22/09/2022
Voyage vers mon "Je suis".
J'aurais aimé grandir dans un "Lakou". Un grand "Lakou" comme celui de "Kay Tidò" dans "À l'ombre du calebassier". Oui, un "Lakou" comme celui de "Grann Vèti" où "TiZo" a grandi dans "Zoubka Lakou Marasa" . J'aurais aimé connaître et vivre dans ma culture, celle de mon âme, celle qui coule dans mes veines. J'aurais aimé me déhancher sous le son des tambours lors des cérémonies en l'honneur des loas, les fameuses "danses". J'aurais aimé savoir que j'étais Haïtienne avec tout ce que cela impliquait y compris les croyances. J'aurais aimé connaître la vérité sur le Vodou. J'aurais aimé savoir que les loas guinen étaient différents des loas pétro. J'aurais aimé savoir que le Vodou n'était pas que mauvais sorts, zombification, envoûtement: magie noire et sorcellerie. J'aurais aimé apprendre à aimer les sources, à chérir les arbres: à vénérer la nature.
J'aurais aimé voir un "pye mapou" comme source de vie pour sa capacité de rétention d'eau dans le sol et non comme un arbre démoniaque où habitaient des démons. J'aurais aimé ne pas avoir peur en passant près d'un "pye mapou" seule, au point de chanter à haute voix des cantiques évangéliques pour implorer le bon Dieu de ne pas me laisser engloutir par cet arbre servant de maison aux "baka".
J'aurais aimé me pavaner dans des couleurs rayonnates, habillées de robes uniques sans avoir peur qu'on me traite "d'enfant du diable" ou de "manbo". J'aurais aimé connaître mon histoire et savoir le rôle qu'y à jouer ma culture. J'aurais aimé apprendre les chants de guerre, les paroles célèbres de mes ancêtres, les divers rituels... Au lieu d'apprendre des histoires bibliques qui n'avaient rien à voir avec moi.
Ma vérité c'est que j'aurais aimé ne pas avoir peur de ma culture, ne pas refouler les rythmes de mes ancêtres et mépriser leurs cantiques. J'aurais aimé ne pas prendre mes jambes à mon cou quand je passe près d'un tambour qui bat au même rythme que mon cœur, et qui m'appelle à la danse quand mes orteils refusent de se plier et veulent m'emmener là où l'on m'interdit d'aller en me disant:" si t'y vas, on te dévorera tout crû.". J'aurais aimé ne pas avoir à faire des prières de rédemption pour le pêcher de vouloir connaître un petit peu plus sur ma culture, pour ensuite recommettre le même péché parce que la bible ne peut contenir ma curiosité.
J'aurais aimé pouvoir écouter les chansons de Ram, de Boukman Eksperyans ... sans avoir peur que quelqu'un me surprenne. J'aurais aimé pouvoir chanter ces airs sans mettre une main dans la bouche en m'apercevant que quelqu'un m'écoutait ou qu'on crie après moi " Sa w ap chante la?" J'aurais aimé ne pas avoir à cacher les livres qui parlent de Vodou ou simplement qui ont une couverture avec un "vèvè" ou autres symboles utilisés dans le "Vodou". J'aurais aimé qu'on ne me prédit pas un avenir gâché simplement parce que je veux savoir un peu plus sur ma culture, et que mon âme puisse choisir ce en quoi elle veut croire et qu'elle remet en question tout ce en quoi on a essayé de lui faire croire depuis toujours.
J'aurais aimé qu'on m'ait laissé le choix. Qu'on ne m'impose pas de religion, mais surtout, j'aurais aimé qu'on me dise la vérité. Qu'on ne me fasse pas croire qu'une culture autre que celle qu'on a essayé de m'enseigner ne mène qu'à la ruine de la vie et de l'âme. J'aurais aimé qu'on ne me fasse pas croire qu'il fallait me méfier des enfants des "Vodouyizan", prendre mes distances avec tous ceux qui viendraient me parler d'une autre religion que celui de Jésus-Christ ou qui me feraient douter en me racontant des mensonges qui me sembleraient réels et pourtant si loin de la vérité, car c'est un envoyé du diable pour me détourner de la voie que Dieu a tracé pour moi.
J'aurais aimé ne pas avoir un peu la trouille en écrivant ceci parce qu'il est minuit .
Mes parents m'ont mise sur le chemin qu'ils croyaient être le mieux pour moi et je leur en serai éternellement reconnaissante(...) Mais tout ça, est-ce moi? J'aurais aimé me sentir libre de choisir, j'aurais aimé avoir le droit de choisir d'être Prostestante, Musulmane, Bhoudiste ou "Vodouyizan". J'aurais aimé avoir le droit de choisir ma façon de "dire Dieu".
