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Litterature
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Philosophie
"Suffit il de communiquer pour dialoguer"
Un sens mental lui-même double : « je vous comprends » ; « je suis d'accord ».
La situation où un message passe entre deux personnes a ainsi deux pôles : soit le voyage du message informatif (au sens de l'informatique), soit la compréhension mutuelle.
La question est de savoir s'il y a continuité d'un pôle à l'autre. Si c'est le cas, il suffit de communiquer pour dialoguer, si non, le dialogue est d'une autre essence que la communication, une essence qu'il convient d'interroger dans ses présupposés et ses objectifs.
L'enjeu de cet énoncé est donc, par la confrontation des instances concernées de part et d'autre (les personnes, le contenu du message, l'objectif poursuivi) de nous demander si la communication qui est une condition nécessaire du dialogue, en est une condition suffisante.
I) Hétérogénéité et antinomie de la communication et du dialogue.
La communication est un phénomène de grande extension. Les cellules à l'intérieur d'un organisme communiquent, les animaux communiquent, les hommes aussi. Le terme désigne les diverses formes de l'échange, qu'il soit social ou autre, mais le libellé du sujet circonscrit la réflexion au domaine de l'échange verbal entre êtres humains. En effet, si la capacité de communiquer est une prérogative que nous partageons avec les animaux, le dialogue est une aptitude spécifiquement humaine.
Dialoguer consiste à s'entretenir avec une ou plusieurs personnes sur une question faisant problème en vue de dénouer le conflit et de trouver une solution commune ; communiquer à entrer en relation, à transmettre des informations.
La communication suppose un émetteur, un récepteur, un canal de transmission et un code commun au locuteur et au décodeur Elle peut d'ailleurs s'établir par d'autres moyens que la parole. Un comportement transmet des informations, un silence, un regard ou un sourire aussi. Mais il n'y a pas ici de confusion possible avec le dialogue puisque dialoguer revient à se rencontrer dans l'élément de la parole. Sans doute parle-t-on de « dialogue silencieux ». Les regards se croisent, des sourires sont échangés et « on s'est tout dit ». Mais qu'est-ce que cela signifie au juste ? Outre que ce genre d'expérience est matière à malentendus (Quel est le sens de ce regard ? Comment savoir que je ne projette pas sur l'autre des intentions qu'il n'a pas ?) ; l'entente tacite ne présuppose-t-elle pas une entente antérieure (avec d'autres protagonistes sans doute) s'étant explicitée dans le langage ? Gadamer insiste sur ce point : « Une opinion commune se construit en fait constamment dans le parler ensemble et retombe ensuite dans le silence de l'entente et de « l'évident ». C'est pourquoi il me semble justifier d'affirmer que toutes les formes extra verbales du comprendre renvoient à la compréhension antérieure qui se déploie dans le parler et le parler ensemble ». L'Inaptitude au dialogue in Langage et Vérité. 1995.
Le « se comprendre » met donc toujours plus ou moins en jeu la parole, mais qu'est-ce qui distingue l'usage communicationnel de la parole de son usage dialogique ?
1) Du point de vue des personnes.
Dans la communication les personnes sont en position dissymétrique. Le professeur faisant un cours magistral, le conférencier faisant une communication à un colloque ne sont pas en situation de dialogue. Ils produisent un message que d'autres reçoivent sans qu'il y ait nécessairement réponse.
On imagine les dérives possibles d'un tel schéma. La maîtrise de la communication médiatique, institutionnelle, par un pouvoir totalitaire ou fasciste est un redoutable instrument de domination, d'asservissement des esprits et d'uniformisation du corps social.
Goebbels, dans les habits du « grand communicateur » ! L'histoire illustre de manière récurrente à quelles aberrations peut conduire ce rêve fou du téléguidage de l'humanité au moyen de la communication. Et chacun peut observer la lutte acharnée que se livrent les grandes puissances pour conquérir la suprématie dans le contrôle des moyens de communication. A cet égard, l'Internet complique les choses car il rend possible la multiplication des sources d'information et si le pire peut circuler sur ce canal, il a au moins l'avantage de rendre audible un pluralisme sans lequel il n'est pas de liberté intellectuelle et morale.
Par contraste, le dialogue apparaît comme un instrument de liberté car il exclut la dissymétrie propice à une structure dominant-dominé. Dans le dialogue deux sujets se répondent, s'expliquent, échangent. Le débat les institue dans leur égalité de droit. Les uns et les autres se reconnaissent implicitement dans leur qualité de sujets capables de produire et de comprendre du sens, d'en apprécier la pertinence théorique et la valeur morale. Le dialogue institue chacun dans sa dimension de sujet pensant. Il instaure entre les hommes une relation spirituelle et morale où les personnes ne fonctionnent pas comme des moyens dans une stratégie communicationnelle. Dialoguer consiste à s'adresser à l'autre en le respectant comme une fin en soi.
