22/08/2026
Sophrologie formation IPEES Lyon
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22/08/2026
Exactement
02/07/2026
"La tâche majeure de l'homme devrait être de prendre conscience de ce qui, provenant de l'inconscient, se presse et s'impose à lui, au lieu d'en rester inconscient ou de s'y identifier. Car, dans ces deux cas, il est infidèle à sa vocation, qui est de créer de la conscience. Pour autant que nous soyons à même de le discerner, le seul sens de l'existence humaine est d'allumer une lumière dans les ténèbres de l'être pur et simple. Il ya même lieu de supposer que, tout comme l'inconscient agit sur nous, l'accroissement de notre conscience a, de même, une action en retour sur l'inconscient."
Jung , " ma vie "
Art : Boris Indrikov
17/06/2026
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Le debut de la fin, la fin du début…Quand arrêter une thérapie LA FIN DU DEBUT, LE DEBUT DE LA FIN,Quand arrêter une thérapie ?Y a-t-il une date buttoir dans la mesure où un travail psychique s’élabore sur toute une vie ? Le mot « fin » porte une charge émotionnelles forte. Chaque individu peut être inquiet des "fins" qui renvoient à une certaine...
11/06/2026
BORDERLINE OU LA CLINIQUE DE L’INDÉCIDABLE
Quand la limite ne sépare plus, mais devient le lieu même de la fracture
Joëlle Lanteri – Psychanalyste
I. Un mot venu du bord
Le terme borderline signifie littéralement : sur la ligne de bord, à la frontière.
Il naît dans le champ psychanalytique pour désigner des patients qui ne se laissaient pas facilement ranger dans les grandes catégories classiques : ni franchement névrotiques, ni franchement psychotiques.
L’expression apparaît d’abord chez Wilhelm Reich, en 1925, autour du caractère impulsif, puis elle est reprise dans son sens clinique par Adolph Stern, en 1938, lorsqu’il décrit un groupe de patients situés aux marges des névroses, difficiles à traiter par les cadres habituels de la cure.
Ce mot ne vient donc pas d’abord nommer un trouble spectaculaire.
Il vient dire une difficulté de repérage.
Le clinicien se trouve devant un sujet qui parle, qui raisonne, qui tient apparemment dans la réalité, mais chez qui quelque chose peut soudain se fissurer : l’amour devient haine, le jeu devient menace, la parole devient attaque, l’absence devient abandon, la frustration devient effondrement.
Le terme borderline a donc tenté de nommer ce qui échappait au classement.
Non pas une simple maladie nouvelle, mais une zone clinique instable, où le sujet se tient au bord de lui-même.
II. Remplacer quoi ?
Le terme borderline ne remplace pas exactement une ancienne catégorie.
Il vient surtout combler un embarras.
Pendant longtemps, la clinique psychanalytique s’est appuyée sur de grands repères : la névrose, la psychose, parfois la perversion. Or certains patients semblaient échapper à cette tripartition.
Ils n’étaient pas délirants au sens classique.
Ils ne présentaient pas toujours une perte massive du rapport à la réalité.
Mais ils n’avaient pas non plus l’organisation symbolique suffisamment stable de la névrose.
Chez eux, le conflit ne se présente pas seulement comme conflit entre désir et interdit.
Il se présente comme menace d’effondrement.
Ce n’est pas seulement :
« Ai-je le droit de désirer ? »
C’est plutôt :
« Vais-je survivre si l’autre se retire ? »
« Est-ce que j’existe encore si l’autre ne me répond pas ? »
« Est-ce que l’amour peut rester amour sans devenir emprise, rage ou désespoir ? »
C’est en cela que la notion d’état limite a trouvé sa place. En France, Jean Bergeret a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait ni d’une petite psychose, ni d’une grande névrose, ni d’un simple passage entre les deux, mais d’une organisation spécifique marquée par une fragilité narcissique et une dépendance anaclitique à l’objet.
Le borderline vient donc remplacer moins un diagnostic qu’un silence de la théorie.