Peu importe le choix que je ferai demain, je veux être libre. Le faire par Amour et non par Peur. Je veux être libre de choisir en qui je veux ou ne veux pas croire, de choisir ma religion, mes croyances. De me sentir libre de dire "je suis" et non parce qu'on m'a dit d'être telle ou telle croyante. Je veux pouvoir être libre de me dire Vodouyizan, Chrétien, Athée ou Agnostique sans devoir me cacher par rapport aux croyances des miens, sans avoir peur par rapport à tous ces mythes qu'on a inséré dans mon crâne. Être libre de vénérer qui je veux ou de ne rien vénérer du tout.
J'aurais aimé ne pas m'attirer des regards méprisants quand je dis ce que je pense et qui sont contraires à ce que dit la bible. J'aimerais ne pas me faire traiter de "Moun fini" et tout ce qui va avec quand je défends mes convictions: quand je défends ma position qui accorde la liberté sexuelle à tous; quand je dis que personne n'a le droit de mépriser, de rejeter encore moins de malmener une autre personne simplement parce que sa préférence sexuelle diverge du cliché que nous donne la société, sous prétexte que c'est un ange du démon, une personne mauvaise qui mérite le pire pour ne pas attirer la colère du bon Dieu sur la famille ou sur le pays. J'aurais aimé qu'on ne me traite pas de "timoun pèdi" quand je dis que les jeunes ont le droit de prendre leurs plaisirs dans un lit avec le partenaire de leurs choix. Qu'il faut faire leur éducation sexuelle au lieu de les interdire des choses. Que c'est à eux et à eux seuls de décider s'ils veulent se préserver jusqu'au mariage ou pas. Si je n'accepte pas l'hypocrisie, l'évangile qui nous est prêchéé sur la fornication alors que les personnes qui nous prêchent n'ont pas su eux-mêmes résister à cet instinct naturel. Est-ce être une mauvaise personne si je dis qu'on ne devrait pas nous condamner encore moins nous imposer une chose qu'ils n'ont pas pu s'interdir eux-mêmes ? Est-ce prêché la souillure si je dis qu'une femme a le droit d'user de ses sextoys et de ses doigts autant qu'un garçon à le droit d'utiliser ses mains pour se satisfaire? J'aurais aimé qu'on ne me traite pas d'irresponsable quand je dis qu'il faut dire la vérité aux enfants, qu'il ne faut pas les berner avec des histoires féeriques et surtout de les laisser le droit de choisir en les éduquant comme il faut. Est-ce mal de défendre mes convictions et de vivre selon mes propres commandements?
Pourquoi devrais-je faire semblant ? Pour me faire bien voir des pasteurs, des fidèles ou des miens qui défendent ces mêmes évangiles, pour ne pas perdre mon pain quotidien? Pourquoi devrais-je faire semblant d'être une personne que je ne suis pas? En quoi est-ce mal si je défends l'égalité entre les sexes? Est-ce commettre un sacrilège si je défends ma position de Femme, si je suis contre la soumission et que je me bats pour me rapprocher le plus de ce que doit-être une Femme selon, ma conception, des choses? En quoi je commets un péché si je me suis défaite des conceptions de la société qui ne matchaient pas avec la personne que je voulais être ? J'aurais aimé qu'on m'ait donné le droit de devenir la personne que je souhaitais et non qu'on m'impose la personne qu'on attendait de moi que je sois.
Je suis désolée si ma conception de la vie est contraire à la tienne. Je suis désolée si ma croyance, mes convictions te font voir en moi une mauvaise personne ou te rendent triste parce que j'ai passé à côté de ce que tu avais prévu ou que tu voulais que je sois. La seule et unique chose contre lequel je ne peux me permettre de pêcher, est ma conviction. Et je la défendrai toujours, ici et au-delà, maintenant et dans une autre vie. Ce que je pense, je le dirai toujours . Et je vivrai ma vie comme je l'entends et non comme tu me la dictes. Je ne te promets pas d'être celle que tu voudrais que je sois, mais je te promets de devenir celle que je dois et veux être.
Personne ne va te donner la liberté de choisir qui tu veux être même s'ils te font croire le contraire. C'est à toi de prendre cette liberté et de chercher au fond de toi qui tu veux être. Tu peux ne pas savoir qui tu veux être maintenant, mais savoir qui tu n'es pas ou ne veux pas être, c'est déjà un bon début. Va chercher ton identité !
Alexandra MORISSETTE ✍️
17 septembre 2022
00h46mn.
09/09/2022