2) Du point de vue du contenu du message.
Dans la communication c'est une information. Peu importe sur quoi porte l'information (un fait, un événement, une théorie scientifique ou philosophique) ; certains communiqués sont très savants. Le contenu informatif est fixé dans son objectivation. Sa qualité est assurée par les moyens de transmission.
Dans le dialogue, le contenu est une parole initiant un effort de pensée. Elle n'est pas fixée dans son objectivité puisque s'adressant à un interlocuteur, elle s'expose à la reprise, à l'examen, à la critique. Son sens est précisément ce qui est en question entre les deux partenaires, aussi va-t-il évoluer au cours du dialogue. Chacun fait découvrir à l'autre un aspect de la question qu'il n'avait peut-être pas envisagé, la progression du dialogue correspondant à un approfondissement réciproque de la réflexion. En ce sens, il faut dire avec Forest que : « C'est dans le dialogue que les idées se forment plus encore qu'elles se communiquent ».
Le sujet prisonnier d'une opinion qu'il assène d'autorité à l'autre ne dialogue pas, il monologue. Il utilise l'autre comme moyen de s'autoconfirmer narcissiquement et souvent il choisit son interlocuteur à cette fin. La discussion s'engage entre des êtres qui, d'avance, sont d'accord. Ainsi s'évite-t-on l'effort de penser. Car penser consiste toujours à prendre du recul par rapport à ses convictions, à se faire l'objection qui, dans le vrai dialogue est la parole de l'autre. Tant qu'on ne s'impose pas le détour par l'altérité, tant qu'on se dispense de se mettre à la place de l'autre, on n'a pas encore commencé à penser. Voilà pourquoi Socrate fait du dialogue la méthode de la philosophie. La pensée est d'essence dialogique et on peut se demander si l'aptitude au dialogue avec l'autre n'est pas conditionnée par l'aptitude de l'âme à dialoguer avec elle-même, ce qui est pour Platon la définition de la pensée.
Il y a, en effet, un usage philosophique de la parole qu'il faut distinguer radicalement de son usage sophistique. Le premier ne laisse pas inchangé le locuteur. Sa position se modifie au cours de l'entretien soit pour se rectifier par la médiation de l'objection pertinente, soit pour s'assurer d'elle-même, en l'absence d'une telle objection.
3) Du point de vue de l'objectif poursuivi.
Si le dialogue est un échange constructif, si ce qui a été pour nous un vrai dialogue a fait bouger les positions des uns et des autres, c'est que la valeur qu'il poursuit est bien spécifique. Le dialogue et la communication ne visent pas les mêmes objectifs.
Pour l'essentiel les finalités de la communication sont affectives et utilitaires. Dans le premier cas nous nous adressons la parole parce que nous avons plaisir à sentir la présence des autres, à établir le contact avec eux. Est-ce l'aveu d'une sociabilité inhérente à la nature humaine ? Toujours est-il que dans cette forme de communication coutumière, l'important n'est pas ce qui est dit (Bonjour, comment ça va ? Il fait beau aujourd'hui etc.), c'est le fait de parler, de rompre la solitude, de nouer un rapport avec des semblables.
Les autres formes relèvent de préoccupations utilitaires. Comme dans le monde animal, les hommes échangent des signes afin d'obtenir les uns des autres les conduites utiles à la satisfaction des besoins. Plus elle est complexe, plus une société doit faire circuler des informations, dans une armée, dans une administration ou ailleurs pour coordonner les diverses activités humaines afin de promouvoir la cohérence de l'ensemble.
Avec le dialogue il s'agit de tout autre chose. Les fins poursuivies sont des fins spirituelles et morales. Il s'instaure sur des questions engageant l'existence humaine dans ce qu'elle a d'essentiel. Que faut-il croire ? Que pouvons-nous espérer ? Comment faut-il vivre ? Comment organiser la cité ? Qu'est-ce que la justice ? Etc. A travers l'échange, les hommes expriment leurs opinions, découvrent la pluralité des jugements et parce que tout esprit qui se respecte ne peut s'accommoder de la contradiction, ils cherchent par le dialogue à la surmonter. Tout véritable débat est ordonné à la recherche en commun d'un terrain d'entente. Le dialogue est vécu, par ceux qui s'y livrent sincèrement, comme le moyen d'y parvenir. Et chacun sait que pour dépasser le différend de départ, il est nécessaire de relativiser la particularité de son point de vue afin de se rencontrer dans la visée réciproque de l'universel. Le dialogue n'est praticable que sous cette condition. Ses enjeux sont donc indistinctement théoriques et politiques.