Il nomme ce moment où les anciens cadres ne suffisent plus.
III. Une clinique de la fracture
La clinique borderline est une clinique de la fracture.
Fracture dans le narcissisme.
Fracture dans la continuité du moi.
Fracture dans la capacité à penser l’absence.
Fracture entre le dedans et le dehors.
Ce qui fait limite ne tient plus toujours. Le sujet peut être envahi par l’autre, ou au contraire vivre l’autre comme radicalement absent. Il oscille entre fusion et rejet, attachement et destruction, demande d’amour et sabotage du lien.
L’objet est appelé, puis attaqué.
Désiré, puis dévalorisé.
Idéalisé, puis détruit.
Ce que l’on appelle parfois le tout ou rien n’est pas un caprice. C’est souvent la trace d’un appareil psychique qui ne parvient pas à maintenir ensemble les contraires.
L’autre est tout bon ou tout mauvais.
La relation est sauvatrice ou persécutrice.
Le silence est paix ou abandon.
La différence est respiration ou trahison.
Le sujet ne peut pas toujours habiter l’entre-deux.
Or la vie psychique exige cet entre-deux : pouvoir aimer quelqu’un sans le posséder, pouvoir être frustré sans se sentir anéanti, pouvoir perdre momentanément l’objet sans croire que tout est perdu.
Dans la clinique borderline, cet espace intermédiaire se déchire.
IV. L’indécidable comme lieu psychique
Le mot le plus juste est peut-être celui-ci : l’indécidable.
Non pas parce que le sujet serait incapable de choisir, mais parce que certaines scènes internes ne sont pas suffisamment symbolisées pour devenir pensables.
Est-ce de l’amour ou de la violence ?
Est-ce un jeu ou une attaque ?
Est-ce une séparation ou une disparition ?
Est-ce une parole ou une effraction ?
Est-ce un désir ou une menace ?
L’indécidable ne relève pas seulement de l’hésitation.
Il relève d’une zone psychique où les frontières n’ont pas été assez constituées.
Dans ces zones, le sujet ne sait plus s’il est aimé ou détruit. Il ne sait plus s’il veut rejoindre l’autre ou l’attaquer. Il ne sait plus si la scène qu’il vit est actuelle ou ancienne.
Le présent réactive des scènes primitives, parfois muettes, parfois énigmatiques, qui n’ont jamais été véritablement pensées.
C’est là que la clinique devient difficile : le sujet souffre d’un excès d’intensité, mais aussi d’un défaut de traduction.
Quelque chose a eu lieu, mais n’a pas trouvé ses mots.
V. Quand l’indécidable ne vient pas seulement de l’enfant
Il faut alors déplacer la question.
Dans certaines cliniques dites borderline, l’indécidable n’est pas seulement dans l’enfant. Il peut d’abord avoir été logé dans le lien premier, dans l’ambivalence maternelle, dans une zone d’angoisse retenue par la mère, puis déposée dans l’enfant.
L’enfant ne naît pas seul dans son monde psychique. Il naît dans un bain d’affects, de regards, de gestes, d’attentes, de projections, de silences, de refus parfois inavouables.
La psychanalyse a ici toute sa place, précisément parce qu’elle ne se contente pas de nommer un trouble. Elle tente de soutenir la symbolisation là où quelque chose est resté hors langage, hors représentation, hors récit.
Dans nombre de cliniques dites borderline, ce qui apparaît au premier plan n’est pas seulement une instabilité du sujet, ni une difficulté à supporter l’absence de l’autre.
Ce qui se laisse entendre plus profondément, c’est parfois la trace d’une ambivalence maternelle originaire, trop massive, trop dangereuse, trop peu symbolisée pour avoir pu être métabolisée par l’enfant.
Il ne s’agit pas d’accuser la mère.
Il s’agit d’entendre ce qui, dans certains liens précoces, a pu transmettre à l’enfant une contradiction impossible à penser.
La mère aime, mais elle rejette.
Elle protège, mais elle menace.
Elle nourrit, mais elle dévitalise.
Elle attache, mais elle veut fuir.
