L'Ecole des Artistes

L'Ecole des Artistes

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アートと言葉の学校 "Petit journal" of classes, workshops and events for art & language lovers
https://ecoleartistes.com You can also contact me in English.

***「 私たちは... 」***カトリーヌ・ルメタ:日本在住20年以上。編集者、作家、翻訳家(英語、日本語、中国語からフランス語)、外国語としてのフランス語教師(芸術史、翻訳、創作文)。好きな格言「芸術は日々の埃を魂から洗い流してくれる」(ピカソ)。***ビートリックス・ファイフ : ビジュアルアーティスト、音楽家、言語学者。ノルウェー人であり、イギリス、フランス、イタリア人でもある。幼少期をフランス、イタリアで過ごし、20年以上住んでいる日本が大好き。ワークショップや、語学の授業、抽象画制作、コンサート、パフォーマンスを行い、ショートストーリーや詩も執筆。 フランス語、英語、イタリア語、ノルウェー語、日本語の五ヶ国語が堪能。 個人のウェブサイト:www.beatrixfife.com 音楽グループのウェブサイト:www.makbx.com 信念は、「アートの表現や対話は誰でも楽しむこと

Photos from L'Ecole des Artistes's post 01/06/2026

PETIT JOURNAL DE CATHERINE : EUGÈNE BOUDIN, MAÎTRE DE L'INSTANTANÉITÉ AU MUSÉE SOMPO (TOKYO) JUSQU'AU 21 JUIN

Eugène Boudin (1824-1898) est bien connu pour ses marines aux vastes ciels nuageux et mouvants, pour avoir été le maître de Monet et l'un des précurseurs de l'impressionnisme : « Trois coups de pinceau d'après nature valent mieux que deux jours de travail au chevalet », disait le peintre qui, suivant ses amis de Barbizon, fut l'un des premiers à peindre en plein air « sur le motif », quitte à reprendre ensuite ses toiles dans l'atelier.

Organisée sous le commissariat général de Laurent Manoeuvre, éminent spécialiste de Boudin, l'exposition du musée Sompo montre bien sûr ces mers houleuses parsemées de bateaux aux voiles gonflées par le vent - dont Boudin déplorait la disparition progressive au profit des bateaux à vapeur - ces côtes normandes ou bretonnes et leurs petits ports de pêche, ces plages de Trouville et Deauville avec leurs silhouettes en crinoline et à ombrelle tout juste esquissées que nous apprécions tant aujourd'hui mais qui étaient décriées à son époque, les élégantes reprochant au peintre de ne pas avoir peint en détail leurs coûteuses toilettes...

Le plus grand mérite de l'exposition est toutefois de présenter des aspects moins connus de son œuvre, à commencer par le dessin et l'importance qu'il lui accordait : ce peintre iconoclaste qui refusa d'apprendre l'art académique à l'École des beaux-arts (malgré une bourse accordée par la ville du Havre) et qui ouvrit la voie au développement de l'art moderne, conseillait pourtant à ses jeunes amis peintres, à l'instar des maîtres du passé : « Dessinez, dessinez, il n'y a que ça dans la peinture. »

L'exposition présente une quarantaine de dessins, principalement au fusain ou au crayon, parfois aquarellés, issus de collections particulières en Normandie, d'une étonnante précision ou justesse de trait. Dessiner permettait à Boudin de comprendre son sujet et de noter des informations utiles concernant les couleurs, les tons et les formes. Son fonds d'atelier est d'ailleurs riche de plus de 6000 dessins !

On peut également découvrir à l'exposition son goût pour les architectures (églises, calvaires, moulins inspirés de l'art néerlandais qu'il admirait tant), ses peintures d'animaux (il travailla un temps avec Constant Troyon, réputé pour ses vaches, bœufs et troupeaux) et ses figures. Il fit d'ailleurs ses débuts dans l'art du portrait mais sa manière trop esquissée ne plaisant pas aux bourgeois, il se rabattit sur la figure et notamment sur le paysage animé. On peut voir à l'exposition une copie réalisée au Louvre du « Pèlerinage à l'île de Cythère » de Watteau, peintre qu'il admirait profondément.

Sont enfin visibles une dizaine d'estampes de ses contemporains inspirées par l'œuvre de Boudin ainsi qu'une eau-forte du maître (Marine, 1899), la seule que nous lui connaissions.

https://www.sompo-museum.org/en/exhibitions/2025/eugeneboudin/

Cette exposition se tiendra au Matsumoto City Museum of Art (7 juillet - 30 août 2026), au Yamanashi Prefectural Museum of Art (12 septembre - 3 novembre 2026), au Museum of Modern Art de Gunma (28 novembre 2026 - 31 janvier 2027) et au Musée Eki KYOTO (du 14 février au 22 mars 2027).