Il s'ensuit que son effectivité n'est pas dans le prolongement du mouvement naturel de la condition humaine. Celui-ci épouse la dynamique des affects et des intérêts définissant l'homme dans sa dimension empirique et tant que les personnes sont prisonnières de cette donne, elles sont inaptes au dialogue. Le choc des opinions et le conflit sont un horizon indépassable. Là où chacun se considère comme « la mesure de toutes choses », selon la formule de Protagoras, l'idée même de vérité perd son sens. « A chacun son opinion » proclame-t-on et il va de soi que s'il en est ainsi, la discussion ne peut être qu'une joute où les protagonistes s'efforcent d'emporter la partie. Il n'y a aucune possibilité de discriminer les opinions si le subjectivisme et le relativisme font loi. Il s'agit seulement de faire en sorte que l'idée servant ses intérêts ou satisfaisant ses affects soit la plus forte sur la scène sociale. D'où la nécessité d'avoir la maîtrise des instruments de la communication, de manipuler les ficelles de la rhétorique et de savoir jouer des images pour être socialement le plus fort.
Le dialogue est aux antipodes de ce jeu là. Il est le pari d'un autre rapport possible aux significations et aux valeurs corrélatif d'un autre rapport de l'homme avec l'homme. Car il ne fait pas le deuil du principe d'une vérité commune. Mais pour qu'il y ait un monde commun, il faut un sens commun et c'est ce à quoi il faut croire pour que le dialogue soit praticable. Sans le parti pris d'un sens commun à sauver ensemble du naufrage dont il est victime dans ce que Platon appelle la caverne, le dialogue n'est pas possible. C'est dire qu'il repose sur des présupposés et comme ceux-ci ne vont pas de soi, on comprend qu'un vrai dialogue soit la chose du monde la plus rare qui soit.
Enumérons brièvement ces présupposés :
En tant qu'il est ouverture à l'autre, le dialogue est conviction que nul ne peut s'approprier sa propre humanité sans se mettre à l'écoute de l'altérité. « Tout point de vue a quelque chose de contingent [...] De même que notre aperception sensible du monde est absolument privée, nos impressions et nos intérêts nous singularisent aussi et la raison qui est commune à tous et qui est apte à saisir ce qui est commun à tous reste impuissante face aux aveuglements que nourrit en nous notre singularité. Ainsi le dialogue avec l'autre, son objection ou son assentiment, sa compréhension ou encore ses incompréhensions signifie un espace d'élargissement de notre singularité et un essai d'atteindre la communauté possible à laquelle nous exhorte la raison ». Gadamer.
En tant qu'il est effort de tester la validité de son discours en le soumettant à l'épreuve de la réfutation et de l'argumentation rationnelle, le dialogue révèle que nul ne peut se revendiquer la mesure du vrai ou du bien. Cette mesure n'est quelque chose qui n'est ni toi, ni moi mais qui est « nous », un nous que le débat cherche à faire éclore mais qu'il postule à son principe. La pratique du dialogue repose sur le postulat de l'existence d'une raison commune à tous les hommes, instance transcendante et universelle sans laquelle ils sont condamnés à demeurer dans le différend et le rapport de force. « Quand nous voyons l'un et l'autre que ce que tu dis est vrai, quand nous voyons l'un et l'autre que ce que je dis est vrai, où le voyons-nous, je te le demande ? Assurément ce n'est pas en toi que je le vois, ce n'est pas en moi que tu le vois. Nous le voyons tous deux dans l'immuable vérité qui est au-dessus de nos intelligences ».St Augustin. Les Confessions Livre XII. Il s'ensuit que le dialogue est une relation à l'autre médiatisée par un tiers qu'on l'appelle raison ou vérité. Il suppose que les interlocuteurs ne se vivent pas comme des adversaires mais comme des partenaires dans une recherche commune, requérant de part et d'autre une lutte sincère contre ce qui brouille la compréhension réciproque. Il vise l'accord des esprits comme le seul véritable critère de la vérité et le but à atteindre. Sous réserve que chacun fasse l'effort d'élever sa parole à la hauteur de cette exigence on a raison avec les autres ou on a tort contre eux.