Elle donne la vie, mais quelque chose en elle peut aussi souhaiter que cette vie cesse de lui demander autant.
Ce point est délicat, mais central : dans certaines histoires, le désir de mort de l’enfant par la mère peut être un déclencheur psychique majeur.
Non pas toujours un désir conscient, formulé, assumé, mais une zone obscure, une haine fugitive, une fatigue meurtrière, un rejet archaïque, une envie que l’enfant disparaisse comme charge, comme dépendance, comme rappel insupportable.
L’enfant ne reçoit pas seulement des soins.
Il reçoit aussi l’état interne de celle qui le soigne.
Lorsque la mère est traversée par une ambivalence trop violente — aimer cet enfant et vouloir s’en défaire, le garder et l’éloigner, le porter et le rejeter — l’enfant peut devenir le lieu où se dépose cet indécidable.
Il ne sait plus ce qu’il est pour l’autre.
Est-il attendu ou de trop ?
Est-il aimé ou haï ?
Est-il vivant pour réjouir ou vivant pour encombrer ?
Est-il un enfant ou une menace ?
Est-il un objet d’amour ou un objet d’effondrement pour sa mère ?
C’est là que la fracture commence.
VI. L’enfant contaminé par l’angoisse maternelle
Dans cette perspective, l’indécidable n’appartient pas d’abord à l’enfant. Il peut être celui de la mère, celui du lien d’attachement, celui d’un amour traversé par une menace de rejet ou de mort.
L’enfant, ne pouvant pas encore penser ce qui lui arrive, l’incorpore.
Il devient porteur d’une angoisse qui n’est pas entièrement la sienne.
Il devient le contenant d’un conflit maternel non symbolisé.
Il devient le lieu vivant d’une ambivalence que personne n’a pu dire.
Ce qui aurait dû rester dans la psyché maternelle comme conflit, culpabilité, fatigue, haine passagère ou détresse, vient se loger dans l’enfant sous forme de trou, de tension, de menace interne.
L’enfant grandit alors avec une question sans phrase :
« Ai-je vraiment le droit d’exister ? »
Cette question peut rester muette pendant des années.
Elle ne se présente pas toujours comme une idée.
Elle se manifeste dans les liens, dans les ruptures, dans les paniques d’abandon, dans les attaques contre l’objet aimé, dans les conduites autodestructrices, dans la peur de dépendre, dans l’impossibilité de croire durablement à l’amour.
L’autre est recherché comme garant de vie, mais aussi redouté comme possible meurtrier psychique.
Car si le premier objet d’attachement a été vécu comme ambivalent, l’amour lui-même devient suspect.
VII. Les zones non symbolisées
Dans la clinique borderline, une part du vécu reste en dehors de la symbolisation.
Ce ne sont pas toujours des souvenirs précis.
Ce sont parfois des climats, des sensations, des atmosphères : insécurité, menace d’abandon, absence de réponse, intrusion, chute, honte, vide.
Le sujet ne se souvient pas toujours.
Mais il répète.
Il répète dans le lien.
Il répète dans le transfert.
Il répète dans les ruptures, les appels, les silences, les colères, les effondrements, les demandes impossibles.
Ce qui n’a pas été symbolisé revient sous forme d’acte, d’angoisse, de coupure, de crise, de plainte somatique, de relation impossible.
André Green a beaucoup travaillé cette question de la limite : limite entre dedans et dehors, entre inconscient et préconscient, entre présence et absence. Dans les états limites, cette double limite peut faire défaut, ouvrant sur une difficulté à symboliser la perte et l’absence.
Mais ce défaut de limite n’est pas seulement une abstraction métapsychologique.
Il peut avoir été vécu dans le corps même du lien.
L’enfant a pu être pris dans une relation où la mère elle-même ne savait plus ce qu’elle éprouvait : amour, rejet, fatigue, dépendance, haine, culpabilité, terreur de l’enfant, terreur pour l’enfant.
L’enfant reçoit alors une limite trouée.
Une limite qui ne protège pas.
