06/05/2022
Ça fait un bail que je le dis 😜
Obligation de résultats et obligation de moyens
Si l’on veut efficacement retrouver l’esprit d’un véritable « service public », il vaut mieux faire évoluer progressivement les outils de mesure des « résultats obtenus » vers des indicateurs sur « les moyens mis en œuvre ». Car il est indéniable que l’obligation de résultats n’a pas de signification en éducation. N’importe quel chef d’établissement sait comment il faut faire pour obtenir de bons résultats : il lui suffit de bien sélectionner les élèves à l’entrée, de décourager habilement les élèves faibles ou moyens, d’exclure les gêneurs, de développer le bachotage intensif. Les « bons résultats » seront inévitablement au rendez-vous… d’autant plus que nous savons bien que les « bons élèves », bien sélectionnés, travaillent finalement assez facilement tout seuls, parviennent à apprendre dans les livres et en s’organisant entre eux, sans que l’influence des enseignants soit, pour eux, vraiment déterminante. C’est pour les élèves en difficulté que la qualité de l’enseignement « fait la différence », pas vraiment pour les autres !
Aussi, c’est « l’obligation de moyens » qui doit progressivement être développée ; c’est sur elle que doit porter l’exigence et le contrôle social. Obligation de moyens à l’égard de chaque élève : chacun doit rencontrer assez de sollicitations intellectuelles et culturelles pour lui donner le goût d’apprendre ; chacun doit pouvoir accéder aux ressources documentaires lui permettant de trouver les réponses aux questions qu’il se pose ; chacun doit disposer de l’accompagnement nécessaire pour qu’il puisse évaluer ses progrès et ses difficultés, effectuer les tâches qui lui permettront de se remettre à niveau ou d’approfondir au mieux ce qu’il a appris ; chacun doit disposer des conditions lui permettant de s’exprimer, de tâtonner sans être brimé par ses pairs ; chacun doit pouvoir compter, à cet égard, sur l’autorité d’un maître, autorité qui « autorise », autorise à apprendre, à oser faire ce qu’on ne sait pas encore faire pour savoir le faire.
Philippe Meirieu