Photos from L'Ecole des Artistes's post 31/05/2026

PETIT JOURNAL DE CATHERINE : RON MUECK AU MORI ART MUSEUM (TOKYO) JUSQU'AU 23 SEPTEMBRE 2026

Ron Mueck est le Pygmalion du XXIe siècle. Mais contrairement au sculpteur de la mythologie grecque qui avait façonné une femme si belle qu'il en était tombé éperdument amoureux, Mueck montre l'homme moderne dans ce qu'il a de plus fragile et de plus vulnérable : un vieillard bedonnant en caleçon, une femme les bras chargés de courses portant son enfant sur son ventre, le regard perdu et accablé de fatigue, une grande perche d'adolescente en maillot de bain qui semble ne plus savoir que faire de son corps maigre poussé trop vite...

Ses sculptures, pour réalistes qu'elles soient - aucune ride, rougeur, aucun bourrelet ni pli de la peau n'est épargné au spectateur, ce qui donne à ses œuvres une présence saisissante - n'en sont pas moins jamais à taille réelle, comme si Mueck donnait à ses personnages la taille qu'il perçoit lui-même avec son regard d'artiste et d'être humain.

Ce décalage entre l'hyperréalisme du rendu des détails et les dimensions improbables de ses personnages suscite un malaise, encore renforcé par le visionnage de la vidéo Still Life: Ron Mueck at Work (2013), de Gautier Deblonde. On peut y observer, en silence - aucune explication n'est donnée - l'artiste absorbé dans son travail. On le voit couper des têtes, des torses ou des jambes qu'il a créés, puis se griller tranquillement un steak au barbecue pour le déjeuner...

Pour mieux comprendre, il faut s'intéresser à l'enfance et à la formation de Mueck.

Né en 1958 à Melbourne, en Australie, il grandit dans un univers artisanal où ses parents fabriquent des marionnettes, des poupées et des accessoires pour le spectacle. Dès son enfance, il est ainsi familiarisé avec le modelage, le moulage et la création de figures humaines artificielles. Cette expérience constitue sa véritable école.

Plus t**d, il travaille pendant de nombreuses années dans le domaine des effets spéciaux, de la télévision et du cinéma, où il réalise des marionnettes, des masques et des créatures pour diverses productions, notamment au sein de l'univers des Muppets. Ce parcours pour le moins atypique lui permet d'acquérir une maîtrise exceptionnelle des techniques de fabrication et du réalisme des personnages.

Lorsqu'il se tourne vers l'art contemporain dans les années 1990, il met ce savoir-faire au service de la sculpture et développe un style unique, à la fois si contemporain et si ancré dans la tradition.

Car, à l'instar des maîtres classiques, Mueck réalise ses sculptures selon un processus long et minutieux. Il commence par concevoir des maquettes puis modèle une figure complète en argile sur une armature métallique, reproduisant avec une précision extrême les détails anatomiques.

À partir de ce modèle, il fabrique un moule en silicone renforcé par une coque rigide, puis réalise la sculpture définitive en silicone, résine et fibre de verre. Il applique de nombreuses couches de pigments pour obtenir l'aspect translucide et vivant de la peau humaine avant d'implanter, un à un, cheveux, cils et poils...

C'est pourquoi il n'existe qu'une cinquantaine d'œuvres de l'artiste, dont une vingtaine sont visibles à l'exposition du Musée Mori, grâce au soutien de la Fondation Cartier, qui a joué un rôle majeur dans sa reconnaissance en France et auprès du grand public.

https://www.mori.art.museum/en/exhibitions/ronmueck/index.html

Extrait de la vidéo Still Life: Ron Mueck at Work (2013), de Gautier Deblonde : https://www.youtube.com/watch?v=g2iPpa4azRc

Photos from L'Ecole des Artistes's post 26/05/2026

LE BILLET DE GENEVIÈVE : MARTIN SCHONGAUER (V.1450-1491) LE BEL IMMORTEL AU MUSÉE DU LOUVRE À PARIS, JUSQU'AU 20 JUILLET 2026

Issu d’une famille d’orfèvres, Martin Schongauer, artiste peintre et graveur allemand du XVe siècle, est à l’honneur au Musée du Louvre. Peu connu aujourd’hui du grand public, il fut en son temps et dans les siècles qui suivirent considéré et copié par les artistes qui s’inspiraient de ses fascinantes gravures.