Une limite qui ne traduit pas.
Une limite qui ne sépare pas suffisamment le désir de la mère de l’existence de l’enfant.
Le sujet borderline n’est donc pas seulement un sujet instable.
C’est un sujet chez qui la limite n’a pas suffisamment protégé la pensée.
VIII. Quand l’attachement dévitalise
L’enfant a besoin de s’attacher pour vivre. Mais si l’objet d’attachement est traversé par une ambivalence non pensée, alors l’attachement devient aussi une zone de danger.
Ce n’est plus seulement :
« J’ai besoin de toi. »
C’est :
« J’ai besoin de toi, mais ton besoin de moi m’étouffe. »
« J’ai besoin de ton amour, mais ton amour peut se retourner contre moi. »
« Je dois m’attacher pour survivre, mais m’attacher me met en péril. »
Le lien primaire ne sécurise plus suffisamment. Il devient une scène d’alerte.
L’enfant peut alors développer une hypervigilance affective. Il guette les signes. Il surveille l’humeur, le silence, la distance, la voix, le regard.
Il devient lecteur de l’autre avant d’être sujet de lui-même.
Il cherche à savoir :
est-ce que l’autre va rester ?
est-ce que l’autre va disparaître ?
est-ce que l’autre va aimer ?
est-ce que l’autre va détruire ?
Cette incertitude première contamine ensuite toutes les sphères de la vie psychique.
Le couple, l’amitié, le travail, la sexualité, la parentalité, la relation thérapeutique : partout peut se rejouer cette scène primitive où l’amour n’est jamais entièrement séparé de la menace.
IX. Le jeu qui devient violence
Une scène apparemment banale peut soudain basculer.
Une plaisanterie devient humiliation.
Un re**rd devient abandon.
Un silence devient rejet.
Une distance devient meurtre psychique.
Une parole maladroite devient preuve que l’autre n’aime pas.
Ce basculement est central.
Dans une organisation plus névrotique, le sujet peut fantasmer, différer, interpréter, douter, reprendre.
Dans les zones limites, la scène peut devenir immédiatement réelle. Le fantasme colle à la perception. La peur interne se dépose sur l’autre.
L’autre n’est plus seulement celui qui a parlé.
Il devient celui qui abandonne, attaque, trahit, détruit.
La scène actuelle est contaminée par une scène ancienne.
C’est pourquoi la clinique borderline est aussi une clinique du malentendu radical. Le sujet ne réagit pas seulement à ce qui se passe. Il réagit à ce que la scène réveille en lui.
Et ce que la scène réveille, parfois, c’est l’ancien indécidable du premier lien : l’amour est-il encore amour, ou devient-il menace ? L’autre est-il présent, ou va-t-il disparaître ? Me regarde-t-il pour me reconnaître, ou pour m’envahir ? Me parle-t-il pour me rejoindre, ou pour me détruire ?
Le sujet ne peut pas toujours suspendre la scène.
Il ne peut pas encore dire : « ceci me rappelle quelque chose ».
Il est dans la scène.
Il est repris par elle.
Il en devient le théâtre vivant.
X. Amour et destruction
L’amour, dans cette clinique, peut être intensément recherché, mais difficilement supporté.
Car aimer, c’est dépendre.
Et dépendre, c’est risquer la chute.
Le lien devient alors à la fois vital et dangereux. L’autre est nécessaire pour se sentir exister, mais cette nécessité même devient insupportable.
Le sujet peut chercher à contrôler, provoquer, vérifier, tester, attaquer, pour savoir si l’autre reste.
Mais plus il teste, plus il menace le lien.
Plus il menace le lien, plus il confirme sa terreur d’être abandonné.
Ainsi se construit une boucle tragique :
le sujet détruit parfois ce dont il a le plus besoin.
Ce n’est pas qu’il ne veut pas aimer.
C’est qu’aimer le met au bord du gouffre.
Dans cette perspective, l’amour adulte rejoue parfois la scène première : celle d’un attachement vital à un objet vécu comme instable, ambivalent, potentiellement dévitalisant.
