21/07/2025
La décolonisation en Afrique Noir
B-LE CAS DU SENEGAL
INTRODUCTION
De toutes les colonies françaises d’Afrique, c’est le Sénégal qui bénéficiait le plus des faveurs de l’administration métropolitaine : réseau routier, installations portuaires les plus modernes, industries, sans oublier Dakar, capitale de l’AOF.
Le Sénégal a connu une décolonisation pacifique, voire" offerte", qui s’est déroulée dans le cadre des réformes institutionnelles entreprises par la métropole française, après la seconde guerre mondiale, dans ses colonies.
I.L’EMERGENCE DU NATIONALISME ET L’EVOLUTION DE LA LUTTE ANTICOLONIALE
1. L’émergence du nationalisme
Après la conquête coloniale, le Sénégal devient une colonie française avec deux statuts bien distincts : les territoires annexés des « 4 communes » (DAKAR, GOREE, RUFISQUE, ST-LOUIS) dont les habitants sont « citoyens français », régis par les lois françaises et les territoires protégés de l’intérieur du Sénégal où les populations sont des « sujets français », régis par le code de l’indigénat. Mais, quel que soit le statut des populations indigènes, celles-ci vivaient les mêmes conditions de pauvreté, de misère, et de marginalisation politique, économique et sociale. En fait tous les pouvoirs étaient concentrés entre les mains du Gouverneur de la colonie et de ses collaborateurs blancs et métis. Par l’exploitation des populations, la France pillait les ressources naturelles agricoles de la colonie.
C’est dans ce contexte qu’est né le nationalisme sénégalais qui va s’organiser autour des partis politiques, de syndicats, d’organisations de paysans et d’étudiants, pour mener la lutte anticoloniale.
Le mouvement nationaliste s’était déjà montré actif avant la Seconde Guerre Mondiale. En 1919, les premières grèves ouvrières avaient contribué à éveiller la conscience nationale et des syndicats furent crées, qui devinrent légaux en 1937. Entre 1932 et 1934, le concept de négritude fut forgé par Senghor, Césaire et Damas.
Après la Seconde Guerre mondiale, en contre partie de leur aide économique et militaire, les Sénégalais espéraient obtenir un assouplissement du régime colonial. Le refus de la France de réintégrer des anciens combattants ou de les rémunérer convenablement entraîna la mutinerie des tirailleurs sénégalais et le massacre de Thiaroye, le 30 novembre 1944.
2. Une évolution dans le cadre des réformes institutionnelles françaises
Après la Seconde Guerre mondiale, le processus menant à l’indépendance du Sénégal s’est déroulé dans le cadre des réformes institutionnelles introduites par la France dans ses colonies. C’est ainsi que dans le processus, on distingue les étapes suivantes :
- La Conférence « française- africaine » de BRAZZAVILLE de 1944.
En1944, la France est assurée de la victoire prochaine des Alliés sur les pays de l’Axe. Elle envisage de réorganiser ses colonies d’Afrique noire pour mieux les exploiter mais aussi pour se protéger des menaces des mouvements anticoloniaux qui se profilent en Asie et en Afrique du nord (Vietnam, Algérie). Pour réaffirmer son autorité dans les territoires coloniaux, la France convoque du 30 janvier au 8 février 1944 la conférence de Brazzaville. Elle regroupe les gouverneurs des colonies, les commandants de cercles et les hauts fonctionnaires de l’administration coloniale française. Aucun Africain de l’AOF, de l’AEF et de Madagascar n’est invité. Simple réunion d’administrateurs coloniaux, elle ne préfigurait en rien une quelconque indépendance ni même une simple autonomie. Elle se limitait à des réformes administratives et sociales, dénudées de tout prolongement politique
Les nationalistes africains qui ont soutenu la France dans la guerre, ayant pourtant fondé beaucoup d’espoir sur cette conférence et s’attendant à une évolution favorable de leurs colonies vers l’autonomie interne, furent déçus. La lutte anticoloniale se radicalise alors à travers des manifestations de protestations populaires qui obligent la France à réformer le statut de ses colonies.