« Albrecht Dürer (1470-1528) le surnommait "le beau Martin" peut-être à cause de son physique mais plus probablement du fait de ses grandes qualités artistiques », commente Pantxika Béguerie De Paepe, conservatrice honoraire du Musée Unterlinden et l'une des commissaires de l’exposition.

Peu de peintures sont données à voir mais le visiteur pourra contempler de très près la splendide Vierge au buisson de roses (1473), habituellement conservée en l’église Saint-Martin de Colmar, assez loin du regard. Couronnée par deux anges, et portant dans ses bras l’enfant Jésus avec beaucoup de tendresse, elle présente un visage grave tandis que son bébé sourit passant sa petite main autour du cou de sa maman. Sur ce buisson de roses, un grand nombre d’oiseaux magnifiquement peints se sont posés, certains symbolisant la Passion.

Les scènes religieuses occupent une place centrale. Des Vierges à l’Enfant, des Christs en croix ou encore des figures de saints (gravures des douze apôtres) témoignent d’une grande sensibilité dans le rendu des expressions et des attitudes. Les mains aux longs doigts effilés sont saisissantes tandis que le remarquable travail des drapés aux nombreux plis témoigne de la grande dextérité du maître.

La seconde partie du parcours présente de très belles œuvres inspirées par ce génial créateur dont les gravures avaient été largement diffusées en Europe. Des peintures, des dessins mais aussi des sculptures ont repris certaines de ses compositions en les interprétant… Superbe !

Geneviève Gigon-Bayle
https://www.louvre.fr/expositions-et-evenements/expositions/martin-schongauer

Photos from L'Ecole des Artistes's post 16/05/2026

PETITE PENSÉE DE Beatrix :
Excellente exposition au musée de Setagaya, à Tokyo. Les oeuvres (sculptures, installations et mots) de Shintaro Tanaka relient sa poésie avec l'espace autour de nous, un souffle de vie qui va de haut en bas, d'un côté à l'autre et au travers de tout... Vraiment magnifique. A l'étage des oeuvres de photographes comme Tanuma Takeyoshi, aux couleurs et aux formes douces et rondes, et une salle dédiée au designer Shiro Kuramata, ses commodes et lampes de formes variées. Ces expositions ont lieu jusqu'au 28 juin 2026, et valent le détour ! Le musée se trouve dans le parc de Kinuta, un peu loin de la station de Yoga sur la ligne Den En Toshi.
https://www.setagayaartmuseum.or.jp/

Photos from L'Ecole des Artistes's post 05/05/2026

ARTISTES FRANÇAIS ET FRANCOPHONES DU JAPON : TETSUO TAKAHASHI, DESIGNER, PHOTOGRAPHE, MAÎTRE VERRIER ET CÉRAMISTE (TOKYO)

• VOTRE PREMIER CONTACT AVEC L’ART ET CE QUI FAIT QUE VOUS ÊTES DEVENU ARTISTE

Quand j’étais enfant, je faisais très souvent des cauchemars effrayants avec la Joconde de Léonard de Vinci. Le sourire de la Joconde me faisait terriblement peur. Pourtant, quand je l’ai vue pour la première fois au Louvre, je n’ai ressenti aucune émotion particulière. Je ne sais pas ce que signifiait ce rêve de la Joconde que j’ai fait, mais ça a probablement été mon premier contact avec l’art.

Je suis devenu artiste très progressivement. Je me suis tout d'abord tourné vers la photographie en découvrant un livre d'Ansel Adams, puis je suis devenu designer.

• 3 ŒUVRES

1. Cream, 2024-2026, verre soufflé, 10 cm x 7 cm
Des œuvres de cette série ont été montrées en 2024 à Osaka et en 2026 à Tokyo sous le titre « Glassware without function ».
On a souvent tendance à chercher une utilité ou une fonction aux récipients et aux objets, mais je me suis souvent demandé : est-ce vraiment nécessaire ? Ce travail est né d’une fascination pour la forme cylindrique de Taizo Kuroda. Dans ma propre interprétation du design et du verre, je suis parti d’une forme cylindrique où « ne pas ajouter de fonction est la fonction même ».

Fondée sur le concept d’une antithèse au fonctionnalisme, la série de récipients à laquelle appartient cet objet est une création conceptuelle en verre qui explore l’essence de l’art, à l’opposé des créations artisanales du quotidien.
Quant au titre « Cream », la crème est un état de mélange entre liquide et solide. Dans un sens, c’est une image figurée, et cela s’applique aussi à moi-même. Par exemple, franchir la frontière dans les deux sens, comme entre le design et l’art, entre le design et le verre (ou la céramique), entre être designer et être artiste, etc. Je voudrais être un artiste comme la crème, où divers arts et cultures se mélangent.