Le sujet ne demande pas seulement à être aimé.
Il demande à l’autre de démentir l’ancienne menace.
Dis-moi que je n’étais pas de trop.
Dis-moi que je peux exister sans t’effondrer.
Dis-moi que mon besoin ne va pas te détruire.
Dis-moi que ta présence ne va pas se retourner contre moi.
Dis-moi que l’amour n’est pas le premier visage de la mort.
Mais aucune réponse ne suffit durablement, tant que la scène reste non symbolisée.
L’autre peut rassurer, mais le trou aspire encore.
L’autre peut rester, mais l’absence ancienne continue de parler.
L’autre peut aimer, mais l’amour reste contaminé par une mémoire d’angoisse.
XI. Vie et mort dans le même geste
La clinique borderline oblige à entendre la proximité entre pulsion de vie et pulsion de mort.
Le même geste peut appeler et repousser.
La même parole peut demander secours et blesser.
La même crise peut vouloir sauver le lien et le mettre en péril.
Il y a là une logique paradoxale :
« Ne me quitte pas, mais je vais te pousser à bout pour vérifier que tu restes. »
« Aime-moi, mais je vais te faire payer le pouvoir que tu as sur moi. »
« Regarde-moi, mais ton regard me persécute. »
« Approche, mais si tu approches trop, tu m’envahis. »
Ce n’est pas une contradiction superficielle.
C’est une fracture structurale.
Le sujet ne dispose pas toujours d’un espace interne assez solide pour tenir ensemble la dépendance et la séparation, l’amour et la haine, la présence et l’absence.
La vie et la mort ne sont pas encore suffisamment séparées dans l’expérience du lien.
Vivre, c’est dépendre de l’objet.
Mais dépendre de l’objet, c’est aussi risquer d’être détruit par lui.
Dès lors, la relation devient ce lieu impossible où le sujet cherche à être sauvé par ce qui lui fait peur.
XII. La psychanalyse comme soutien de symbolisation
C’est ici que la psychanalyse devient essentielle.
Elle ne vient pas simplement calmer le symptôme.
Elle vient offrir un lieu où l’indécidable peut commencer à se dire.
La cure permet parfois de transformer une angoisse brute en représentation. Elle soutient le passage de l’acte à la parole, de la répétition au récit, de la crise au sens possible.
Ce qui était vécu comme une évidence corporelle — « je vais être abandonné », « je vais mourir », « l’autre va me détruire » — peut peu à peu être relié à une scène ancienne, à une atmosphère, à un mode de lien, à une ambivalence jamais symbolisée.
La psychanalyse ne force pas le sujet à choisir entre amour et haine.
Elle lui permet d’abord de reconnaître que les deux ont pu coexister dans le lien primaire.
Et c’est déjà considérable.
Car ce qui rend fou, ce n’est pas seulement la haine.
C’est l’impossibilité de savoir si l’on est aimé ou haï par celui ou celle dont on dépend pour vivre.
Ce qui fracture, ce n’est pas seulement l’abandon.
C’est l’attachement à un objet qui peut, dans le même mouvement, donner vie et retirer la vie.
Le travail analytique consiste alors à créer un espace où cette contradiction ne soit plus seulement agie, mais pensée.
Il ne s’agit pas de plaquer trop vite une interprétation.
Il ne s’agit pas de dire au sujet ce qu’il aurait vécu à sa place.
Il s’agit de tenir un cadre où l’angoisse puisse se déposer sans immédiatement détruire le lien.
Il s’agit de permettre qu’un affect sans bord trouve peu à peu une forme.
Il s’agit de soutenir la capacité à différer, à symboliser, à entendre que la scène actuelle n’est peut-être pas toute la scène.
La psychanalyse travaille précisément dans cet espace : là où l’acte venait remplacer la pensée, là où l’explosion venait remplacer la parole, là où la répétition venait remplacer la mémoire.
XIII. La fracture comme héritage d’un non-dit
La clinique borderline peut ainsi être entendue comme une clinique de la fracture transmise.
