14/10/2026
TOUS LES CRIS, LES SOS…
J’entends les gens hurler autour de moi.
Il y a cette prof aux cheveux gris qui découvre son nouvel horaire, cet ado qui attend le bus en comptant ses sous. Il y a ce travailleur éreinté qui aimerait bien arrêter, mais qui ne peut pas, cette dame enceinte qui court après une place dans une crèche pas trop délabrée et ces dizaines de chercheurs d’emploi qui se demandent ce qu’ils vont devenir demain.
Et l’on s’offusque de ces jeunes qui hurlent dans la rue ? Certes, il y a leurs revendications, leurs constatations, leurs réalités que l’on ne remet pas en question. Mais voyons les choses plus largement : le contexte… cette époque trouble et anxiogène dans laquelle ils évoluent. Y aura-t-il encore un sens à leurs études ? Quid des opportunités de trouver un job où s’épanouir ? Quid de la société ? Quid de leur avenir ? Les manifestations étudiantes sont la manifestation de cette époque stressante et incertaine.
Notre Belgique prend un drôle de visage. Tout ce qui fait société est attaqué, vilipendé, remis en cause, discrédité. Nos politiques pointent du doigt ce petit peuple qui aurait tous les défauts. Elles protègent les plus riches en coupant les vivres à ceux du bas, en tuant des secteurs entiers au nom du capital roi.
Que faire ? Si ce n’est dénoncer, tenir et grossir les rangs de ceux, toujours plus nombreux, qui n’acceptent plus les énormités d’une politique névrosée. Ces réformes portées par la majorité de droite et du centre-droit à l'échelle de la Wallonie, de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et au niveau fédéral (via les accords de la coalition Arizona) font l'objet de vives contestations de la part des oppositions syndicales (FGTB, CSC), politiques (PS, PTB, Écolo) et de la société civile. Pour leurs détracteurs, ce programme d'assainissement budgétaire s'apparente à une régression sociale touchant les populations les plus vulnérables.
Vous avez besoin d’exemples ? Voici une synthèse des principales mesures et réformes ciblées par ces critiques, secteur par secteur. Voici, depuis mon CISP, ceux que j’entends et vois crier autour de moi. Je ne suis pas analyste politique, je parle de là où je suis, auprès de mes stagiaires en formation qui ne rêvent que d’un avenir meilleur. Vous savez, j’ai modestement travaillé dans différents secteurs (jeunes, personnes étrangères, aide à la jeunesse, insertion,…). Jamais je n’aurais pu imaginer que tout ça puisse arriver. J’étais naïf bien sûr car nous avions beaucoup de signaux avant-coureurs. Je n’ai pas signé pour tout ça. Notre travail est de lutter contre les inégalités, PAS contre des décideurs qui vous expliquent que pour votre bien, on va désormais faire autrement. Ce qui me fait vibrer, c'est de remettre les gens debout, c'est pour ça que je me lève tous les jours. Florilège…
> Les jeunes
L’école accessible à tous… via une hausse drastique du minerval. Celui-ci, dans l'enseignement supérieur, est porté jusqu'à 1 194 € (et jusqu'à plus de 3 000 € pour certains étudiants internationaux), restreignant l'accessibilité financière aux études pour la classe moyenne et les jeunes modestes. Des coupes budgétaires supplémentaires ciblent quant à elles les enveloppes de fonctionnement de l'encadrement différencié (destiné aux établissements en zone de précarité).
En plus des différents problèmes liés à l’enseignement, les jeunes (et leurs familles) sont ciblés par une hausse des tarifs du TEC. Effectivement, les grilles tarifaires du TEC subissent des indexations ou des hausses ciblées, s'éloignant de la trajectoire vers la quasi-gratuité initiée sous la législature précédente pour les jeunes et les seniors.
> Les profs
L'adoption du décret-programme par la FWB a provoqué de nombreuses grèves et manifestations d'enseignants et d'étudiants en 2026, y compris à Charleroi. Ce qu’ils dénoncent ?
L’augmentation du temps de travail avec un passage de 20 à 22 périodes de cours hebdomadaires exigées dans le secondaire supérieur, à salaire inchangé. La fin des nominations à vie. Le statut de nommé est progressivement abandonné pour les nouveaux entrants au profit de contrats à durée indéterminée, ce qui est perçu comme une précarisation de la profession. On notera aussi l’état des bâtiments.
