COUP D’ETAT AU NIGER : UNE INTERVENTION MILITAIRE AU NIGER SERAIT-ELLE SUICIDAIRE POUR LA CEDEAO ?
Rédigé par les membres de
Initiative Prospective Stratégies et Sécurité -IPSS
Think Tank en charge des Questions de Paix, Sécurité et Défense
Depuis le coup de force du 26 Juillet 2023, la CEDEAO, malgré les sanctions et une menace d’intervention contre les militaires qui ont pris le pouvoir au Niger s’est retrouvé devant un fait accompli. Les appels à libérer le Président Mohamed Bazoum et à le réinstaller dans son fauteuil sont pour l’instant restés lettre morte, même si une délégation de la CEDEAO récemment rencontré l’ancien Président. Loin de soutenir un changement anticonstitutionnel de pouvoir, il serait important de poser un regard froid et réaliste sur les jeu et enjeux de ce coup d’Etat.
Qu’est-ce qui peut expliquer cette impasse de la diplomatie de la CEDEAO ? Comment sortir de l’enlisement de la CEDEAO ?
Le ton martial de Bola Tinubu : une erreur fatale à la CEDEAO ?
La précipitation avec laquelle le Président Tinubu a donné le ton martial quant à la réponse de la CEDEAO a joué pour beaucoup dans la radicalisation de la position des militaires au pouvoir au Niger, en même temps qu’il a constitué un important levier de mobilisation de la population.
Il est important de comprendre que l’histoire qui forge le caractère d’un peuple peut jouer en faveur de ses choix/ralliements stratégiques et, le niveau de sacrifice que celui-ci est prêt à consentir, sous l’impulsion d’un quelconque leader puisse-t-il être légitime ou illégitime. Les Nigériens sont un peuple fier qui n’accepte pas l’humiliation. L’injonction donné par la CEDEAO, avec en tête le Nigeria considéré par les Nigériens comme un pays frère a été vécu comme une humiliation et une trahison. Pour rappel, 53% de la population nigérienne est de l’ethnie Haoussa. Une ethnie qui est également répandue dans les Etats fédérés du Nord du Nigeria.
Cette attitude fière s’est traduite dans le discours du Général Abdhouramane Tiani, dans lequel il instaurait une période de transition de 3 ans maximums et ou il rappelait les noms des différents résistants à la colonisation.
C’est donc, cette erreur fatale de la CEDEAO appelant à une solution martiale qui peut se révéler suicidaire pour la sous-région mais, imposant également des sanctions drastiques qui a contribué à mobiliser la population autour de la cause des putschistes qui ont compris qu’en surfant également sur le sentiment antipolitique française, ils pouvaient réussir le coup d’Etat. Sinon, aux lendemains du coup, pendant qu’il régnait encore une confusion, la population ne s’était pas empressée de sortir soutenir les militaires.
Maintenir la menace d’intervention comme une épée de Damoclès mais négocier à tout prix : Une stratégie payante ?
Le fait est accompli. Le coup d’Etat est consommé et rester dans la rhétorique du rétablissement de Mohamed Bazoum au pouvoir est contreproductif. La stratégie du bâton et de la carotte n’est pas payante pour l’instant car, elle n’a ni ne permis de ramener Mohamed Bazoum au pouvoir ni permis de le libérer. Tout au plus, elle a permis de creuser le fossé entre les pays membres de la CEDEAO qui se sont divisés en deux blocs : les pros coup d’Etat et les contre. Si cette posture persiste, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et la Guinée se lanceront dans une course à l’armement faisant craindre le retour des conflits interétatiques et le démantèlement de la CEDEAO. Dans une logistique de solidarité, le Mali et Burkina Faso estiment qu’attaquer le Niger reviendra à leur faire une déclaration de guerre, non seulement pour soutenir le coup d’Etat mais
Un su***de collectif en cas d’intervention militaire ?
A supposer que la CEDEAO fasse une intervention militaire/ou provoque un contrecoup, quelles seraient les stratégies plausibles pour restaurer Bazoum ? Et quelles en seront les conséquences sur le moyen et longs termes ?
· Faire une intervention terrestre risquerait d’être très couteuse, voir suicidaire pour les armées du Nigeria, Benin car ces pays agissent comme des vases communiquant. Un conflit au Niger n’épargnera pas les pays attaquants, en termes de mouvements de populations mais également de débordement du conflit. En plus de cela, il faudra ajouter l’expansion des groupes armés radicaux.
· Une intervention aérienne avec des bombardements sur Niamey ? Au prix de quel sacrifice humain ? C’est une option difficile à envisager dans le contexte actuel ou la population pourrait être utilisée comme bouclier humain.
· L’usure plutôt que la foudre ? Maintenir les sanctions afin de créer les conditions pour un contre coup d’Etat ? Le maintien des sanctions contribuera à la détérioration de la situation sécuritaire provoquant une avancée des groupes armés non étatiques vers les pays côtiers. Une détérioration du contexte sécuritaire au Mali, Niger et Burkina Faso affectera forcément le Nord du Benin, Cote d’Ivoire et le Togo.
· Le scénario d’une dissension au sein de l’armée conduisant à un contre-coup d’Etat ou d’une rébellion interne ? Des couteaux à double tranchant pour la CEDEAO.
· Renforcer les sanctions politiques, économiques par des sanctions individuelles pour mettre à genoux les putschistes ? L’impact des sanctions sur les flux commerciaux et les moyens de subsistance des populations frontalières se fait déjà sentir.
Sortir de la crise : L’option diplomatique reste le seul levier de désamorçage mais que vaut la diplomatie sans la coercition ?
Pour sortir de cette impasse, les discours martiaux doivent cesser au profit d’une approche axée sur une transition encadrée, avec comme agenda :
- La mise sur pied d’une Charte de transition fixant :
· Une courte durée pour la transition ;
· Excluant les membres du CNSP des futures élections ;
· L’inscription dans la Charte de la non-éligibilité des membres du CNSP ;
· La levée des sanctions afin de ne pas fragiliser le pays, radicaliser la position des populations et de la junte qui pourrais rechercher d’autres partenariats stratégiques pour s’affranchir de la tutelle de la CEDEAO.
MMA
Initiative Prospective, Strategies et Sécurité -IPSS
IPSS est un Think Tank spécialisé dans les questions de Paix, Sécurité, Stratégies et Défense.
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