En tant qu'il est effort de dépasser le conflit des opinions, avec la violence potentielle que celui-ci recèle, le dialogue s'impose comme le moyen de faire de l'espace social autre chose qu'un théâtre d'affrontements où triomphe sempiternellement le rapport de force. Il signifie que le différend entre les membres du groupe, expression naturelle de la pluralité humaine et de l'hétérogénéité des intérêts privés, peut se régler par la mise en œuvre de la faculté commune de discernement et d'évaluation. C'est le sens profond du lien qu'Aristote établit entre l'amitié et le discours. C'est un parler-ensemble qui fait une communauté unie, non la lutte des classes et la prétention d'incarner à soi seul la légitimité morale et politique. La cité proprement humaine est d'essence dialogique. Il s'ensuit qu'entre la pratique du rapport de force et le dialogue, il faut choisir. On sait ce qu'il en est dans la réalité ! Les expressions telles que : « il faut dialoguer en position de force » ; « il faut maintenir la pression de la rue tant que durent les négociations » sont éloquentes. Elles sont l'aveu que les négociations ne sont pas ce qui suspend la violence, mais ce qui la reconduit sous des formes apparemment plus civilisées. Apparemment, non réellement. « L'alternative est sans équivoque : entre celui pour qui la parole est seulement un cri de colère, de passion ou une injure, et celui à qui, à chaque instant il importe de savoir ce qui est dit et ce que cela veut dire, il faut choisir. Le détour est celui-là : se confier à la vertu du dialogue, le laisser agir pleinement, c'est d'abord comprendre les impasses de l'opinion ; c'est aussi et surtout instaurer entre les hommes une relation nouvelle permettant à chacun de se débarrasser de ses inclinations fugaces et de la tyrannie dérisoire de ses intérêts [...] Celui qui consent à parler et accepte de prendre en considération l'objection qui lui est faite se libère de soi, de la vulgarité de ses sentiments, des attachements passionnels, de la peur de la mort, du poids des traditions incontrôlées, du faux lyrisme que véhicule la vie quotidienne. Il aperçoit que, derrière le discours qui, peu à peu, dans le dialogue s'élabore, se profile un autre monde que ce théâtre d'ombres où se débattent les fades et noires silhouettes des individus enfermés en leurs certitudes et livrés à leur appétits » F. Châtelet. Platon.
Le dialogue promeut donc l'ascèse des chaînes faisant de nous les prisonniers d'une caverne et les acteurs de la violence qui y sévit. On peut célébrer en lui la capacité de comprendre que nous ne sommes pas seuls au monde, qu'il y a autrui et que si notre intérêt a sa légitimité, l'intérêt de l'autre, sauf exception, a aussi la sienne. Dialoguer revient ainsi à se disposer à harmoniser des intérêts divergents en sachant se respecter les uns les autres.
Si l'Assemblée nationale, si les diverses tables de négociations doivent être le lieu où s'actualise une telle éthique de la parole, reconnaissons qu'on a encore beaucoup de chemin à parcourir et que ceux qui en appellent le plus au dialogue n'en sont toujours les plus dignes militants.
Au terme de cette première analyse, il est donc établi, non seulement que communiquer ne suffit pas pour dialoguer, mais qu'il s'agit de deux types de relation contradictoires. Pour passer de l'une à l'autre, il faudra une intention particulière chez les interlocuteurs, laquelle ne relève pas de l'usage du système des signes mais d'une éthique de l'existence.
II) La communication est une condition nécessaire du dialogue.
Pourtant, si communiquer ne suffit pas à dialoguer, il faut un message pour que le dialogue s'instaure.
La communication ouvre donc un espace où un appel au dialogue peut se faire entendre.
Dès qu'il y a langage, systèmes de signes, l'Autre affleure. Parler consiste toujours à parler à quelqu'un même lorsqu'il ne répond pas.
Dès qu'il y a transmission de messages, même si c'est à la cantonade, il y a enrichissement du monde idéal humain, universalité potentielle.
Un message n'est jamais limpide, il faudra l'éclaircir par l'échange, par le dialogue qui suppose toujours une compréhension imparfaite.
Un message n'est jamais neutre. Une information se transmettant sous une sorte d'anonymat est née d'une approche singulière et appelle la confrontation à une autre singularité.
Dans cette perspective la communication et le dialogue ne sont pas antinomiques, reste que le passage de l'une à l'autre ne se fait pas naturellement. Il requiert l'initiative du récepteur, la volonté de court-circuiter la communication dans ce qu'elle a de virtuellement terroriste et insuffisant.
III) Réconciliation de la communication et du dialogue : théorie de l'agir communicationnel. Habermas.
Et c'est sans doute la nature de cette initiative qu'il conviendrait en dernière analyse d'interroger à une époque où la raison est destituée de son statut métaphysique classique. La modernité, en effet, ne conçoit plus la raison comme une instance objective, à la manière des Grecs, ni même comme une instance subjective, à la manière de la philosophie transcendantale. Dès lors impossible d'échapper aux impasses de la communication par l'appel, par trop idéaliste, à la raison de l'autre. A défaut d'invoquer « la raison », il faut peut-être plus modestement parler de « ce qui est rationnel » et qui tient à la capacité des énoncés d'être critiqués et fondés.
Habermas s'efforce, en ce sens, de penser « un agir communicationnel » qu'il distingue de « l'agir stratégique ». La rationalité instrumentale ou stratégique a pour fonction d'exercer un pouvoir sur l'autre ainsi qu'on l'observe dans la publicité ou la propagande politique. La rationalité communicationnelle cherche à s'entendre avec lui, de façon à interpréter ensemble une situation et à s'accorder mutuellement sur la conduite à tenir. A la violence insidieuse de l'une s'oppose le refus de la violence de l'autre et le détour par des moyens argumentatifs pour réaliser des consensus. La rationalité n'a ici qu'un statut procédural mais c'est déjà beaucoup.
