25/08/2026
TDAH : les troubles de l’attention pourraient être causés par l’intrusion d’ondes du sommeil pendant l’éveil
16 Mar 2026 | Par Inserm (Salle de presse) | Neurosciences, sciences cognitives, neurologie, psychiatrie
(((Les participants atteints de TDAH rapportent également davantage d’épisodes de « vagabondage mental » (mind wandering) et de « blanc mental » (mind blanking), 2 états directement corrélés à ces intrusions de sommeil local (image d’illustration). © Adobe Stock)))
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), qui touche environ 2,5 % des adultes, reste encore mal compris sur le plan biologique.
>>> Une étude internationale menée par des scientifiques de l’Inserm au sein de l’Institut du Cerveau (Inserm/CNRS/Sorbonne Université), et de l’Université Monash, en Australie, suggère que :
___ certains symptômes pourraient s’expliquer par l’intrusion d’ondes cérébrales lentes, habituellement associées au sommeil, pendant l’éveil.
>>> Ces ondes lentes pourraient ainsi constituer un biomarqueur potentiel du TDAH.
À terme, ces résultats pourraient orienter de nouvelles stratégies thérapeutiques, notamment en agissant sur la qualité du sommeil et la régulation de la vigilance.
Oublis fréquents, erreurs d’inattention ou difficultés à maintenir son attention et à résister aux distractions : le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) touche environ 2,5 % des adultes, mais ses mécanismes biologiques restent encore mal compris.
Dans une étude internationale publiée le 16 mars dans le Journal of Neuroscience, des scientifiques de l’Inserm à l’Institut du Cerveau (Inserm/CNRS/Sorbonne Université), et de l’Université Monash, en Australie, suggèrent que les symptômes de ce trouble pourraient être liés à l’intrusion d’ondes lentes, habituellement observées lors du sommeil, pendant l’éveil. Ce phénomène, appelé « sommeil local », pourrait offrir une explication aux baisses d’attention et à la somnolence souvent observées chez les personnes atteintes de TDAH.
Pour parvenir à ces résultats, les scientifiques ont comparé l’activité cérébrale de 32 adultes atteints de TDAH, sous traitement médicamenteux, à celle de 31 adultes neurotypiques, tandis que les participants réalisaient une tâche nécessitant une attention soutenue.
Une densité d’ondes lentes plus élevées chez les adultes atteints de TDAH
Résultat : « Les adultes atteints de TDAH présentent une densité significativement plus élevée d’ondes lentes, habituellement observées lors du sommeil profond. Or, ces ondes ne sont pas anodines : plus leur densité est élevée, plus les participants commettent d’erreurs d’inattention et présentent des temps de réaction plus lents ou plus variables », résume Thomas Andrillon, chercheur Inserm au sein de la DreamTeam à l’Institut du Cerveau, et dernier auteur de l’étude.
Les participants atteints de TDAH rapportent également davantage d’épisodes de « vagabondage mental » (mind wandering) et de « blanc mental » (mind blanking), deux états directement corrélés à ces intrusions de sommeil local. Par ailleurs, le niveau de fatigue ressenti par les participants augmente à mesure que ces ondes lentes s’accumulent au cours de l’effort attentionnel.
« L’intrusion d’ondes du sommeil est un phénomène parfaitement normal. Pensez à une longue course à pied : au bout d’un certain temps, la fatigue physique vous oblige à faire une pause. C’est la même chose pour la fatigue mentale : après une journée passée éveillée ou après une mauvaise nuit de sommeil, le cerveau fait aussi des pauses sous la forme d’ondes lentes. Ces brefs moments d’inactivité cérébrale surviennent chez tout le monde », explique le chercheur.
Chez les personnes atteintes de TDAH, toutefois, cette activité est plus fréquente. Nos résultats suggèrent qu’elle pourrait constituer un mécanisme cérébral clé expliquant leurs difficultés à maintenir une attention et des performances stables au cours du temps.
Thomas Andrillon, chercheur Inserm
Pour les scientifiques, ces ondes lentes pourraient ainsi constituer une piste d’explication reliant le diagnostic de TDAH aux symptômes comportementaux observés au quotidien. Cette découverte suggère en effet que le TDAH pourrait être, au moins en partie, un trouble de la régulation de l’éveil et de la vigilance. « Ces ondes de sommeil local pourraient devenir un biomarqueur clé pour le diagnostic », avance Thomas Andrillon.
Ces résultats pourraient également orienter le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques, qu’elles soient pharmacologiques ou non médicamenteuses, notamment des interventions visant à améliorer la qualité du sommeil ou à stabiliser les mécanismes de vigilance.
