18/05/2025
Cet ouvrage posthume, qui fait résonner les derniers échanges entre cette religieuse et son conseiller, permet d’expliquer ce que signifie « sauver les enfants » pour Sœur Emmanuelle.
Au-delà de l’aspect religieux, un réel engagement humain se ressent au fil de ces différentes discussions.
Actuellement, 20.000 enfants dans le monde sont déplacés quotidiennement par la guerre, la famine, les changements climatiques. Environ 240.000.000 d’enfants n’ont pas accès à l’éducation primaire, 262.000.000 d’enfants souffrent de violence physique, psychique.
Voulant se donner aux enfants pauvres, Sœur Emmanuelle leur a consacré sa vie et appelle à les sauver urgemment. Tout le monde doit s’y mettre, chacun à son niveau, qu’il s’agisse des parents ou des enseignants. Ce livre qui est d’actualité comporte différents passages marquants, en voici une sélection :
(…) enseigner n’est pas qu’instruire. Ce n’est pas pour rien si l’on parle de « pédagogie », de « conduite » des enfants ou des jeunes.
L’éducation est une longue patience qui exige beaucoup d’amour.
La visée de l’instruction, c’est l’éducation. L’éducation est d’inculquer à l’enfant, dès son plus jeune âge, les valeurs humaines qui sont la fraternité, le partage,(…), toujours dans le sens de l’homme. L’éducation obéit donc un certain absolu sur lequel on ne peut pas transiger : lutter contre le caprice sans raison, l’égoïsme, l’esprit dominateur. Voilà le but que poursuit l’équipe enseignante et éducatrice. Mais elle n’est pas seule : la famille joue aussi un rôle stratégique.
Donner, c’est se séparer de quelque chose que l’on voudrait garder pour soi.
Quand l’enfant ne veut absolument pas obéir, il faut certes finir par lui opposer un « non ! »obstiné, mais seulement après lui avoir expliqué les raisons de l’acte en question. Tout l’enjeu est que l’adulte reste maître de lui-même. Autant que possible, il ne faut jamais crier sur l’enfant et lui dire calmement : « Je vais être obligé de te punir. Je ne le voudrais pas parce que je t’aime mais, si tu continues, tu vas m’y obliger. » Le but est de faire comprendre à l’enfant que c’est lui qui est la cause de la réaction de l’adulte.
Une éducation parfaite est impossible. Il faut l’accepter.
L’enfant ne naît ni bon ni mauvais, mais avec un mélange des deux. C’est une réalité très concrète que tout éducateur constate, et qui est la nature de l’être humain. Éduquer, dès lors, consiste non pas à enlever mais à restreindre ce qui est mauvais, encourager ce qui est bon et essayer de le développer.
L’enfant doit apprendre que la difficulté doit être portée, mais non supprimée. La route de la vie est parsemée non seulement de petites pierres mais aussi de gros boulets. (…) Devant une grande épreuve, ou bien on s’écroule, ou bien on tient debout et on avance malgré tout.
L’éducation à l’intelligence et à l’amour véritables de la vie se fait par le dialogue. Le dialogue demande le calme, il exige une grande maîtrise de soi.
Sauver les enfants, c’est donc, d’abord et avant tout, leur permettre de sortir. Sortir, géographiquement et socialement, d’un espace clos et d’un horizon bouché. Accéder par la scolarisation à une situation plus élevée, même s’ils reviennent plus t**d au bidonville. Échapper, non à leur clan familial, mais à la manière dont ils sont vus est traités par la société. Sortir de la fatalité.
Nourrir un enfant, lui offrir de bonnes études, ce n’est pas suffisant. Il faut, en outre, développer en lui la dimension primordiale de l’adulte : l’intérêt pour les autres, la relation avec les autres.
Il y a trop de négatif dans la vie et c’est, en partie, à cause de l’éducation. Nous ne sommes pas des échos, des copies de nos parents ou de qui que ce soit. L’enfant ne doit pas avoir à répéter ce que disent et projettent les adultes. (…) Il commence à devenir lui-même, et ses premiers pas de l’identité sont justement l’affirmation de la non ressemblance. Cette affirmation constante de la non ressemblance est difficile à admettre pour les parents, mais essentielle à l’épanouissement de chaque enfant. Tout petit, il doit pouvoir exprimer sa propre pensée. L’écouter, c’est avoir l’opportunité de découvrir ce que c’est enfant a, en lui, d’extraordinaire. Il est déjà un être à part entière.