2. AMAOTO (vase), 2026, céramique, 16 cm x 15 cm
Après une longue période de beau temps, une pluie soudaine et intense m’a inspiré une contemplation attentive du rythme et du son des gouttes, que j’ai perçus comme une danse divine. Plongé dans cette atmosphère, je me suis endormi dans mon atelier et j’ai fait un rêve centré sur l’« amaoto », le son de la pluie en japonais. Cette expérience sensorielle et onirique est devenue le point de départ de mon œuvre. J’ai choisi de la développer avec Ligne Roset, dont j’apprécie la culture et avec qui je poursuis ma collaboration.

3. Plasticity (sculpture géométrique), 2011, papier, 30 cm x 20 cm
L’idée de Plasticity m’est venue presque par hasard, en jouant avec l’origami. J’y explore la notion de plasticité, cette capacité à conserver une forme après transformation, qui me semble proche de notre manière d’être façonnés par notre environnement et nos rencontres. Pour moi, développer cette plasticité, c’est acquérir souplesse et adaptabilité afin de s’harmoniser avec le monde. Ligne Roset s’intéresse toujours au projet et réfléchit à des déclinaisons avec d’autres matériaux, mais sa structure complexe laisse encore incertaine sa réalisation.

• VOTRE PARCOURS
Je suis un designer et artiste autodidacte installé à Tokyo. Après des études en Art Management, je suis parti en Europe, où j’ai travaillé dans la photographie et le design, principalement en Allemagne et en Italie, avant de fonder mon propre studio, Stella Ltd., au Japon en 2022. En 2023, je me suis initié au soufflage du verre dans un atelier à Tokyo : à partir de ce moment, mes projets avec les fabricants, la pratique du verre (ainsi que de la céramique) et la photographie se sont progressivement entremêlés, comme dans une véritable réaction chimique, me faisant prendre conscience de mon identité d’artiste. Depuis 2025, je collabore comme designer avec plusieurs fabricants de meubles et d’objets de décoration intérieure, tout en poursuivant en parallèle une recherche plus libre à travers la création d’objets en verre « sans fonction ».

• VOUS ET LA FRANCE
Lorsque je vivais en Italie, je me rendais souvent à Paris, animé par une véritable fascination pour l’art et le design français. Contrairement à Milan, profondément ancrée dans une tradition artisanale, Paris me semblait accueillir toutes les formes d’expression, où coexistent beauté et laideur, éphémère et rêve. Le design français m’apparaissait plus décoratif, sophistiqué et vivant, et je suivais avec intérêt l’émergence de créateurs comme les frères Bouroullec, Inga Sempé ou Pierre Charpin. À cette époque, bien que je n’aie pas encore rencontré Philippe Starck — que je croiserais plus t**d à Paris —, j’étais déjà lié à lui par l’intermédiaire de Nori Starck, son ex-épouse, qui est devenue ma mentor après notre rencontre à Venise ; sa présence a longtemps été pour moi une source d’inspiration, malgré nos différences de style.

J’ai passé trois mois à Vallauris à travailler la céramique, puis environ un an à Paris, à créer et à mener des recherches en art et en design. J’ai même eu l’occasion de vivre, un peu par hasard, dans l’ancienne maison de Man Ray, une expérience profondément marquante : c’était un lieu presque muséal, rempli d’œuvres et d’objets - un échiquier de Marcel Duchamp, un miroir de Man Ray, des peintures d’Andy Warhol, du mobilier de Carlo Scarpa - qui a constitué une période précieuse pour nourrir mon univers intérieur et affirmer ma sensibilité d’artiste.

À Paris, j’ai rencontré de nombreux créateurs issus de disciplines variées (architectes, designers, couturiers, journalistes, peintres...), et je leur présentais systématiquement mon portfolio. Leurs retours, ainsi que les visites de studios et les échanges que j’ai pu avoir, m’ont permis de ressentir de manière très directe l’esprit de la scène parisienne. Aujourd’hui, j’apprends le français, notamment en raison de mes projets avec Ligne Roset, qui m’amènent à communiquer régulièrement avec eux.

• VOS SOURCES D’INSPIRATION

J’ai été profondément marqué par Marcel Duchamp, notamment par la distance qu’il a instaurée avec l’art lorsqu’il s’est consacré aux échecs. J’apprécie le cynisme et l’exigence intellectuelle de son travail, parfois presque déroutant. Parmi ses œuvres, Roue de bicyclette (1913) me fascine particulièrement : je la trouve à la fois inutile et peu pratique, mais étrangement apaisante.

