20/08/2026
Un État sans souveraineté, un gouvernement sans autorité
Manifeste contre l’abandon de la loi. Par Rony Akrich
Il faut le dire clairement, sans détour et sans fidélité aveugle à quelque camp politique que ce soit : je condamne toute provocation contre une population civile, toute maltraitance, toute intrusion dans le domicile d’autrui, toute obstruction de ses voies d’accès, toute privation d’eau, d’électricité, de nourriture ou de soins médicaux, ainsi que toute tentative d’imposer des faits accomplis par la peur, la menace ou la violence.
Aucune idée nationale, aucune conviction religieuse, aucun droit historique ne donnent à quiconque la permission d’humilier un autre être humain. Aucun amour de la terre ne justifie que l’on transforme la vie d’une famille en cauchemar. Aucun sionisme ne saurait autoriser la vengeance ou la justice privée. Celui qui croit en la justesse de sa cause n’a besoin ni d’une pierre, ni d’un bâton, ni d’une intrusion nocturne pour la démontrer.
Celui qui se fait justice lui-même ne renforce pas l’État : il l’affaiblit. Celui qui prétend agir au nom du peuple tout en méprisant ses lois ne défend pas la souveraineté nationale : il la détruit de l’intérieur. Celui qui transforme son idéologie personnelle en ordre opérationnel se place au-dessus du gouvernement, de l’armée, de la police et de la justice. Il ne devient pas un pionnier ; il s’autoproclame souverain.
Mais il serait trop facile de limiter notre indignation aux seuls activistes des collines, de les présenter comme quelques brebis égarées, de promettre une enquête disciplinaire, puis de continuer comme si rien de fondamental ne s’était produit. Derrière les événements de Qusra apparaît un échec beaucoup plus vaste : celui d’un gouvernement incapable d’exercer réellement sa souveraineté.
La souveraineté n’est ni un discours, ni un slogan, ni un drapeau brandi lors d’une cérémonie. Elle réside dans la capacité de l’État à faire respecter une même loi, une même autorité et des règles obligatoires pour tous. Là où un groupe peut établir un avant-poste à sa guise, bloquer des routes, pénétrer sur des propriétés, affronter des soldats et décider qui pourra circuler, l’État cesse d’être souverain.
Les événements de Qusra ne constituent donc pas seulement une confrontation locale entre des activistes juifs et des habitants palestiniens. Ils mettent à l’épreuve l’État d’Israël. La question n’est pas uniquement de savoir à qui appartient telle parcelle, mais de déterminer qui possède l’autorité de trancher. La décision doit-elle résulter de la loi, de la justice et des institutions de l’État, ou d’une tente, d’une menace et de faits accomplis par la force ?
Même celui qui croit de tout son cœur au droit historique du peuple juif sur la Judée-Samarie doit comprendre que le droit historique ne dispense jamais du respect de la loi. Au contraire, plus la revendication nationale est grande, plus la responsabilité morale et politique qui l’accompagne est lourde. Nous ne pouvons réclamer la reconnaissance de notre souveraineté tout en tolérant ceux qui la contournent lorsqu’elle contrarie leurs projets.
Cependant, la souveraineté ne saurait être sélective. Elle doit s’exercer avec la même détermination en Judée-Samarie, dans le Néguev, en Galilée, dans les villes mixtes, aux frontières comme au cœur du pays. Partout où l’État revendique son autorité, il doit protéger les habitants et leurs propriétés, combattre le terrorisme et le crime organisé, saisir les armes illégales, empêcher les constructions sauvages et soumettre chacun à la loi commune.
Lorsque des organisations criminelles contrôlent des quartiers et imposent le paiement du protection, il n’y a plus de souveraineté. Lorsque des agriculteurs du Néguev ou de Galilée doivent payer pour cultiver leurs propres terres, il n’y a plus de souveraineté. Lorsque les armes illégales circulent par milliers, que des familles criminelles se substituent à la police et que des citoyens craignent de porter plainte, il n’y a plus de souveraineté. Lorsque des constructions illégales se multiplient pendant que l’État détourne le regard, il n’y a plus de souveraineté. Et lorsque des extrémistes juifs décident eux-mêmes où s’installer, qui éloigner et quand affronter les forces de sécurité, là non plus, il n’y a plus de souveraineté.
Un État qui abandonne le Néguev aux bandes criminelles, la Galilée aux trafiquants, certains quartiers aux familles mafieuses et les collines de Judée-Samarie aux initiatives privées n’est souverain nulle part. Il ne gouverne plus : il négocie quotidiennement son recul.
Je refuse donc une souveraineté courageuse contre les uns et hésitante devant les autres. On ne peut exiger l’évacuation immédiate d’un avant-poste juif illégal tout en acceptant l’impuissance de l’État face à l’emprise criminelle dans le Néguev et en Galilée. Inversement, on ne peut réclamer une main de fer contre la criminalité arabe tout en accordant indulgence et impunité aux violences commises par des Juifs. Une loi qui change selon l’identité du contrevenant n’est plus une loi : elle devient un instrument politique.