Le 22 août 1945, une ordonnance établit que les élections auront lieu, outre-mer au Double Collège, qui comprenait d’une part les citoyens français et ceux des quatre communes, et d’autre par les "indigènes". En novembre, Lamine Gueye est l’élu du Premier Collège, Léopold S. Senghor, celui du
Second. Les deux appartenaient à la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière), ancêtre du Parti Socialiste français.
- La réforme de l’UNION FRANÇAISE de 1946.
A la fin de la 2nde guerre mondiale, le contexte international est favorable à la décolonisation. En fait l’ONU, les USA et l’URSS sont opposés à toute forme de domination coloniale. En plus il faut ajouter qu’en Indochine Hô Chi Minh était sur le point de déclencher la guerre de libération nationale.
La France soumise à ces multiples pressions aussi bien internes qu’externes, décide de mettre sur pied une nouvelle Constitution à laquelle les députés sénégalais à l’Assemblée nationale française, Lamine Gueye et Léopold S. Senghor participent à l’élaboration.
La constitution de 1946 crée l’Union Française, qui modifie le statut des colonies qui deviennent des "départements et territoires d’outre-mer" (DOM-TOM). La réforme est acceptée par les nationalistes modérés, car « l’Union Française » offrait un certain nombre de privilèges qui allaient faciliter la lutte anticoloniale. Ex : une Assemblée territoriale est créée dans chaque colonie, les droits d’association et de réunion sont reconnus et autorisés, ainsi que la liberté de presse. Un Conseil législatif est élu et chargé de voter le budget colonial et de fixer les tarifs des impôts.
Le 25 avril 1946, est votée la loi dite "Lamine Gueye" qui donne la citoyenneté française à tous les Africains de l’AOF. Le travail forcé, de même que le code de l’indigénat sont abolis.
Aux élections législatives de 1946, Senghor et Lamine Gueye sont réélus. Lamine Gueye devient secrétaire d’Etat à la présidence du conseil du Gouvernement de Léon Blum. Senghor élu sous l’étiquette SFIO ne t**de pas à comprendre que seul un parti authentiquement africain peut permettre de répondre aux aspirations du peuple. Il fonde, en 1948, avec son ami Mamadou Dia le Bloc Démocratique Sénégalais (BDS). Celui-ci, soutenu par les masses paysannes remporte, en 1951, les élections de l’Assemblée territoriale. D’autres partis politiques apparaissent sur la scène politique : l’Union Démocratique Sénégalaise (UDS) de Abdoulaye Gueye et le Parti Africain pour l’Indépendance (PAI) de Majmout Diop. Tous ces partis revendiquent l’indépendance du Sénégal mais dans la rivalité. La France profite pour quelques temps de cette division mais, la fin de la guerre en Indochine (juillet.1954) et le début de la confrontation militaire en Algérie et la conférence de Bandoeng en 1955 remettent la pression anticoloniale sur la France. C’est dans ce contexte qu’en 1956, elle procède à une 2nde réforme.
- La réforme de la « LOI CADRE » ou LOI GASTON DEFERRE de 1956.
Le 23 juin 1956, l’Assemblée Nationale vote la Loi-cadre de Gaston Déferre. Celle-ci modifie le statut des colonies d’Afrique noire. Elle accorde le suffrage universel aux populations, renforce les pouvoirs de l’Assemblée Territoriale et opère une décentralisation administrative. L’OAF est divisée en huit états. Cette mesure constitue une promotion pour les populations indigènes dans les colonies où il est institué un Exécutif local appelé le Conseil du Gouvernement.
Au Sénégal, Mamadou Dia est nommé vice-président de ce Conseil alors que la présidence est réservée au Gouverneur de la colonie. Il faut noter qu’à cette période la vie politique a redoublé d’intensité par le renforcement des Partis à travers des associations et des fusions diverses. Ex : le BDS fusionne avec l’UDS pour donner naissance au BPS (Bloc Progressiste Sénégalais). Ce parti gagne les élections législatives de 1957 face au parti de Lamine Gueye, le PSAS (Parti Sénégalais d’Action Sociale). Plus t**d, le BPS et le PSAS fusionnent pour donner naissance à l’Union Progressiste Sénégalaise (UPS). Cependant toutes ces réformes de la loi cadre ne satisfont pas les aspirations des nationalistes pour l’indépendance. En fait, les vrais pouvoirs de décisions restent toujours entre les mains de la France à travers le gouverneur de la colonie et ses proches collaborateurs.