« Expérience sans violence du discours argumentatif, qui permet de réaliser l'entente et de susciter le consensus. C'est dans le discours argumentatif que des participants différents surmontent le subjectivité initiale de leurs conceptions, et s'assurent à la fois de l'unité du monde objectif et de l'intersubjectivité de leur contexte de vie grâce à la communauté de convictions rationnellement motivées » Habermas. Théorie de l'agir communicationnel.
Conclusion :
Le dialogue est un certain usage de la parole. Celle-ci n'est pas, comme dans les communications animales, un simple moyen d'obtenir les uns des autres, les conduites utiles à la vie. La parole assume cette fonction pragmatique mais ne s'y limite pas car avec elle, l'homme s'institue comme être pensant et politique.
Dialoguer consiste à nouer avec l'autre une relation d'ordre spirituel et moral. Il implique un minimum de liberté intérieure, à défaut de laquelle il est impossible de déjouer le piège de la subjectivité pour affranchir ensemble la parole des aveuglements passionnels qui la dévoient. Le dialogue est la nostalgie d'un terrain d'entente sur lequel nous pouvons bâtir notre être-ensemble, qu'on le pense sous la forme procédurale d'un « agir communicationnel » ou sur le présupposé d'une transcendance du vrai et du bien.
En ce sens il est ce qui porte la communication à sa plus haute expression car il redonne au mot sa signification étymologique. Originairement communiquer signifie : mettre en commun, promouvoir notre communauté.
Texte à méditer:
"L'art du dialogue n'est-il pas en train de disparaître? N'observons-nous pas dans la vie sociale de notre temps une monologisation croissante du comportement humain? Est-ce une manifestation générale de notre civilisation qui est en connexion avec le mode de penser scientifico-technique de celle-ci? Ou est-ce que ce sont des expériences particulières de l'aliénation de soi et de l'isolement dans le monde moderne qui rendent les jeunes muets? "
Dissertation"peut on parler de langage animal?"
A quelles conditions y a-t-il sens à dire qu'on se trouve en présence d'un langage ? Il semble que deux propriétés doivent s'y réaliser, deux propriétés solidaires l'une de l'autre. D'une part la symbolisation, d'autre part la communication.
La question est de savoir si c'est le cas dans les conduites animales.
On a bien l'impression d'observer une faculté de symbolisation. Le loup avertit par un hurlement les autres loups de la présence d'un danger, l'abeille ses compagnes de l'existence d'une source de nourriture. Les animaux font usage de signes renvoyant à des données objectives. Cependant est-ce vraiment une activité de symbolisation ? Y a-t-il mise en œuvre d'une faculté symbolique leur permettant de viser quelque chose comme chose signifiée par l'intermédiaire d'un signe ?
De même, on a bien l'impression d'observer un processus de communication. Le message transmis par un singe vert avertissant par un cri de l'arrivée d'un rapace est bien reçu par les membres de la bande puisqu'ils dirigent leurs yeux vers le ciel. Pour autant a-t-on affaire à une communication au sens linguistique du terme, c'est-à-dire à une situation d'interlocution ?
Pourquoi donc peut-on dire que le langage est un Rubicon qu'aucun animal n'a jamais franchi et qu'il est le propre de l'homme ?
I) Ce qui dans les communications animales invite à parler de langage.
« Ce problème fascinant a défié longtemps les observateurs. On doit à Karl Von Frisch (professeur de zoologie à l'Université de Munich) d'avoir par des expériences qu'il poursuit depuis une trentaine d'années, posé les principes d'une solution. Ses recherches ont fait connaître le processus de la communication parmi les abeilles. Il a observé, dans une ruche transparente, le comportement de l'abeille qui rentre après une découverte de butin. Elle est aussitôt entourée par ses compagnes au milieu d'une grande effervescence, et celles-ci tendent vers elles leurs antennes pour recueillir le pollen dont elle est chargée, ou elles absorbent du nectar qu'elle dégorge. Puis, suivie par ses compagnes, elle exécute des danses. C'est ici le moment essentiel du procès et l'acte propre de la communication. L'abeille se livre, selon le cas, à deux danses différentes. L'une consiste à tracer des cercles horizontaux de droite à gauche, puis de gauche à droite successivement. L'autre, accompagnée d'un frétillement continu de l'abdomen (wagging dance), imite à peu près la figure d'un 8 : l'abeille court droit, puis décrit un tour complet vers la gauche, de nouveau court droit, recommence un tour complet sur la droite, et ainsi de suite. Après les danses, une ou plusieurs abeilles quittent la ruche et se rendent droit à la source que la première a visitée, et, s'y étant gorgées, rentrent à la ruche, où, à leur tour, elles se livrent aux mêmes danses, ce qui provoque de nouveaux départs, de sorte qu'après quelques allées et venues, des centaines d'abeilles se pressent à l'endroit où la butineuse a découvert la nourriture. La danse en cercles et la danse en huit apparaissent donc comme de véritables messages par lesquels la découverte est signalée à la ruche. La danse en cercle annonce que l'emplacement de la nourriture doit être cherché à une faible distance, dans un rayon de cent mètres environ autour de la ruche. Les abeilles sortent alors et se répandent autour de la ruche jusqu'à ce qu'elles l'aient trouvé. L'autre danse, que la butineuse accomplit en frétillant et en décrivant des huit (wagging-dance), indique que le point est situé à une distance supérieure, au-delà de cent mètres et jusqu'à six kilomètres. Ce message fournit deux indications distinctes, l'une sur la distance propre, l'autre sur la direction. La distance est impliquée par le nombre de figures dessinées en un temps déterminé; elle varie toujours en raison inverse de leur fréquence. Par exemple, l'abeille décrit neuf à dix « huit » complets en quinze secondes quand la distance est de cent mètres, sept pour deux cent mètres, quatre et demi pour un kilomètre, et deux seulement pour six kilomètres. Plus la distance est grande, plus la danse est lente.
