24/07/2026
Lโhistoire se rรฉpรจte, avec le mรชme goรปt amer pour de nombreux รฉlรจves.
Pour la รฉniรจme annรฉe consรฉcutive, les laurรฉats de lโenseignement franco-arabe verront les portes du Prytanรฉe militaire de Guinรฉe se refermer devant eux ร la rentrรฉe prochaine.
Cette institution dโรฉlite, symbole de lโexcellence nationale, reste dรฉsespรฉrรฉment inaccessible ร une catรฉgorie entiรจre de la jeunesse guinรฉenne. Pour le Syndicat National de lโEnseignement Franco-Arabe de Guinรฉe (SNEFAG), le point de rupture est atteint.
Les promoteurs de ce secteur, qui reprรฉsente pourtant un cinquiรจme (20 %) du systรจme รฉducatif national, dรฉnoncent un abandon institutionnel et une stigmatisation incomprรฉhensible.
Pendant des mois, le syndicat a multipliรฉ les dรฉmarches administratives. Lettres ร la Prรฉsidence, courriers ร la Primature, plaidoyers auprรจs du Conseil National de la Transition (CNT) et du ministรจre de lโรducation nationale : toutes ces initiatives sont restรฉes sans rรฉponse. Face ร ce mur du silence, la frustration est immense.
ยซ Trรจs honnรชtement, cโest une frustration profonde. On se sent aujourdโhui relรฉguรฉs au second plan, comme si nous nโรฉtions pas des Guinรฉens. Cela nโa que trop durรฉ, et ce, ร tous les niveaux ยป, sโindigne le Dr Ibrahima Mansarรฉ, secrรฉtaire gรฉnรฉral du SNEFAG.
Le dรฉsarroi est dโautant plus grand que la communautรฉ รฉducative fondait beaucoup dโespoir sur les nouvelles autoritรฉs du pays.
ยซ Nous pensions pourtant quโelles avaient pris lโinitiative dโagir pour que tous les citoyens se reconnaissent dans cette Rรฉpublique. Les parents dโรฉlรจves sont consternรฉs par cette exclusion, cette stigmatisation et ce refus catรฉgorique de donner accรจs au concours aux รฉlรจves du franco-arabe ยป, confie-t-il avec gravitรฉ.
Pour le SNEFAG, la revendication ne porte pas sur lโobtention de passe-droits ou de faveurs, mais sur le respect strict du principe rรฉpublicain de lโรฉgalitรฉ des chances. Le syndicat souhaite simplement que ces รฉlรจves bilingues puissent se mesurer aux autres par le mรฉrite.
ยซ Nous ne demandons pas de privilรจges, mais lโaccรจs pur et simple des laurรฉats des รฉcoles franco-arabes au Prytanรฉe militaire. Ces รฉlรจves reprรฉsentent 20 % de lโenseignement primaire. En faisant le calcul, cela signifie quโun cinquiรจme des รฉlรจves est automatiquement privรฉ de ses droits rรฉgaliens et citoyens. Nous ignorons pourquoi cette dรฉcision a รฉtรฉ prise, mais nous sommes plongรฉs dans la consternation. De toutes les prรฉfectures, rรฉgions et communes du Grand Conakry, les acteurs nous interpellent sans que nous ne puissions leur en donner le motif ยป, dรฉplore le Dr Mansarรฉ.
Lโincomprรฉhension est renforcรฉe par un paradoxe stratรฉgique ร lโheure de la mondialisation. Alors que la Guinรฉe dรฉveloppe ses infrastructures de dรฉfense, se priver de cadres bilingues apparaรฎt comme un contresens.
ยซ Aujourdโhui, on ouvre des รฉcoles de guerre. Demain, nous qui parlons deux langues, et dont lโalliance du franรงais et de lโarabe offre une ouverture sur au moins un milliard de personnes dans le monde, nous ne pouvons pas accรฉder ร nos propres รฉcoles dโexcellence ! Cโest un mauvais calcul ยป, souligne le leader syndical.
Pour prouver la valeur de ce cursus, le Dr Mansarรฉ cite les succรจs รฉclatants des boursiers guinรฉens ร lโรฉtranger : ยซ La preuve en est que les laurรฉats franco-arabes qui partent รฉtudier au Maroc intรจgrent de trรจs grandes รฉcoles. Cโest le cas du jeune Kaba, issu de la premiรจre promotion aprรจs la reprise des bourses guinรฉennes au Maroc. Il a intรฉgrรฉ lโune des plus grandes รฉcoles de commerce du pays, lร oรน la majoritรฉ des candidats de lโenseignement gรฉnรฉral nโy parviennent pas. ยป
ร lโapproche du prochain dรฎner dโexcellence, le SNEFAG refuse de baisser les bras. Le syndicat prรฉvoit dโorganiser une confรฉrence de presse pour prendre lโopinion publique ร tรฉmoin et interpeller directement le prรฉsident de la Rรฉpublique, le Premier ministre et le ministre dรฉlรฉguรฉ ร la Dรฉfense. Lโobjectif est de mobiliser toutes les institutions rรฉgaliennes capables de faire bouger les lignes.
Le Dr Ibrahima Mansarรฉ conclut son plaidoyer par un appel vibrant au respect des textes fondateurs de la nation : ยซ Nous sommes pour lโรฉgalitรฉ des chances, pour la vรฉritรฉ, et nous sommes tous des citoyens de ce pays. Il faut comprendre que la Guinรฉe ne pourra se construire quโavec lโensemble de ses fils. Cette exclusion non justifiรฉe constitue une violation fondamentale des droits de lโHomme, de notre Constitution et de toutes les rรจgles qui font de la Guinรฉe un รtat de droit. ยป
Mosaiqueguinee.com
Alhassane Fofana