16/11/2021
La bataille de Vertières du 18 novembre 1803 est la plus grande et la dernière des trois grandes batailles de la guerre de l’indépendance. Les deux autres grandes batailles sont celle de la Ravine-à-Couleuvres du 23 février 1802 suivie de celle de la Crête-à-Pierrot (4-24 mars 1802). Au cours de ces deux grandes batailles de 1802 dans l’Artibonite, ce sont les troupes indigènes qui étaient assiégées par les troupes françaises de Leclerc. Mais lors de la bataille de Vertières, ce fut le contraire. Ce sont plutôt les troupes françaises qui étaient cette fois assiégées par les indigènes. Les troupes de Rochambeau contrôlaient dix forts dans les environs de la ville du Cap dont deux, Picolet et d’Estaing, protégeaient le port. Les autres huit fortifications étaient Vigie, Bréda, Pierre-Michel, Bel-Air, Jeantot, Hôpital Champlain, Vertières et la butte Charrier.
Ces forts assuraient l’hégémonie des Français et protégeaient l’accession à la ville du Cap. Les troupes françaises étaient tellement bien implantées dans le fort Vertières, situé à deux kilomètres du Cap-Haitien, qu’elles pensaient que personne ne pourrait les déloger. Avec un astucieux dispositif de cavalerie, d’artillerie, et surtout de grenadiers qui méprisaient la mort, les forces indigènes (20 000 contre 5 000 Français), firent la preuve d’une étonnante supériorité pour vaincre la plus grande armée d’Europe : vaillance, courage, intrépidité, capacité d’organisation, de stratégie et de tactique, don de soi, générosité, etc. La volonté de vaincre était au plus haut point, même si le prix à payer en vies humaines était très élevé.
Les Français répondent par des actions répressives à la détermination des soldats insurgés. Comme le relate Beaubrun Ardouin, les Français « les noyaient, les pendaient, les fusillaient, les étouffaient dans la cale des navires » avant de les faire « dévorer par des chiens amenés de Cuba [2]. » L’intensification de l’extermination atteint des sommets quand Rochambeau fit exécuter une centaine d’hommes à Jacmel. Ardouin écrit : « Rochambeau les fit embarquer sur un navire de guerre : on les plaça dans la cale en fermant hermétiquement les écoutilles, après y avoir allumé du soufre. Ces malheureux furent asphyxiés et leurs cadavres jetés ensuite dans la mer. C’est à ce barbare qu’on doit imputer ce genre de mort, qu’il inventa dans sa rage d’extermination et qui fut employé si souvent sous son gouvernement [3]. » Un crime précurseur des chambres à gaz des n***s que Claude Ribbe [4] a dénoncés clairement en 2005, sans référence oblique ni écriture détournée, en montrant la commune dynamique politique qui unit ces crimes de Napoléon à ceux d’Hitler. Mais dans la conjoncture de 1803, ces crimes ont soudé les soldats de l’armée indigène qui ont préféré mourir au combat plutôt que d’être dévorés par les chiens anthropophages de Rochambeau ou d’être gazés au dioxyde de soufre.