Les abeilles apparaissent capables de produire et de comprendre un véritable message, qui enferme plusieurs données. Elles peuvent donc enregistrer des relations de position et de distance; elles peuvent les conserver en « mémoire »; elles peuvent les communiquer en les symbolisant par divers comportements somatiques. Le fait remarquable est d'abord qu'elles manifestent une aptitude à symboliser : il y a bien correspondance « conventionnelle » entre leur comportement et la donnée qu'il traduit. Ce rapport est perçu par les autres abeilles dans les termes où il leur est transmis et devient moteur d'action.
Jusqu'ici nous trouvons, chez les abeilles, les conditions mêmes sans lesquelles aucun langage n'est possible, la capacité de formuler et d'interpréter un «signe » qui renvoie à une certaine « réalité », la mémoire de l'expérience et l'aptitude à la décomposer.
Le message transmis contient trois données, les seules identifiables jusqu'ici: l'existence d'une source de nourriture, sa distance, sa direction On pourrait ordonner ces éléments d'une manière un peu différente. La danse en cercle indique simplement la présence du butin, impliquant qu'il est à faible distance. Elle est fondée sur le principe mécanique du « tout ou rien ». L'autre danse formule vraiment une communication; cette fois, c'est l'existence de la nourriture qui est implicite dans les deux données (distance, direction) expressément énoncées.
On voit ici plusieurs points de ressemblance avec le langage humain Ces procédés mettent en oeuvre un symbolisme véritable bien que rudimentaire, par lequel des données objectives sont transposées en gestes formalisés, comportant des éléments variables et de «signification » constante. En outre, la situation et la fonction sont celles d'un langage, en ce sens que le système est valable à l'intérieur d'une communauté donnée et que chaque membre de cette communauté est apte à l'employer ou à le comprendre dans les mêmes termes » E. Benveniste. Problèmes de linguistique générale.
Il y a ici plusieurs points apparentant la communication animale à un système linguistique, pourtant est-il légitime de penser qu'il y a de la part des abeilles une véritable activité de symbolisation et de communication ? Qu'est-ce que symboliser et suffit-il qu'il y ait communication unilatérale pour qu'il y ait communication langagière ?
II) En quoi est-il abusif de parler de langage ?
« Mais les différences sont considérables et elles aident à prendre conscience de ce qui caractérise en propre le langage humain. Celle-ci, d'abord, essentielle, que le message des abeilles consiste entièrement dans la danse, sans intervention d'un appareil « vocal » alors qu'il n'y a pas de langage sans voix. D'où une autre différence, qui est d'ordre physique. N'étant pas vocale mais gestuelle, la communication chez les abeilles s'effectue nécessairement dans des conditions qui permettent une perception visuelle, sous l'éclairage du jour; elle ne peut avoir lieu dans l'obscurité. Le langage humain ne connaît pas cette limitation.
Une différence capitale apparaît aussi dans la situation où la communication a lieu. Le message des abeilles n'appelle aucune réponse de l'entourage, sinon une certaine conduite, qui n'est pas une réponse. Cela signifie que les abeilles ne connaissent pas le dialogue, qui est la condition du langage humain. Nous parlons à d'autres qui parlent, telle est la réalité humaine. Cela révèle un nouveau contraste. Parce qu'il n'y a pas dialogue pour les abeilles, la communication se réfère seulement à une certaine donnée objective. Il ne peut y avoir de communication relative à une donnée « linguistique »; déjà parce qu'il n'y a pas de réponse, la réponse étant une réaction linguistique à une manifestation linguistique; mais aussi en ce sens que le message d'une abeille ne peut être reproduit par une autre qui n'aurait pas vu elle-même les choses que la première annonce.