Hiroshi Sugimoto m’influence également, autant par la qualité de son œuvre que par sa démarche singulière : là où beaucoup d’artistes se tournent vers le futur, il explore les origines de la conscience humaine. Sa série Seascape (1980) me touche particulièrement, car elle semble contenir une mémoire ancienne de l’humanité.

Enfin, Nori Starck a joué un rôle déterminant dans mon parcours : avant même que je ne m’intéresse au design, elle m’a introduit à de nombreuses figures intellectuelles et culturelles à Venise. Grâce à elle, j’ai affiné mon regard et développé une sensibilité plus profonde à l’art.

• VOS TECHNIQUES

Le verre soufflé est au cœur de ma pratique : je cherchais un matériau que je puisse travailler directement à la main, à l’opposé d’une production industrielle assistée par ordinateur. J’ai été séduit par sa beauté et sa translucidité, mais aussi par ce qu’il me révèle à travers le geste.
Parallèlement, la photographie occupe une place essentielle dans mon travail : au-delà d’un moyen d’expression, c’est un véritable outil de conception. J’ai également commencé la céramique pour développer mes maquettes et mes concepts, dans le prolongement de cette recherche d’un travail manuel et d’un dialogue avec la matière.

• UN RÊVE
Je rêve d’organiser une exposition personnelle qui dépasse les frontières entre design, artisanat et art. Au Japon, la culture du Mingei rend ces distinctions particulièrement marquées, peut-être plus qu’en France, mais je pense que tracer des limites réduit notre horizon.

À l’origine, design et artisanat devraient être envisagés comme des formes d’art sans frontières, et designers comme artisans sont, au fond, des artistes. Dans mon travail, j’aimerais justement franchir ces lignes, voire circuler librement entre elles, en mobilisant différents langages comme le design, l’artisanat, la photographie ou l’écriture.

• LE RÔLE DE L’ART

Dans un monde saturé de biens matériels et de connexions numériques, nous avons l’illusion d’être reliés, alors même que l’isolement progresse. L’art, au sens large, peut être un moyen de retisser ce lien, un retour à l’humain. C’est cette idée qui guide mon travail : au-delà de la poésie, je souhaite placer la notion de relation au cœur de ma démarche artistique.

https://www.takahash*tetsuo.com/home

Photos from L'Ecole des Artistes's post 02/05/2026

PETIT JOURNAL DE CATHERINE : SHIMOMURA KANZAN : LIFE, ART, AND SOCIETY AU MUSÉE DE L'ART MODERNE DE TOKYO JUSQU'AU 10 MAI (PUIS À WAKAYAMA DU 30 MAI AU 20 JUILLET)

Longtemps considéré comme un peintre de Nihonga épris de tradition par sa maîtrise des classiques chinois et des styles picturaux du passé (écoles Kanô, Rinpa, Yamato-e), Shimomura Kanzan (1873-1930) a pourtant su renouveler profondément l'art de son pays en y intégrant des techniques et des effets propres à la peinture occidentale, à laquelle il s'est formé en Europe.

C'est ce qu'enseigne la somptueuse rétrospective organisée par le musée d'art moderne de Tokyo, qui se tiendra ensuite à Wakayama, ville natale du peintre, dans un parcours en 2 parties : la première consacrée à la vie de Kanzan et la deuxième à ses propres recherches entre tradition et modernité, Orient et Occident.

Né dans une famille de samouraïs ayant servi les seigneurs Kii Tokugawa en tant que joueurs de « petit tambour » (kozutsumi) du théâtre Noh, Kanzan déménage à Tokyo avec sa famille en 1881 où, très vite, il se forme auprès des plus grands maîtres du moment, Kanô Hôgai (1828-1888) et Hashimoto Gahô (1832-1908).

À 16 ans et dès sa création, il intègre la Tokyo Fine Arts School (Tokyo Bijutsu Gakkô), dont il deviendra l'un des enseignants. À cette époque, l’art japonais subit une forte pression pour s'occidentaliser : les institutions privilégient la peinture de style occidental (yôga), perçue comme un symbole de modernité, au point de marginaliser les pratiques traditionnelles.

C’est en réaction à cette domination que, sous l'impulsion de l'érudit Okakura Tenshin, Kanzan et ses pairs Yokoyama Taikan ou Hishida Shunsô fondent en 1898 le Japan Art Institute (Nihon Bijutsuin), afin de défendre et renouveler une peinture japonaise moderne (Nihonga) capable de rivaliser avec l’Occident sans s’y dissoudre.

