15/07/2026
Et oui! Notre corps n'est pas une seulement une machine. Ménageons- le . Il nous en remerciera.
LA SIESTE DE MIDI
En juillet, il y avait une heure où le village entier s'arrêtait de vivre. Celle où le soleil tapait trop fort pour qu'on puisse encore travailler.
On était parti aux champs à l'aube, avant la chaleur, pour profiter des heures fraîches. Vers midi, on rentrait manger, et là, plus personne ne ressortait. Les volets se fermaient sur les maisons de pierre, les rues se vidaient, les bêtes cherchaient l'ombre. Le silence tombait sur le village, coupé seulement par les cigales et le tic-tac d'une horloge.
Chacun s'affalait où il pouvait, dans la pénombre. Le grand-père dans son fauteuil, la tête basculée en arrière, le journal glissé sur les genoux. Les hommes allongés à même le carrelage frais de la cuisine, ou sur un banc à l'ombre de la grange. Les enfants qu'on obligeait à s'étendre, et qui chuchotaient jusqu'à s'endormir malgré eux.
Ce n'était pas de la paresse : c'était de l'intelligence. On avait compris depuis toujours qu'on ne lutte pas contre le soleil de midi, qu'on l'attend. Et vers quatre ou cinq heures, quand l'ombre s'allongeait enfin, tout le monde ressortait et le travail reprenait jusqu'au soir.
Aujourd'hui les horaires de bureau ignorent la course du soleil, et l'on travaille à midi comme à neuf heures, climatisation allumée. La chaleur, elle, n'a pas changé. C'est notre façon de lui obéir qui s'est perdue.