Fracture dans l’objet maternel.
Fracture dans l’attachement.
Fracture dans la possibilité de se sentir légitime à vivre.
Fracture dans la confiance accordée au lien.
Ce que l’enfant porte, ce n’est pas seulement son propre désordre. C’est parfois le reste non élaboré d’une mère elle-même traversée par l’angoisse, la dépression, la haine, la culpabilité, l’épuisement ou le désir d’échapper à l’enfant.
L’indécidable maternel devient alors l’indécidable de l’enfant.
Il ne sait pas s’il doit vivre pour réparer la mère, disparaître pour la soulager, se faire aimer pour être sauvé, ou attaquer pour ne pas être détruit.
Dans cette confusion, toutes les sphères psychiques peuvent être contaminées.
Le désir se dévitalise.
La pensée se fracture.
Le lien devient dangereux.
Le corps devient le lieu d’une tension sans mots.
La relation devient une scène où se rejoue sans cesse la question première :
« Suis-je accueilli dans la vie, ou suis-je de trop dans le désir de l’autre ? »
C’est peut-être là que la notion de borderline retrouve sa profondeur psychanalytique : non pas comme diagnostic de surface, mais comme trace d’une limite qui n’a pas pu se constituer parce que le premier lien portait déjà en lui une contradiction mortifère.
XIV. Pourquoi reprendre ce terme aujourd’hui ?
Le terme borderline est souvent devenu une étiquette rapide, parfois disqualifiante.
On dit d’une personne qu’elle est borderline comme on dirait qu’elle est excessive, instable, ingérable.
C’est une erreur clinique.
Le terme gagne à être repris autrement : non comme insulte diagnostique, mais comme repère structural.
Il permet de penser des sujets qui ne relèvent pas seulement du symptôme, mais d’une difficulté plus profonde à maintenir les limites internes.
Il permet de penser des organisations où la pensée est menacée par le débordement affectif, par les failles narcissiques, par des scènes non symbolisées.
Il permet aussi de ne pas confondre violence et méchanceté, instabilité et manipulation, effondrement et mauvaise volonté.
Mais il faut ajouter ceci : il permet aussi de penser que le sujet ne fabrique pas seul son indécidable.
Il peut en être l’héritier.
Il peut porter la part irreprésentée d’un lien premier.
Il peut rejouer, dans ses relations adultes, une question ancienne qui n’a jamais été entendue :
étais-je désiré, ou étais-je de trop ?
La clinique borderline ne demande donc pas seulement :
« Quel symptôme présente ce sujet ? »
Elle demande :
« Qu’est-ce qui, en lui, n’a pas pu faire bord ? »
« Quelle absence n’a pas pu être symbolisée ? »
« Quelle fracture narcissique continue de s’ouvrir dans le lien ? »
« Quelle scène ancienne revient sous la forme d’un présent impossible ? »
« Quelle ambivalence maternelle a pu se loger en lui comme zone d’angoisse ? »
« Quelle part de l’autre continue de vivre en lui sans avoir été pensée ? »
XV. Une clinique du bord
Le borderline n’est pas seulement celui qui est “entre” névrose et psychose.
C’est celui qui vit au bord :
au bord du lien,
au bord de l’effondrement,
au bord de l’abandon,
au bord de la rage,
au bord du vide,
au bord de l’amour.
Il ne s’agit donc pas de coller une catégorie sur un sujet.
Il s’agit de comprendre comment le sujet tente de survivre dans une organisation où les frontières internes restent fragiles.
La clinique de l’indécidable est celle d’un être pour qui certaines distinctions essentielles ne sont jamais définitivement acquises : moi et l’autre, amour et menace, absence et disparition, jeu et violence, désir et destruction.
C’est une clinique de la limite, mais aussi de la tentative de faire limite.
Car le sujet borderline ne cesse pas de chercher un bord.
Il le cherche dans l’autre, dans le cadre, dans le transfert, dans la parole, dans la répétition, parfois dans la crise.
L’enjeu thérapeutique n’est pas de le forcer à choisir trop vite entre amour et haine, présence et absence, vie et mort.
