20/11/2025
Le nombre d’admissions à l’hôpital pour tentative de su***de est passé de 1 944 en 2013 à 2 815 en 2024, soit une augmentation de 44 % en 11 ans. Cette tendance était déjà amorcée avant le COVID, selon notre étude Solidaris Wallonie.
Mais ce qui nous préoccupe plus spécifiquement encore c’est que la prise en charge psychologique reste très insuffisante face à la hausse des besoins.
1 jeune sur 5 n’a eu aucun contact avec un médecin généraliste avant ou après son admission à l’hôpital pour tentative de su***de et 4 jeunes sur 10 n’ont reçu aucun traitement médicamenteux (antidépresseurs ou antipsychotiques).
Une situation d’autant plus interpellante que le taux de récidive parmi les jeunes de 8 à 25 ans est plus élevé que la moyenne : 17,2 % des jeunes de 8 à 25 ans refont une tentative, contre 13,7 % dans la population générale. La littérature scientifique est pourtant unanime sur ce point : le facteur de risque le plus important de tentative de su***de est une tentative de su***de antérieure.
Derrière le définancement de nos structures de soins par nos gouvernements, il y a des besoins criants auxquels on ne répond pas. Avec des conséquences graves comme l’augmentation du nombre de su***de.
Notre société n’a jamais été aussi riche, et pourtant jamais elle n’a semblé aussi malheureuse. Nous vivons dans une époque où tout s’accélère, où tout se mesure, où tout s’optimise, sauf ce qui compte le plus : les liens, la tendresse, la solidarité.
On apprend aux enfants à réussir, pas à s’écouter. Les jeunes grandissent dans un climat d’anxiété permanente : pression scolaire, injonctions à la beauté et à la réussite, harcèlement amplifié par les réseaux sociaux, débats publics violents, peur du climat et des guerres. Tout pousse à la comparaison, à la compétition, rien n’encourage à la compassion et à la coopération.
Cette déshumanisation s’exprime jusque dans nos institutions. Les parcours de soins fragmentés laissent les jeunes seuls après une hospitalisation. Les services débordés n’ont plus le temps de soigner.
Le taux de tentatives de su***de chez les jeunes c’est le baromètre moral d’une société qui a cessé de prendre soin d’elle-même.
Si nous voulons inverser la tendance, il faut remettre le soin au cœur du projet collectif : le soin des autres, le soin de soi, le soin du monde.
Investir dans la santé mentale, ce n’est pas seulement sauver des vies : c’est résister à la déshumanisation. C’est réaffirmer que le progrès ne vaut rien s’il ne rend pas les gens plus heureux, plus solidaires, plus vivants.
Article du Soir en commentaire sur l'étude Solidaris.