27/05/2026
« Pose tes limites ».
On te le répète depuis combien d’années maintenant ?
Et toi tu sais que tu essaies. T’as pas oublié.
Tu le fais avec cette amie qui revient toujours avec le même problème.
Tu le fais avec ce collègue qui débarque cinq minutes avant que tu partes.
Tu le fais avec ta mère au téléphone, et tu raccroches en ayant la mâchoire serrée sans même t’en rendre compte.
Tu dis non. Et tu enchaînes sur pourquoi.
Tu dis stop. Et derrière, tu rassures, tu adoucis, tu remets de l’huile.
Et puis pendant des heures après, tu repenses à ta phrase.
Tu te demandes si t’as pas été trop sèche. Si l’autre va t’en vouloir. Si tu t’es bien fait comprendre.
Et c’est même pas une histoire de courage — t’en as, sinon t’en serais pas là à te poser la question.
Le sujet, il est plus bas. Dans ce que ton corps a appris à faire automatiquement, sans même te demander ton avis.
Ton corps n’a jamais appris qu’une limite pouvait juste tenir toute seule. Sans qu’on demande la permission de l’avoir.
Alors il anticipe en permanence. Il prépare déjà ce que tu vas dire, comment tu vas l’amener, ce que tu répondras si l’autre insiste.
Et toute ton énergie part dans cette attente-là.
C’est ça qui te fatigue. Pas la conversation elle-même.
C’est cette tension qui reste après, dans la nuque, dans la mâchoire, dans le souffle court du lendemain matin.
T’as pas besoin de mieux savoir poser une limite.
T’as besoin que ton corps comprenne, enfin, qu’elle peut exister sans que tu doives la défendre.
Et tu sais à quoi tu vas le sentir, le jour où ça commence à bouger ?
À des trucs vraiment petits.
Tu réponds non à un message en une ligne. Sans le relire dix fois avant d’envoyer.
Tu raccroches d’avec ta mère et tu vas direct te servir un thé, sans repasser la conversation en boucle.
L’amie revient avec son problème, et au bout de cinq minutes tu lui dis « écoute, là j’ai pas la dispo » — et tu sens que t’as même pas besoin d’inventer une excuse derrière.
C’est ça que ça change. Pas tellement dans ta tête.
C’est ton souffle qui change, en fait.