En 1903, il est le premier peintre de Nihonga envoyé à l’étranger pour y parfaire sa technique en étudiant l’aquarelle au Royaume-Uni, avant de séjourner également en France et en Italie.

Ce contact direct avec la peinture occidentale amène Kanzan à enrichir son langage pictural sans renoncer aux matériaux du Nihonga. Dans Yoroboshi (Jeune mendiant aveugle, vers 1910), il introduit une organisation spatiale plus construite et une présence corporelle accrue de la figure, tandis que dans Autumn among the Trees (Automne parmi les arbres, 1907), l’attention portée aux effets de lumière et à l’atmosphère témoigne d’une sensibilité nouvelle, proche de certains procédés occidentaux d’observation du paysage. Le modelé plus nuancé, la recherche de profondeur et une approche plus naturaliste des formes traduisent le clair-obscur et la perspective, appris en Europe.

Cette influence se prolonge et se transforme dans ses œuvres ultérieures. Dans White Fox (Renard blanc, 1914), la présence de l’animal est renforcée par un traitement plus volumétrique et une mise en scène presque dramatique, tandis que Avalokitesvara Bearing a Fish Basket (Avalokitesvara portant un panier de poissons, 1928) révèle un syncrétisme particulièrement frappant : le visage du bodhisattva, aux traits doux et au sourire énigmatique, évoque celui de la Joconde de Léonard de Vinci !

Parmi les rénovateurs de la peinture japonaise, Shimomura Kanzan est longtemps resté dans l’ombre de figures comme Hishida Shunsō, disparu prématurément, ou Yokoyama Taikan, dont les prises de position plus radicales et le tempérament affirmé ont marqué les esprits. Il est donc particulièrement bienvenu que Tokyo lui rende aujourd’hui hommage, et plus encore que sa ville natale redécouvre enfin son œuvre, après près d’un demi-siècle d’absence.

https://www.momat.go.jp/exhibitions/567

https://www.momaw.jp/exhibit/kanzan2026/

Photos from L'Ecole des Artistes's post 30/04/2026

PETIT JOURNAL DE CATHERINE : MAX TOURET, A HITHERTO UNKNOWN MASTER OF POST IMPRESSIONNISM À LA MARUBENI GALLERY JUSQU'AU 23 MAI 2026

Les tableaux de Max Touret (1872-1963) ont ceci d'apaisant qu'ils ne cherchent pas à révolutionner l'art, à ouvrir de nouvelles voies picturales ou à communiquer quelque message au regardeur.

Avec les techniques et les moyens de son époque (le pleinairisme impressionniste et le divisionnisme), une palette délicate et lumineuse ainsi qu'une touche toute en légèreté, cet ingénieur en électricité, peintre à ses heures, représente avec tendresse et habileté les scènes qui peuplent ses loisirs : femmes ramassant du bois au bord de la Seine, vaches paissant dans une campagne normande moussant de soleil, fermiers s'affairant dans leurs champs, façades d'église en clair-obscur ou de maisons à colombages au détour d'une rue, paysanne priant dans l'ombre colorée d'une chapelle une Sainte Vierge rayonnant sous un vitrail...

Né à Versailles en 1872 d'un père ingénieur et représentant de commerce et d'une mère cultivée et tournée vers les arts et la littérature, Max Touret s'embarque pour New York avec ses parents alors qu'il n'a que 4 ans. Il y restera jusqu'en 1886 (mort de son père à l'âge de 46 ans), y acquérant son goût pour les sciences et pour l’art impressionniste. En France, il poursuit une brillante carrière d’ingénieur après des études à Centrale. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il est envoyé à New York en 1916, où il travaille pour l’armée française et reste en poste jusqu’après l’armistice.

De retour en France en 1919, il s’intègre progressivement aux milieux artistiques, notamment au Cercle Volney, et installe un atelier à Paris. À partir des années 1920, ses séjours à Honfleur, où il acquiert une villa, jouent un rôle décisif dans l’affirmation de sa vocation picturale. Il expose régulièrement au Salon de la Société des artistes français et développe son activité de peintre en parallèle de sa carrière d’ingénieur. Installé ensuite à Viroflay avec sa famille, il poursuit son travail artistique jusqu’à un âge avancé, malgré les pertes subies pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’éteint en 1963, laissant le parcours singulier d’un ingénieur devenu peintre par passion.

