02/10/2019
Coup de gu**le qui mérite l'attention : lettre ouverte d’un médecin à bout
Le salaire misérable des médecins. Pourquoi y a-t-il corruption ? Il faut essayer de
comprendre pourquoi, il faut faire la généalogie de cette corruption, d’où ça vient ? Sans la
justifier ni s’y souscrire bien sûr. Des étudiants fraîchement bacheliers ont choisi de faire
médecine pour espérer avoir un niveau de vie élevé au pire normal. Au final ils n’ont eu ni
l’un ni l’autre car un médecin malagasy disons-le a un niveau de vie en dessous de la normale,
au mieux normal. Un nouveau bachelier avec mention très bien, bien ou assez bien n’a donc
aucune idée de ce qui l’attend.
Il ne faut pas se souscrire à la corruption, il faut essayer de la comprendre.
Madagascar fait partie du top 5 des pays où les médecins sont les moins payés au monde (1).
Par exemple, un médecin avec une femme au foyer et trois enfants avec le salaire d’un
médecin stagiaire, qui fait entre 4 à 10 gardes par mois non payés (Apparemment il n'existe
pas de lois concernant le repos et la sécurité? Et il paye lui-même les moyens de
communication inter service, durant la garde). Comment ce médecin peut-il s’en sortir ?
Soit :
1- il fait payer le patient, chose que l'on admet contraire à l’éthique mais il le fait pour
subvenir à ses besoins
2- il travaille en même temps dans le secteur privé
3- il investit ailleurs (taxi, bus, restaurant, cyber café, immobilier, …)
Finalement il perd son temps dans des autres activités au lieu de soigner… C'est plutôt
ces activités secondaires qui rapportent le plus que le fait d'être médecin. Logique !??
Pourtant, pour faire ces activités secondaires, on n’est pas obligé d’avoir un doctorat en
médecine et passer 12 ans après le baccalauréat à étudier. Même un BEPC ou rien est
suffisant pour être chauffeur de taxi, ou pour avoir une gargote, ou ouvrir un cyber café, ou
construire une maison. Bien sur un médecin peut investir ailleurs comme tout le monde mais
logiquement, c’est l’activité principale qui doit rapporter le plus, le reste ne devrait être qu’un
petit bonus. Mais ce n’est pas le cas. Et ce n’est pas tout le monde qui a l’envie et le temps de
faire ces activités….voilà une première perte de temps.
Le médecin peut travailler dans le secteur privé en dehors des horaires de travail du
secteur public. Voilà une deuxième perte de temps et qui peut porter atteinte à son
humanisme : il vit pour travailler, il ne travaille pas pour vivre (Vivre = vie professionnelle <
vie personnelle et familiale).
Oui il y a des médecins corrompus il ne faut pas le nier. Mais d'un autre côté, il y a
également des médecins qui sont dévoués à leur travail, la majorité silencieuse.
Je connais un médecin réanimateur qui a une forte capacité à faire tout ce qui est en son
pouvoir pour garder un patient en vie, consciencieux, minutieux, avec un grand
professionnalisme et une conscience professionnelle exemplaire. Un autre médecin de CSB 2
qui fait un trajet en voiture pendant 10 heures, puis à moto, puis en train puis à pied, traverse
une rivière sur un radeau, une montagne, avant d'arriver à son lieu de travail. Et puis il y a
aussi l’innocent bachelier qui n’a aucune idée de ce qui l’attend, pourtant a fait une
inscription en médecine, car il a obtenu de bonnes notes en sciences, maths et physique, et
malheureusement, il est admis à la faculté de médecine. Le pauvre il sera doublement
condamnés en passant le concours, les plus chanceux ne le passent pas et font une belle
carrière en droit, dans l’informatique ou dans l’armée. Je dis il faut se battre pour ces genslà,
il faut se battre pour le bon médecin qui existe et que l'on met dans le même sac que
les autres. Ce sont les autres qui font du tort et tout le monde est sanctionné.
Un médecin roumain raconte : En Roumanie, même cas que Madagascar vers les années
2010. Un salaire de 250 €, alors? Les jeunes médecins sont partis travailler en Europe (RU,
France, Belgique, Allemagne …) en Roumanie il disait ce n'est pas écrit dans la loi, mais
c'est toléré par le gouvernement roumain de faire payer le patient. Et même les patients
comprenaient leur situation. Le gouvernement est au courant du fait que certains médecins
prennent l'argent aux patients, mais ne dit rien. Il autorise officieusement au contraire, car il a
peur de la fuite des médecins. Comment cela se passe? Le patient entre, il est diagnostiqué, le
médecin propose son traitement et dit son prix. Si le patient est d’accord, on poursuit le
traitement, s’il n’a pas assez d’argent, son dossier est transféré au service social pour être
inscrit à la longue liste d’attente si le service social a de l’argent aussi. Bien sûr, ce n’est pas
le bon système. Il y a là un conflit d'intérêts certainement condamnables mais toutefois
compréhensibles.