« Chez les personnes neurotypiques, certaines recherches ont par exemple montré que la stimulation auditive pendant le sommeil peut renforcer les ondes lentes nocturnes, ce qui pourrait réduire l’apparition d’une activité cérébrale proche du sommeil durant l’éveil le lendemain. Une prochaine étape consistera à déterminer si cette approche pourrait également diminuer ces intrusions de sommeil local chez les personnes atteintes de TDAH », conclut Thomas Andrillon.
Contacts
Contact scientifique
Thomas Andrillon
Chercheur Inserm
U1127 Institut du Cerveau
contact mail
Contact Presse : Inserm presse
Sources_________________________________________________________________
Sleep-like Slow Waves During Wakefulness Mediate Attention and Vigilance Difficulties in Adult Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder
Elaine Pinggal1,2, James Jackson1,2, Anikó Kusztor1,5, David Chapman1,3, Jennifer Windt4,5, Sean P.A. Drummond1, Tim J. Silk6,7, Mark A. Bellgrove1,2* & Thomas Andrillon5,8*
1 School of Psychological Sciences, Monash University, Clayton, VIC, 3800, Australia
2 Turner Institute for Brain and Mental Health & School of Psychological Sciences, Faculty of Medicine, Nursing, and Health Sciences, Monash University, Melbourne, VIC, 3800, Australia
3 Monash Alfred Psychiatry Research Centre (MAPrc), Melbourne, VIC, 3004, Australia
4 School of Philosophical, Historical, and International Studies, Monash University, Melbourne, VIC, 3800, Australia
5 Monash Centre for Consciousness and Contemplative Studies, Monash University, Melbourne, VIC, 3800, Australia
6 Centre for Social and Early Emotional Development (SEED) and School of Psychology, Deakin University, Burwood, Australia.
7 Developmental Imaging, Murdoch Children’s Research Institute, Melbourne, Australia.
8 Paris Brain Institute, Sorbonne Université, Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale-Centre National de la Recherche Scientifique, Paris 75013, France
_____________________________________________________________________________
* Ces auteurs ont apporté une contribution égale à l’étude
Journal of Neuroscience, 16 mars 2026
DOI : https://doi.org/10.1101/2025.07.27.666103
Résumé_______________________________________________________________________
Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) se caractérise par une variabilité comportementale et une inattention accrue associées à une augmentation du vagabondage mental (MW) et de l’absence mentale (MB).
>>> Les personnes atteintes de TDAH éprouvent fréquemment des troubles du sommeil et une somnolence diurne excessive, ce qui suggère des interactions entre l’attention et les systèmes d’excitation.
La recherche examinant l’activité cérébrale à l’aide de l’électroencéphalographie (EEG) a démontré que :
___les ondes lentes semblables au sommeil (SWs) pendant l’éveil sont liées à l’inattention chez les individus neurotypiques après une privation de sommeil, mais leur rôle dans le TDAH reste incertain.
*** Cette étude a cherché à savoir si les individus atteints de TDAH présentent une distribution altérée du SW d’éveil par rapport aux témoins neurotypiques et si les SW expliquent les difficultés attentionnelles dans le TDAH.
Les adultes avec (n=32) et sans TDAH (n=31) ont effectué une tâche d’attention soutenue pendant que l’EEG enregistrait l’activité cérébrale.
Des sondes d’état mental (sur la tâche, MW, MB) ont été intégrées à la tâche.
Les SW de type sommeil reflètent un ralentissement cortical et ont été détectées à partir de l’activité EEG.
*** Les erreurs d’omission/de commission, le temps de réaction (RT), la variabilité du RT, les rapports sur l’état mental et la somnolence subjective ont été analysés.
L’analyse de médiation a examiné si la densité de SW expliquait les différences de performance liées au TDAH.
Les individus atteints de TDAH présentaient plus d’erreurs de commission, MW et MB, plus d’oscillations thêta par rapport aux électrodes fronto-temporales et une densité SW (SW/minute) plus élevée par rapport aux électrodes pariétotemporales.
*** L’augmentation de la densité des SW était corrélée à une augmentation des erreurs d’omission, à un ralentissement des RT, à une plus grande variabilité des RT et à des taux élevés de somnolence. Les rapports sur le terrain étaient négativement corrélés avec la densité du SW.
*** L’analyse de médiation a révélé que :
___la densité de SW expliquait de manière significative les difficultés attentionnelles liées au TDAH.
Wake SW peut expliquer les difficultés attentionnelles dans le TDAH, fournissant un lien mécaniste potentiel entre les perturbations du sommeil et les fluctuations attentionnelles.
attention en éveil, trouble du déficit de l’attention/hyperactivité, états électroencéphaliques, ondes lentes