N'ayant jamais vendu aucune toile, Max Touret n'a été découvert que récemment grâce à ses descendants. Seules trois expositions ont eu lieu en France : en 2018 (Deauville), 2019 (Paris) et 2023 (Honfleur). L'actuelle exposition de la Marubeni Gallery à Tokyo est d'autant plus importante qu'elle est la première consacrée à l'artiste à l'étranger. On peut y admirer une quarantaine de tableaux selon un parcours thématique, aucune date ne figurant sur la plupart des œuvres.

Une bouffée d’oxygène et de sérénité, qui nous transporte dans un monde empreint de nostalgie - et peut-être est-ce là ce que recherchait Touret lui-même dans la peinture, lui qui vécut à une époque aussi troublée que la nôtre ?

https://www.marubeni.com/gallery/en/

Photos from L'Ecole des Artistes's post 21/04/2026

LE BILLET DE GENEVIÈVE : RENOIR AU MUSÉE D'ORSAY À PARIS, JUSQU'AUX 5 ET 19 JUILLET 2026

Pierre Auguste Renoir (1841-1919) est à l’honneur au musée d’Orsay. Deux expositions conjointes présentent son travail. L’une est consacrée à ses dessins et croquis, l’autre a pour thème Renoir et l’amour.

Peu connus, ses dessins, qui n’ont pas été montrés depuis 1921, sont une véritable découverte. Certains, comme Gauguin, avaient un regard plutôt critique sur cette production tandis que Berthe Morisot en dit le plus grand bien. Le visiteur remarquera qu’Auguste Renoir est un grand travailleur et qu’il utilise toutes les techniques possibles pour réaliser ses croquis, ses esquisses ou ses œuvres abouties. En effet, non seulement il manie le crayon noir avec dextérité mais aussi le fusain, la plume et l’encre de chine, la sanguine et la craie, les pastels (superbe Portrait de Cézanne, 1880) et l’aquarelle (délicate Vue d’un parc, vers 1885-1890).

Son œuvre est dominée par la représentation des figures, même si quelques ravissants paysages peints à l’huile, très impressionnistes par leurs touches allongées et rapides, aux tonalités splendides, sont donnés à contempler.

Après avoir représenté la bohême avec des portraits de ses comparses, il peint des couples dansants et son chef d’œuvre le Bal du moulin de la galette (1976). Ce sujet léger est magnifié par le rythme des ombres et de la lumière semblant se mouvoir dans de somptueuses couleurs. Mais l’artiste dont les thèmes sont souvent autour d’une certaine joie de vivre, connaît des périodes de doutes et remet en cause son appartenance à l’impressionnisme pour revenir à une expression plus classique (grand carton de l’Etude pour La coiffure, 1900-1901).

Un reflet coloré de cette époque si belle !

Geneviève Bayle Gigon

https://www.musee-orsay.fr/

Photos from L'Ecole des Artistes's post 13/04/2026

LE BILLET DE GENEVIÈVE : PORTRAITS EN MIROIR DE LA VIERGE MARIE ET DU BODHISATTVA GUANYIN AUX MISSIONS ÉTRANGÈRES DE PARIS (PARIS) JUSQU'AU 25 AVRIL

Aux Missions étrangères de Paris, une exposition originale confronte des représentations de la Vierge Marie et de Guanyin, déesse de la compassion dans le bouddhisme chinois, qui devient la déesse Kannon au Japon.

Les sculptures et les photographies proposées au regard des visiteurs témoignent de la foi des missionnaires européens qui, à travers le temps, ont fait connaître la figure de la Vierge Marie dans ces contrées d’Extrême-Orient, souvent au péril de leur propre vie, puis de celles de ceux qui se sont convertis. Cette présentation interroge la manière dont les chrétiens d’Asie ont reçu cette « maman de Jésus » venue de ce lointain Ouest, précise le Père Antoine de Monjour, ajoutant qu’elle fut très bien accueillie par ceux qui devenaient disciples de Jésus-Christ, mais aussi par des non-chrétiens ou sympathisants.

Ainsi peut-on voir Maria-Kannon (à Chichibu, au Japon), sculptée par un chrétien japonais au temps des persécutions, où elle fut vénérée comme Ji-Bo Kannon, la « déesse de la compassion », par les fidèles bouddhistes et comme notre « Mère du Ciel » par les catholiques… jusqu’à aujourd’hui !

Le parcours met en regard des statues de la Vierge Marie et du bodhisattva Guanyin provenant des collections des MEP et de fonds privés. On y découvre les influences des réalisations occidentales qui se mêlent aux traditions locales, telles les Guanyin à l’enfant, qui se rapprochent fortement des Vierges à l’Enfant : les premières sont assises, alors que les secondes se tiennent debout. Celles de la période Kangxi (1662-1722), en porcelaine blanche, mêlent des influences chinoises et européennes, dans les vêtements et les coiffures.