Il n’existe pas une souveraineté pour les Juifs et une autre pour les Arabes, une souveraineté du centre et une autre de la périphérie, une souveraineté de droite et une souveraineté de gauche. Il existe soit un État qui fait respecter la loi, soit un territoire où les groupes les mieux organisés, les plus puissants et les plus violents déterminent la réalité.
Je ne réclame ni une souveraineté dirigée contre les Arabes ni une souveraineté complaisante envers les Juifs. Je réclame une souveraineté israélienne, entière, cohérente et impartiale. Une souveraineté qui protège les citoyens juifs, arabes, druzes, bédouins et circassiens ; qui ne confonde jamais l’appartenance communautaire avec l’impunité ; qui ne délaisse ni le Néguev, ni la Galilée, ni la Judée-Samarie, ni aucun territoire placé sous sa responsabilité.
Un gouvernement qui proclame continuellement sa volonté de « gouvernance », mais hésite à exercer son autorité contre ses propres partisans, n’est pas souverain. Il exige l’obéissance de ses adversaires et offre sa compréhension à ses proches. Il exerce une main de fer lorsque cela lui convient, puis devient soudain impuissant lorsque les contrevenants appartiennent à son propre camp.
Ce n’est pas de la gouvernance. C’est une capitulation politique déguisée en idéologie.
Je refuse également le faux choix que le débat public cherche à nous imposer : soutenir des violences juives ou participer à la diffamation d’Israël ; nous taire devant une injustice ou renoncer aux droits du peuple juif. Il est possible et nécessaire d’affirmer simultanément deux vérités : Israël a le droit de se défendre, de protéger ses citoyens et de faire valoir ses droits nationaux ; mais, précisément pour cette raison, il ne peut permettre à des individus d’agir en son nom tout en se plaçant hors de ses lois.
Condamner une injustice commise par l’un des siens n’est pas une faiblesse. C’est une fidélité morale envers son peuple. Exiger d’un soldat qu’il protège un civil palestinien contre un agresseur juif n’est pas une trahison. C’est la mission d’une armée nationale. Une armée qui ne distingue plus la protection des implantations de la complaisance envers la violence devient l’instrument de groupes de pression.
La prière ne peut servir de caution à une infraction. Un châle de prière ne saurait recouvrir l’anarchie. L’amour de la terre ne se manifeste pas en terrorisant ceux qui y vivent. Et la foi dans le Dieu d’Israël ne peut se concilier avec l’humiliation de l’image divine présente en chaque être humain.
La véritable souveraineté commence par le courage de dire à ses propres partisans : jusqu’ici, et pas plus loin.
Le gouvernement doit évacuer toute implantation illégale, enquêter sur chaque agression et traduire les responsables en justice sans favoritisme. Il doit combattre avec la même résolution les organisations criminelles du Néguev et de Galilée, protéger les agriculteurs, saisir les armes illégales, sécuriser les routes et mettre fin au protection. Il doit enfin établir une politique nationale claire au lieu d’administrer le pays par ambiguïtés, renoncements et clins d’œil.
Je veux un État fort, non un État cruel ; un État moral, non un État impuissant ; un État juif, non un État au nom duquel chaque Juif pourrait agir comme bon lui semble ; un État démocratique, non une anarchie où chaque tribu posséderait sa propre loi et ses propres armes.
Il n’y a pas de liberté sans loi, pas de sécurité sans autorité et pas de souveraineté sans responsabilité.
Il est temps de rendre l’État à l’État.
Une même loi, une même autorité et une même responsabilité, dans le Néguev comme en Galilée, en Judée-Samarie comme dans le centre du pays.
Celui qui aime cette terre ne la livre pas à l’arbitraire.
Celui qui croit en la souveraineté ne la contourne pas.
À propos de l’auteur
Rony Akrich est penseur, conférencier, éducateur et écrivain. Ses travaux portent sur la pensée biblique, la philosophie, l’histoire, la société et la politique. Il est le fondateur de « Café Daat – l’Université populaire gratuite », une initiative culturelle et éducative destinée à rendre le savoir, la réflexion et la culture accessibles au plus grand nombre. Il anime également le Cercle de pensée biblique. Son écriture conjugue les sources juives et les héritages universels, l’analyse historique et un regard critique porté sur la réalité contemporaine. Elle cherche à remettre en question les idées reçues, à éveiller une pensée indépendante et à déconstruire l’existant afin de contribuer à l’édification d’une réalité plus humaine, plus responsable, viable et durable.
À propos de l’auteur
Rony Akrich est penseur, conférencier, éducateur et écrivain. Ses travaux explorent la pensée biblique, la philosophie, l’histoire, la société et la politique. Fondateur de « Café Daat – l’Université populaire gratuite » et animateur du Cercle de pensée biblique, il œuvre à rendre le savoir et la réflexion accessibles au plus grand nombre.
Son écriture, nourrie des sources juives et de la pensée universelle, interroge les idées reçues et la réalité contemporaine. Elle cherche à éveiller une pensée indépendante et à déconstruire l’existant pour contribuer à l’édification d’une société plus humaine, responsable, viable et durable.
© Rony Akrich, 2026. Tous droits réservés.
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