07/10/2026
Manifestations lycéennes : Platon, autorité et management
266 000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur, 450 000 selon les organisateurs. Des centaines de lycées perturbés ou bloqués. Des revendications sur les professeurs absents, les classes surchargées, l'état de certains établissements, Parcoursup et les inégalités entre lycées.
Mais aussi des violences, des dégradations, des affrontements avec les forces de l'ordre et des centaines d'interpellations.
Ce qui se passe actuellement dans les lycées français mérite mieux que les caricatures.
Non, ces jeunes ne manifestent pas simplement parce qu'ils " ne respectent plus l'autorité ". Leurs revendications sont souvent très concrètes et certaines difficultés qu'ils dénoncent sont parfaitement documentées.
Mais l'inverse est également vrai : avoir une revendication légitime ne légitime pas tous les comportements commis en son nom.
Et c'est précisément là que Platon devient intéressant.
Depuis quelques jours, on voit beaucoup circuler sur les réseaux sociaux une prétendue citation de Platon commençant par " Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants... ".
Cette citation est fausse.
En revanche, ce que Platon écrit réellement dans le livre VIII de La République est beaucoup plus intéressant que cette caricature.
Il décrit une société dans laquelle la liberté finit progressivement par être confondue avec le refus de toute contrainte. Le père n'ose plus exercer son autorité, " le maître craint et flatte ses élèves ", la règle devient suspecte parce qu'elle limite et toute autorité finit par être assimilée à une domination.
Puis vient son paradoxe :
Liberté sans limites → rejet de toute autorité → désordre → demande d'un protecteur → concentration du pouvoir → tyrannie.
Platon ne parlait évidemment pas de la France de 2026. Et utiliser son texte pour expliquer que " les jeunes n'obéissent plus " serait précisément passer à côté de sa pensée.
La question qu'il pose est bien plus dérangeante :
Que devient un collectif lorsque plus aucune limite n'est considérée comme légitime ?
Et surtout, que se passe-t-il lorsque ceux qui sont chargés d'incarner l'autorité n'osent plus réellement l'exercer ?
Cette question vaut pour un lycée.
Elle vaut pour une société.
Et elle vaut aussi pour l'entreprise.
Parce qu'en management, nous avons eu raison de sortir du modèle du chef autoritaire qui décide de tout et exige l'obéissance. Mais, dans certaines organisations, nous sommes parfois allés jusqu'à confondre autonomie et absence de cadre.
Le manager doit écouter, convaincre, coconstruire, embarquer, obtenir l'adhésion. Très bien.
Mais il doit aussi, parfois, décider.
Dire non.
Fixer une limite.
Recadrer.
Et assumer que toutes les décisions ne peuvent pas être négociées jusqu'à ce que chacun soit satisfait.
Car le vide d'autorité ne reste jamais vide. Lorsque l'autorité officielle s'efface, quelqu'un d'autre finit par occuper l'espace : un leader informel, un groupe, une idéologie, une personnalité plus forte ou simplement celui qui parle le plus fort.
Le sujet n'est donc pas d'opposer autorité et liberté.
Le véritable enjeu est de construire une autorité suffisamment légitime pour que la liberté puisse continuer à exister.
C'est le sujet de mon nouvel article : j'y reviens sur le véritable texte de Platon, les événements actuels et ce qu'ils peuvent nous apprendre sur notre façon de manager aujourd'hui.
👉 « Manifestations lycéennes : Platon, autorité et management »
https://www.quasar-coaching.fr/blog-manifestations-lyceennes-platon-autorite-management.html
Quasar Lille propose des formations courtes en management et des ateliers pratiques pour managers à Lille, en inter ou intra, avec accompagnement ciblé selon les situations.