D’autres statues féminines, au Japon, portent un panier comportant un poisson. Elles renvoient à une divinité protectrice des poissons et des marins, adoptée par les chrétiens cachés au Japon pendant les périodes de persécutions (XVIIe–XIXe siècles), le poisson étant un symbole chrétien. Le culte marial en Corée et au Vietnam est aussi illustré par des Vierges à l’Enfant en bois ou en terre cuite.

Une touchante exposition rappelant l’universalité du message chrétien.

Geneviève Bayle Gigon

De 10h à 18h, entrée libre
https://missionsetrangeres.com/evenement/portraits-en-miroir-lart-sculpte-de-la-vierge-marie-et-du-bodhisattva-guanyin/

Photos from L'Ecole des Artistes's post 07/02/2026

PETIT JOURNAL DE CATHERINE : "ANTI-ACTION, ARTIST-WOMEN’S CHALLENGES AND RESPONSES IN POSTWAR JAPAN" AU HYOGO PREFECTURAL MUSEUM OF ART (KOBE), DU 25 MARS AU 6 MAI 2026

Ces dernières années, on assiste à travers le monde à une réécriture de l’histoire de l’art visant à mettre en lumière le rôle qu’y ont joué les femmes artistes. Le Japon n’échappe pas à cette tendance. La tenue de l’exposition « Anti-Action : les défis et les réponses des femmes artistes dans le Japon de l’après-guerre » en est une illustration emblématique. Après avoir été présentée à Toyota puis à Tokyo (Musée national d’art moderne de Takebashi jusqu'au 8 février), elle sera visible au Musée préfectoral d’art de Hyôgo, à Kobe, du 25 mars au 6 mai 2026.

Cette exposition trouve sa source directe dans le livre passionnant de l’historienne de l’art Izumi Nakajima, « Anti-Action, Post-War Japanese Art and Women Artists » (2019), qui remet sur le devant de la scène les artistes japonaises de l’après-guerre.

Celles-ci furent marginalisées avec l’apparition, au Japon, de l’action painting américain, où la toile est considérée « non plus comme un espace destiné à reproduire un objet, mais comme une arène où se déroule une action » (Harold Rosenberg, 1952), une « action » étroitement associée aux notions masculines de force et de bravoure, et dans laquelle le geste physique occupe une place primordiale.

Or, ces femmes étaient très actives dans les années 1950 et 1960, notamment dans la mouvance de l’Art informel né en France, qui entendait créer « un art autre, libéré de toute forme préconçue, de toute référence esthétique antérieure, et qui n’a pour loi que l’aventure même de l’acte créateur » (Michel Tapié, 1952).

Ainsi, plutôt que d’adhérer à une esthétique de l’« action » héroïque, et malgré la diversité de leurs pratiques, les quatorze artistes réunies dans l’exposition ont-elles développé des démarches privilégiant la répétition, la trace, la contingence (le hasard) ou encore l’effacement du geste spectaculaire (voir diagramme).

Sans avoir constitué un programme explicite ni un mot d’ordre revendiqué, le terme « Anti-Action » peut donc être compris comme un mot de ralliement rétrospectif, permettant de réunir des artistes de l’avant-garde féminine de l’après-guerre autour de pratiques qui, chacune à leur manière, se sont tenues à distance du modèle héroïque et masculinisé de l’action.

Cette position est formulée avec clarté par Yayoi Kusama : « Je ne faisais pas de peinture d’action, bien que je vive sur Tenth Street, l’épicentre de ce mouvement, à son apogée. Je n’ai pas surfé sur la vague de leur époque. Au contraire, en me tenant au cœur même de cette scène, j’ai immédiatement fait l’exact opposé : j’ai rejeté l’action painting. C’était comme un filet jeté sur toute la surface. Il n’y avait ni composition, ni centre, ni éclaboussures de peinture. »

Hélas, très peu de ces femmes sont parvenues à s’imposer durablement. À l’exception notable de Yayoi Kusama ou d'autres, telles Fukushima Hideko ou Yamazaki Tsuruko, qui ont trouvé une reconnaissance partielle en Europe, notamment en France, la plupart sont tombées dans l'oubli ou ont vu leur trajectoire artistique freinée, voire interrompue par le mariage ou au profit de la carrière de leur conjoint.

Musée d'art moderne (Tokyo)
https://www.momat.go.jp/en/exhibitions/566

Hyogo Prefectural Museum of Art (Kobe)
https://www.artm.pref.hyogo.jp/exhibition/t_2603/index.html

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