> Les pensionnés
Fatigués ? La retraite ne sera pas pour tout de suite. Exemple ? Le durcissement de la retraite anticipée ainsi que l’introduction d'un malus financier (une décote sur le montant perçu) pour les personnes choisissant de partir de manière anticipée sans comptabiliser le nombre d'années requis de travail effectif.
À cela s’ajoute un saut d'indexation qui se manifeste par les plafonnements ou ret**ds de l'indexation automatique sur les prestations de sécurité sociale les plus élevées qui sont négociés à l'échelle nationale pour freiner les dépenses publiques.
> La classe moyenne
Classe moyenne, ne vous avisez pas de tomber malade. Sinon, il faudra aller vite, surtout si vous êtes fonctionnaire. Au programme : durcissement des conditions d'indemnisation pour les fonctionnaires (dont le corps enseignant), avec un passage plus rapide à 60 % du salaire après épuisement des jours de congé maladie à taux plein.
Oui mais une prime (bonus job) jusqu’à 500€ pour les travailleurs ! Allons donc. Enfumage encore une fois pour tenter de masquer une politique d’austérité et les cadeaux déversés dans les poches des nantis.
> Les précarisés
Tout le monde a entendu parler de la limitation du chômage dans le temps. Le projet prévoit une limitation stricte des allocations de chômage à un maximum de 2 ans, marquant la fin du modèle belge de chômage illimité dans le temps. Des contrôles accrus et des sanctions sont aussi prévus : le gouvernement régional renforce la conditionnalité des aides et l'activation des demandeurs d'emploi. L'opposition dénonce une culpabilisation des chômeurs et s'inquiète d'un basculement massif des exclus du chômage vers les CPAS communaux, transférant la charge financière sur l'aide sociale locale. Résultat ? Il y a désormais plus de personnes dans les CPAS que de chômeurs.
Envie d’aider ces précarisés ? Ce n’est pas gagné… Les restrictions budgétaires globales menacent le financement des structures d'insertion socioprofessionnelle (CISP), indispensables pour les profils éloignés de l'emploi. Des réductions de subsides et des pressions budgétaires touchent de plein fouet les organisations de jeunesse et d'éducation permanente. L’impact sur l'insertion (CISP) est bien réel et se fait déjà sentir. Un exemple ? La suppression des incitants à la formation qui relève, pour la majorité de droite, de l’effet d’aubaine (on parle de 2€ de l’heure). Je ne demande qu’à être convaincu.
Je m’arrête ici mais l’on pourrait aussi parler des femmes qui de manière transversale sont les plus touchées par toutes les réformes : chômage, pension. Ou encore des demandeurs de protection internationale, notamment de la politique de non-accueil des hommes célibataires et de la suppression de places de prise en charge, sans oublier le durcissement de l'accès aux droits sociaux et matériels et la fin des initiatives de répartition locale des DPI. La liste est sans fin…
N’y a-t-il pas là de quoi hurler ?
Pour les partisans de la majorité de droite, ces réformes ne visent pas à pénaliser les plus faibles (évidemment), mais constituent une nécessité économique pour éviter la faillite budgétaire de la Wallonie et de la FWB. Ils soutiennent que la baisse des dépenses et les incitations au travail (notamment par des baisses d'impôts sur les revenus professionnels) permettront de rehausser le taux d'emploi et de pérenniser le financement de la protection sociale à long terme.
De qui se moque-t-on ? Où va-t-on ? Et à quel prix ? Combien de temps nous fera-t-on encore supporter des dépenses en ar****nt, en investissements dans le secteur privé, en allégements fiscaux pour les plus nantis au détriment du social ? Combien d’années encore devrons-nous subir les doctrines et les concepts (on se souviendra de la théorie du ruissellement) d’un gouvernement déconnecté ?
Hey en face ! Continuez à abattre les profs, les étudiants, ceux qui crèvent dans vos usines, ceux qui cherchent en vain un travail digne dans les caniveaux de votre capital. Poursuivez la chasse à ceux que vous taxez de fainéants, de profiteurs, d’assistés. Continuez à tirer sur ce secteur social qui refusera toujours de jouer votre jeu.
Bientôt, vous serez seuls, sur votre tas d’or inutile, retranchés dans vos beaux quartiers, incapables de faire tourner l’essentiel, et c’est de vous que nous entendrons… tous les cris, les SOS !
Thierry TOURNOY
directeur de la FUNOC