L’enjeu est de rendre pensable ce qui, jusque-là, ne pouvait qu’être agi.
Et peut-être est-ce cela, au fond, reprendre cliniquement le terme borderline : ne plus entendre seulement un trouble de la personnalité, mais une souffrance de la limite, là où le sujet tente de faire tenir ensemble ce qui, en lui, menace sans cesse de se séparer.
La psychanalyse ne répare pas magiquement cette fracture.
Mais elle peut offrir un lieu où l’enfant devenu adulte cesse peu à peu d’être le dépositaire muet de l’indécidable maternel.
Un lieu où ce qui a été agi peut devenir pensable.
Un lieu où ce qui était incorporé peut devenir représenté.
Un lieu où le sujet peut commencer à se séparer de l’angoisse de l’autre.
Et peut-être, enfin, ne plus avoir à prouver qu’il a le droit d’être vivant.
11/05/2026
🌏 𝐂𝐨𝐧𝐟𝐞́𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐠𝐫𝐚𝐭𝐮𝐢𝐭𝐞
Un seul vivant, une seule santé : quand le corps et l’esprit racontent la même histoire ➡️ c'est la thématique de la conférence du Pr Cyril Tarquinio : "Une seule santé, un seul vivant".
Info et inscription ici 👉 https://my.weezevent.com/un-seul-vivant-une-seule-sante
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✅ En s’inscrivant dans une approche One Health, le Pr Cyril Tarquinio replacera la santé (en particulier celle des jeunes adultes) dans un écosystème global : le corps, le cerveau, les relations sociales, le travail, l’environnement et la société.
⚠️ : 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑒̂𝑡𝑒𝑠 𝑎𝑑ℎ𝑒́𝑟𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑀𝐺𝐸𝑁 ? 𝑉𝑒́𝑟𝑖𝑓𝑖𝑒𝑧 𝑣𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑏𝑜𝑖𝑡𝑒 𝑚𝑎𝑖𝑙, 𝑑𝑒𝑠 𝑝𝑙𝑎𝑐𝑒𝑠 𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑟𝑒́𝑠𝑒𝑟𝑣𝑒́𝑒𝑠.
11/05/2026
Honneur au riche parcours d’une très belle dame …
Merci Lenaïc Boucher pour cette interview
Hors-série #10 La sophrologie, un pilier de la niaque avec Ghariba Akrouche & Sandra Arnaud Gardair 🎙️ Épisode #10 — La sophrologie, un pilier de la niaque Tout a commencé par une célébration. Ghariba venait de décrocher son Master — en secret. 250 pages écrites seule les week-ends, sans en parler à personne, pas même à Sandra. Le jour où elle a annoncé la nouvelle, on a fêté...
10/05/2026
Nouvelle formule de formation
Changement de formule pour la formation en sophrologie: un samedi de formation en présentiel par mois, complétée par deux sessions mensuelles de 2 heures en soirée (18h – 20h). Ces sessions pourront être suivies soit en présentiel, soit en visioconférence.
Dpuis sa création, notre institut proposait une formation en présentiel, à raison d’un week-end par mois. Nous avons constaté que ce format pouvait s’avérer contraignant, tant sur le plan de l’organisation familiale que de la fatigue, notamment pour les personnes en activité ne disposant d’aucun temps de repos durant le week-end. Par ailleurs, des coûts supplémentaires pouvaient s’ajouter pour les apprenants venant de loin, notamment en matière d’hébergement.
Pour autant, il nous paraît essentiel de préserver une majeure partie de présentie dans notre enseignement. Cela est indispensable aux ateliers pratiques, à la qualité du lien entre les participants, ainsi qu’aux échanges informels, au cours desquels de nombreuses questions techniques et psychologiques sont soulevées etc..). Nous avons donc fait évoluer notre organisation en maintenant un samedi de formation en présentiel par mois, complétée par deux sessions mensuelles de 2 heures en soirée (18h – 20h). Ces sessions pourront être suivies soit en présentiel, soit en visioconférence.
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