On n'a pas constaté qu'une abeille aille par exemple porter dans une autre ruche le message qu'elle a reçu dans la sienne, ce qui serait une manière de transmission ou de relais. On voit la différence avec le langage humain, où, dans le dialogue, la référence à l'expérience objective et la réaction à la manifestation linguistique s'entremêlent librement et à l'infini. L'abeille ne construit pas de message à partir d'un autre message. Chacune de celles qui, alertées par la danse de la butineuse, sortent et vont se nourrir à l'endroit indiqué, reproduit quand elle rentre la même information, non d'après le message premier mais d'après la réalité qu'elle vient de constater. Or, le caractère du langage est de procurer un substitut de l'expérience apte à être transmis sans fin dans le temps et l'espace, ce qui est le propre de notre symbolisme et le fondement de la tradition linguistique. Si nous considérons maintenant le contenu du message, il sera facile d'observer qu'il se rapporte toujours et seulement à une donnée, la nourriture, et que les seules variantes qu'il comporte sont relatives à des données spatiales. Le contraste est évident avec l'illimité des contenus du langage humain. De plus, la conduite qui signifie le message des abeilles dénote un symbolisme particulier qui consiste en un décalque de la situation objective, de la seule situation qui donne lieu à un message, sans variation ni transposition possible. Or, dans le langage humain, le symbole en général ne configure pas les données de l'expérience, en ce sens qu'il n'y a pas de rapport nécessaire entre la référence objective et la forme linguistique. Il y aurait ici beaucoup de distinctions à faire au point de vue du symbolisme humain dont la nature et le fonctionnement ont été peu étudiés. Mais la différence subsiste.
Un dernier caractère de la communication chez les abeilles l'oppose fortement aux langues humaines. Le message des abeilles ne se laisse pas analyser. Nous n'y pouvons voir qu'un contenu global, la seule différence étant liée à la position spatiale de l'objet relaté. Mais il est impossible de décomposer ce contenu en ses éléments formateurs, en ses « morphèmes », de manière à faire correspondre chacun de ces morphèmes à un élément de l'énoncé. Le langage humain se caractérise justement par là. Chaque énoncé se ramène à des éléments qui se laissent combiner librement selon des règles définies, de sorte qu'un nombre assez réduit de morphèmes permet un nombre considérable de combinaisons, d'où naît la variété du langage humain, qui est capacité de tout dire. Une analyse plus approfondie du langage montre que ces morphèmes, éléments de signification se résolvent à leur tour en phonèmes, éléments d'articulation dénués de signification, moins nombreux encore, dont l'assemblage sélectif et distinctif fournit les unités signifiantes. Ces phonèmes « vides », organisés en systèmes, forment la base de toute langue. Il est manifeste que le langage des abeilles ne laisse pas isoler de pareils constituants; il ne se ramène pas à des éléments identifiables et distinctifs » Ibid.
Cette analyse montre combien l'activité symbolique procède d'une manière d'être au monde, totalement étrangère à l'animal et au contraire familière à l'homme même s'il n'est ni poète, ni savant, ni penseur, ni artiste. Elle témoigne d'un besoin proprement spirituel de s'approprier le monde, en en faisant le corrélat d'une conscience le configurant comme monde signifié. Symboliser consiste à donner sens et à viser la signification comme une fin en soi.
Parler consiste à dire quelque chose à propos de quelque chose et à le dire à quelqu'un avec qui on noue une relation spirituelle et morale
Rien de tel n'est observable dans le comportement animal. La signification n'est jamais visée comme un but, les signes utilisés ne mettent pas en jeu une activité signifiante et ne donnent pas lieu à une situation d'interlocution.
En témoigne le fait que l'émission de signes est toujours déclenchée par une excitation directe et qu'elle est toujours en rapport avec un besoin. D'où la pauvreté et la fixité des contenus du message. Sa rigidité aussi. Si la situation change, l'animal est inapte à inventer un nouveau signe. Von Frisch le vérifie en posant une source de nourriture au sommet d'un pylône de radiodiffusion. Les abeilles pourvoyeuses le découvrent mais ne peuvent pas le signifier. « Il n'est pas prévu d'expression signifiant « en haut » dans le langage des abeilles. C'est qu'aucune fleur ne pousse dans les nuages » écrit-il.
Cette expérience montre que les signes animaux sont des signes instinctifs. Ils sont propres à une espèce, ne varient pas dans le temps, renvoient toujours aux mêmes données, procèdent d'automatismes. Ce sont essentiellement des signaux par lesquels les animaux obtiennent les uns des autres les comportements utiles à la conservation de l'espèce.
L'animal ne fait jamais ni de ses états, ni de son monde un symbole c'est-à-dire un signe renvoyant à un sens. Il semble privé de ce qui est le propre de l'homme, à savoir la fonction symbolique par laquelle celui-ci ouvre un monde de significations, monde de la culture où l'échange des paroles n'est pas tributaire d'un contact direct avec la chose mais peut s'effectuer à partir des seules données linguistiques.
