres.
📺L'histoire journalistique et le biais d'ancrage
📝Traditionnellement, lorsqu'un·e journaliste traite une information, son article, son reportage s'articule généralement en trois temps.
1️⃣Le QUOI: c'est l'événement, la situation, l'action. Une manifestation étudiante. Des vitres brisées. Des poubelles incendiées. Le visuel est généralement percutant, il capte, dès les premières secondes, l'attention des auditeur·rice·s.
2️⃣ Le COMMENT: c'est le déroulement. La ou le journaliste décrit le rassemblement du matin, le parcours du cortège, le face-à-face avec la police, les débordements.
3️⃣ Le POURQUOI: c'est le fond de la revendication. Pourquoi les jeunes se mobilisent-ils ? Pour la hausse des droits d'inscription, contre le manque de moyens dans l'enseignement, contre le délabrement des infrastructures, contre la précarité...
🧠Mais cette structure narrative souffre d'un important biais d'ancrage. Un biais, c'est un raccourci mental que notre cerveau emprunte pour traiter rapidement une information. Le biais d'ancrage désigne notre tendance à surinterpréter la première donnée reçue, à tel point qu'elle conditionne toute la suite de notre analyse.
➡️Au niveau individuel, lorsqu'une personne entre dans une pièce, nous allons très vite la catégoriser, la classer, l'évaluer. Nous pouvons critiquer ce mécanisme ou prendre nos distances avec lui, mais il est impossible de se débarrasser pleinement de nos biais.
➡️Au niveau global, appliqué à notre cas, lorsque l'histoire commence par des images d'affrontements ou de dégradations, cette première impression visuelle de violence, de désordre et de chaos devient notre grille de lecture. Et lorsque vient la troisième étape, le pourquoi, l'attention des auditeur·rice·s est déjà retombée, ou alors le fond des revendications paraît d'emblée décrédibilisé par les premières images diffusées. Le pourquoi se retrouve alors relégué au second plan, écrasé par le poids des images.
❤️Inverser le récit et placer la valeur en introduction
💢Face à cette première structure médiatique, tout l'enjeu des associations, des organisations et des collectifs est alors de renverser l'histoire. Plutôt que de subir le quoi, il convient de débuter par le pourquoi.
📣Pourquoi se mobiliser ? C'est là que se créent les connexions émotionnelles et axiologiques avec l'audience. Le pourquoi parle au vécu, aux sensibilités et aux convictions de chacun·e. La valeur est consensuelle. Autrement dit, un groupe ne se rassemble pas sur un comment ou un quoi, mais autour d'une valeur partagée comme, ici, l'accès à l'éducation, la justice sociale, la dignité, la jeunesse, l'avenir...
❓C'est seulement après cette première accroche que le comment intervient: comment s'organiser collectivement ? Comment porter la voix de celles et ceux qu'on n'écoute pas ? Et enfin le quoi. Quels modes d'action déployer ?
🔥En plaçant le pourquoi à l'origine du récit, les perceptions s'inversent. Il n'est plus question de commenter les débordements mais bien de souligner ce qui porte et unit. L'adhésion n'est pas recueillie par du spectacle, mais par des valeurs, des émotions et du sens.
👉Tant que le schéma narratif débutera par le quoi, la violence restera au cœur du débat. Et ne nous leurrons pas, ce mode de narration et cette focalisation sur les conséquences plutôt que sur les causes sont d'ailleurs souhaités par certaines personnalités politiques. Cela permet de délégitimer, d'écarter et de ne pas écouter, de ne pas changer. L'enjeu est alors de retourner l'histoire pour imposer un pourquoi dès les premières secondes, de le marteler afin de visibiliser le vécu des unes et des autres, les inégalités et les enjeux politiques profonds.
⚡️Quel récit l'emportera?
Et n'oubliez pas, c'est dans le pourquoi que repose la force d'une histoire!
François Debras