Les médecins en Roumanie ont vieilli, ce que le gouvernement a constaté,
il a finalement pris la mesure d’augmenter le salaire de 500 euros puis entre 1000 euros ces
dernières années. Leur salaire passera de 2700 euros dans les années à venir (2). Cela n’a pas
empêché les jeunes médecins de partir… Cela a fortement réduit le système de rémunération
par les patients qui est de moins en moins toléré.
À Madagascar 1930 médecins fonctionnaires (1507 généralistes et 423 spécialistes) selon
l’ONM (3), on a très peu de médecins à Madagascar. Le but ne devrait pas être de les
abîmer. On met tout et n’importe quoi sur les dos des médecins : Les médecins, ce sont les
hommes à abattre : corrompus, méchants, qui ne sourient jamais, insultant, l’impression des
fois que c’est le médecin qui est à l’origine de la maladie (l’oncologue qui serait le
cancéreux)
Étonnamment ce sont les médecins fonctionnaires, les médecins dans les
hôpitaux privés eux sont biens. Eux on ne leur dit rien alors que ces mêmes médecins
sortent du même moule, même faculté, même promotion, même formation. Mais ce sont
les médecins fonctionnaires qui sont les mauvais. Donc si tu es fonctionnaires aujourd’hui et
que tu passes en privé demain tu deviendras un bon médecin d’un coup. Ou le cas contraire si
tu étais dans le privé et que tu passes en public tu deviens mauvais instantanément.
Mais demandez-vous si quelqu’un voudrait travailler dans une telle atmosphère avec un
tel salaire de misère, sans avenir !!!
Demandez-vous si les médecins voudraient encore continuer comme ça avec ce
qu’ils ont sacrifiés. Ils ont sacrifié quoi : des mois et des mois de nuits blanches (révision,
garde, études, observation), de l’argent (livres, matériels médicaux..), de l’énergie (mentale
surtout, intellectuelle, physique), les activités sociales (finies les sorties entre amis, pas de
petit(e) ami(e), plus de vie sociale), des vacances de famille pendant les 8 ans de
formation (car les examens c’étaient pendant les grandes vacances d’été). Tous ces
sacrifices pour en arriver là, pour en arriver à être insulté, à être agressé, à être
poursuivi, à être sans avenir. Le souci, c'est l'argent toujours l'argent. Il faut se demander
en fait pourquoi en privé il n’y a pas de plainte. Même médecins, même structure, même
directive de prise en charge mais pas de plainte. Il n’y en a pas parce qu’il y a de l’argent. En
public l’argent fait défaut, les médecins n’en ont pas, les patients n’ont en pas, l’état
n’en a pas. Le problème ce n'est pas le médecin, ni le pharmacien, ni le directeur, ni le
brancardier, ni la sage-femme, ni l'infirmière, ni la secrétaire, ni l'agent comptable (et oui il
n'a pas que les médecins à l'hôpital, les autres par contre on ne leur reproche rien). Le
problème, c'est l'absence d'argent. C’est tout. Et la tout bascule, il faut chercher un bouc
émissaire. Le médecin est un bon choix. Celui qui est en première ligne.
Une femme a dit dans l’émission “ny zoko” (4): “ les médecins malagasy n’ont pas assez
de connaissance. Et le paysan « ny tantsaha » n’a pas les moyens de payer les médicaments
qui coûtent cher”. Le médecin représentant du ministère de la santé a répondu: « les gens
doivent faire une assurance-maladie pour leur santé. Comme on dit en malgache « ny
fahasalamana no voloankarena », on paye une assurance pour les voitures et les motos, et
qu’en est-il pour votre santé. La dame a répliqué: où est-ce qu'un paysan peut trouver de
l’argent pour cette assurance. Bref autrement dit : soignez les pauvres Malgaches
gratuitement et vous, médecins, démerdez-vous par tous les moyens possibles, payez de
vos poches si c’est nécessaire, de toute façon c’est de votre faute.
Ne faudrait-il pas se poser la question, pourquoi être paysans (73,7% de la population
active tout de même (5) n’est-il pas assez rentable pour pouvoir payer une simple
assurance maladie? N’est-ce pas de cela qu’il faut discuter fondamentalement, comment
aider les paysans dans leur manière de travailler pour qu’ils gagnent assez leurs vies ? Au
lieu de cela on met tout sur le dos des médecins qui sont à bout…
A ce stade là ce n’est même pas l’augmentation du salaire des médecins qu’il faut
solliciter mais c’est sa mise à la normalité, son ajustement…avant que le secteur de santé ne
soit touché massivement par un exode des médecins vers l’étranger (si ce n’est pas déjà le
cas).
(1)https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/ny.gdp.pcap.cd?end=2017&start=2017&view=map
(2) http://www.economie.gov.mg/?page_id=1249
(3)https://www.facebook.com/photo.php?fbid=2967912653225159&set=g.118274161549004&type=1
&theater&ifg=1
(4) https://www.youtube.com/watch?v=xnxyKPAYFm0
(5) https://www.tdg.ch/monde/salaire-medecins-doubler/story/25553912
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