III) Le langage est le propre de l'homme.
Il est la marque de la nature spirituelle, morale et culturelle de l'homme.
C'est avant tout parce qu'il y a en lui une intériorité spirituelle que l'homme parle. Descartes le souligne avec force : « Il n'y a aucune de nos actions extérieures qui puissent assurer ceux qui les examinent que notre corps n'est pas seulement une machine qui se remue de soi-même, mais aussi qu'il y a en lui une âme qui a des pensées, excepté les paroles, ou autres signes faits à propos des sujets qui se présentent sans se rapporter à aucune passion ». Lettre au marquis de Newcastle. 23.11.1646.
La notion d'âme renvoie à celle de raison mais aussi, comme le veut Rousseau, à la sensibilité, à une voix en nous qui est celle de la nature, et que la fonction première du langage est de porter à l'expression afin d'expérimenter avec les autres notre communauté de nature. Langue chantante, passionnée traçant vers l'autre des chemins d'émotion et de communion dans le partage de nos sentiments singuliers, de nos rêves, de notre espérance d'un monde structuré sur la loi de bonté et de justice. La parole est l'éloquence de l'humain ou alors elle s'est vidée de son âme en se rationalisant et en se dévoyant dans une fonction purement utilitaire.
Petite musique de l'âme, elle en est aussi l'accomplissement au sens où l'homme n'actualise son humanité qu'en nouant avec les autres des rapports d'amitié et de justice. Et comme le rappelle Hannah Arendt : « Pour les Grecs, l'essence de l'amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un « parler-ensemble » constant unissait des hommes en une polis » Vies politiques. 1974.
La parole exprime aussi l'humain en le manifestant comme celui qui est destiné à dévoiler le réel, à le porter à l'expression de son sens. « L'homme est le berger de l'Etre » soutient Heidegger et cela tient à une modalité d'être foncièrement différente de celle de l'animal. « Si plantes et animaux sont privés de langage c'est parce qu'ils sont emprisonnés chacun dans leur univers environnant, sans être librement situés dans l'éclaircie de l'Etre. Or seule cette éclaircie est monde ». Lettre sur l'humanisme.
Heidegger développe cette idée dans son cours de 1929.1930. « La pierre est sans monde, l'animal est pauvre en monde, l'homme est configurateur de monde » affirme-t-il, et si plantes et animaux sont « suspendus sans monde dans leur univers environnant, ce n'est pas parce que le langage leur est refusé ». Ce n'est pas la capacité phonique d'articulation qui leur fait défaut, c'est la façon typique de l'existant d'être hanté par le néant, d'être à distance de ce qu'il peut ainsi dévoiler en le faisant advenir au langage. La parole est la caractéristique ontologique de l'existence, ce qui trace la frontière entre le vivre englué dans l'Être, sur le mode massif, consistant et quiet de la chose et l'exister.
L'homme vit donc dans un monde de significations et c'est toujours à des significations qu'il réagit. Il parle une langue et chaque langue est une vision du monde caractéristique du peuple ayant déposé en elle sa singularité. L'homme habite le monde intermédiaire entre l'esprit humain et le réel car le langage est l'expression de cet entre-deux du sujet et de l'objet. Mais cet entre-deux n'est pas universel. Il porte la marque d'une culture et s'il n'est pas une prison dans la mesure où l'âme peut s'émanciper de ses racines par sa capacité de transcendance, il en recèle toujours le risque. Le monde de l'homme est configuré par le langage et la langue est un fait social.
D'où l'effort de la culture qui n'est jamais de faire écho à son conditionnement ethnique mais toujours d'ouvrir sa parole à l'exigence de l'universel.
Conclusion :
Les animaux font bien usage de signes pour communiquer. Mais « ce n'est pas un langage, c'est un code de signaux. Tous les caractères en résultent : la fixité du contenu, l'invariabilité du message, le rapport à une seule situation, la nature indécomposable de l'énoncé, sa transmission unilatérale » Benveniste. Ibid.
Dans un entretien donné au journal Le monde 1.02.2002, Boris Cyrulnik affirmait : « Ce qui distingue l'homme de l'animal, c'est la parole. Non pas le langage, car les animaux aussi ont un langage. Mais l'aptitude à créer un monde spécifiquement humain par des représentations verbales : le monde des mots. Darwin, dès ses premiers travaux, a parlé du « mur du langage ». Cette métaphore exprimait bien que la parole métamorphose la condition d'être vivant. J'utiliserai une autre métaphore : la chenille vit dans un monde terrestre d'ombre et d'humidité, le papillon dans un monde aérien de lumière, et l'un et l'autre sont pourtant en continuité biologique. Notre chrysalide à nous, c'est la parole. Nous vivons dans un monde biologique mais aussi comme le papillon, dans le monde aérien de la parole ».
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