Avec l’indépendance de la Gold- Coast en 1957, la loi cadre paraît dépassée. Sous la pression plus insistante des nationalistes la France procède à son ultime réforme conduisant les colonies d’AOF à l’indépendance.
II. LA MARCHE VERS L’INDEPENDANCE
1- La réforme de la Communauté franco-africaine de 1958
Les gouvernements trop instables de la IVe République française, incapables de gérer le mouvement d’indépendance surtout avec la crise algérienne, entraîne, le 1er juin 1958le retour de De Gaulle au pouvoir. Le 28 juillet 1958, il fait adopter une nouvelle constitution de la Ve République, qui transforme l’Union Française en une Communauté française, une sorte de confédération qui regrouperait la France et ses colonies. En août 1958, De Gaulle se rend dans les colonies d’Afrique noire pour proposer un référendum d’autodétermination : « Oui » pour rester dans la communauté, ou « Non » pour l’indépendance immédiate. Mais dans cette communauté, le pouvoir réel de commandement demeure toujours entre les mains de la France. Ex : la présidence, la politique étrangère, l’économie, la défense, la communication, la justice l’enseignement supérieur sont confisqués par les autorités coloniales françaises.
Au Sénégal les avis sont partagés : Au sein de l’UPS, Senghor et Lamine Gueye proposent de voter pour le « Oui », tandis qu’Abdoulaye Ly, Amadou MoctarMbow et AssaneSeck sont favorables au « Non ». Ils quittent l’UPS et créent plus t**d le Parti du Rassemblement Africain du Sénégal (PRA).
Le « oui » l’emporte massivement, lors du référendum du 28 septembre 1958 : 97,6% soit 870 000 voix pour le OUI contre 21000 voix pour le NON. Le parti dominant de Senghor, l’UPS, et les autorités religieuses ont pesé de tout leur poids. Le 5 novembre 1958, le Sénégal devient une République. La capitale est transférée de Saint louis à Dakar.
2. L’indépendance dans l’éphémère fédération du Mali
En 1959, Léopold Sédar Senghor du Sénégal et Modibo Keita du Soudan occidental, opposés à la "balkanisation de l’Afrique "décident de regrouper le Sénégal, le Soudan, la Haute-Volta, le Niger, le Dahomey, la Côte-d’Ivoire et la Mauritanie dans une fédération appelée « Fédération du Mali ». Mais tous les autres pays finissent par se retirer et la fédération se limite à ses deux premiers créateurs. Le 20 Janvier 1960, après avoir signé un accord de coopération technique et économique avec les deux pays, la France accorde au Sénégal et au Soudan l’indépendance. Le 4 Avril 1960 marque le transfert des compétences de la Communauté Française à la Fédération du Mali. Modibo Keita est nommé président du gouvernement fédéral, Mamadou Dia vice-président et Senghor président de l’Assemblée fédérale. Dakar devient la capitale de la fédération.
Mais, des divergences idéologiques entre Modibo Keita, d’obédience marxiste et Senghor, socio-démocrate, entraînent des options politiques différentes et conduisent à l’éclatement de la Fédération du Mali, dans la nuit du 19 au 20 août 1960. Le 20 août 1960, au matin, le Sénégal proclame officiellement son indépendance. Un régime semi-présidentiel est mis en place Senghor est président de la République et Mamadou Dia président du Conseil. La date du 4 avril est retenue comme date officielle de commémoration de l’indépendance du Sénégal.
En décembre 1962 Senghor évince Dia et fait voter une nouvelle constitution qui dote le Sénégal d’un régime présidentiel fort.
CONCLUSION
Au mois d’août 1960, le Sénégal est enfin indépendant. Après une longue lutte politique marquée par plusieurs réformes successives, la France finit par accepter l’indépendance en raison de la détermination des nationalistes, notamment de leurs leaders politiques Senghor, L. Gueye et Mamadou Dia. Le régime bicéphale installé ne dure que 2 ans car, en décembre 1962, le président du Conseil M. Dia est renversé. Par Senghor qui installe un régime présidentiel fort.
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