10/09/2026
L’Afrique a-t-elle honte de ses propres noms ?
Quand on arrive en occident, on découvre un monde fier de sa mémoire. Les Européens ont su inscrire leur histoire jusque dans leur sang. Leurs aéroports, leurs universités, leurs ponts et leurs rues racontent leurs gloires passées : Aéroport Charles de Gaulle, gare Léonard de Vinci, toilettes Albert Einstein, rue Isaac Newton. Même leurs chiens héritent des noms de leurs grands hommes : Mozart, Napoléon, Ronaldo.
Et pendant ce temps, que voyons-nous en Afrique ? Une génération déconnectée de ses noms, de son histoire, et donc de son identité. Nos enfants s’appellent Mohamed, Ismaël, Marie, Jacques, Fatoumata, Aboubacar. Mais où sont passés les Penda, les Koulako, les Kouassi, les Zegbela, les Dalindé ? Disparus, effacés, étouffés sous le poids d’un complexe né de la colonisation et de l’invasion des religions. Quelle dépossession !
Nommer, c’est posséder. Et depuis que nous avons cessé de nous nommer selon nos traditions, nous avons cessé de nous appartenir. Le nom, c’est une racine. Et un peuple sans racine devient poussière.
Quand un Européen marche sur un pont nommé Shakespeare, il marche dans son histoire. Quand un Africain entre dans une école appelée Jésus Christ, il entre dans l’histoire de quelqu’un d’autre. Voilà pourquoi notre mémoire s’effrite.
Le vrai combat de l’Afrique moderne ne se trouve pas seulement dans la technologie ou la politique. Il commence dans le nom que nous portons. Car un nom, c’est une arme, une mémoire, un drapeau. Tant que nous continuerons à porter les noms des autres, nous marcherons dans l’ombre des autres.
Il est temps de se réapproprier nos identités. Il est temps que les Garanké, Chaka, Djanké wali, Soundjata, Tabula, reprennent leur place dans la bouche des enfants et dans les registres des nations. Parce qu’un peuple qui ne se nomme plus selon lui-même, ne vit plus selon lui-même.