04/03/2022
Portrait de Mariam BA
Mariam Bâ, née à Dakar en 1929 a la chance d’avoir un père qui la pousse à faire des études. Brillante élève, elle intègre en 1943 l’Ecole Normale de jeunes Filles créée en 1938.
Son diplôme en poche, elle décide d’enseigner et de se marier mais après quatre années de bonheur conjugal, elle sent que ce lien l’étouffe et l'éloigne de sa vraie personnalité. Elle se remariera néanmoins encore deux fois et divorcera deux fois, acceptant finalement de ne pouvoir être heureuse en ménage.
Les échecs de ses expériences conjugales la préoccupent et l’amènent à se poser des questions telles que : comment concilier amour et épanouissement personnel ? Comment apprendre à être une femme libre ?
Elle se rend compte que la seule issue pour les femmes est de lutter contre les inégalités qui leur sont imposées. Dans un premier temps, ses combats passeront par l’action militante au sein de nombreuses associations de femmes. Pour elle, leur salut réside dans le militantisme au-delà des clivages et des rivalités politiques.
Elle dénoncera la législation sénégalaise sur la brièveté du congé-maternité incriminant partout la violence, l'innocence bafouée, la marginalisation des femmes des instances de décisions et bien sûr la polygamie. « On ne partage pas de gaieté de coeur un mari », ne cessera-t-elle de répéter.
Dans Une si longue lettre, Mariama Bâ rompt avec la littérature de témoignage qui réduirait son roman à sa biographie. Ce n’est pas sa vie qu'elle raconte : « Je n’ai ni la grandeur d’âme, ni les qualités de Ramatoulaye et ma vie est beaucoup plus dense, beaucoup moins dramatique en péripéties que celle de mon héroïne. »
Ce qui fait la qualité de ce roman, c’est l’expression exacte et douloureuse de vies de femmes. C’est en cela, dans l’évocation de vécus placés au coeur des contradictions et des tensions d'une société en pleine transition, que ce roman atteint sa dimension littéraire.
Ce que révèle la femme et la militante Mariama Bâ, c’est une conviction et un attachement sans faille dans une valeur cardinale : la solidarité. Sa vie en fut la preuve et c’est la même conviction qui la pousse à écrire un roman sous forme de lettres entre deux amies qui se soutiennent et prennent conscience de la nécessité d’union entre les femmes de toutes classes et générations.
Au cliché de femmes victimes, elle oppose la création de personnages féminins forts et complexes. Ramatoulaye décide de rester dans son foyer malgré les douleurs que lui impose son mari polygame. Elle parvient à apprivoiser son mal et à en contourner les remous, alors que son amie de toujours Aïssatou, à qui elle écrit, fait le choix inverse et quitte son mari lorsqu’il décide de prendre une deuxième épouse.
En amorçant une innovation dans l'approfondissement d'un vison féminine plus riche de virtualité Une si longue lettre envisage une nouvelle approche du roman sur l'image de la femme noire.
Il deviendra le socle sur lequel les futures écrivaines africaines puiseront la force et le courage de prendre, à leur tour, la plume.
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