25/08/2026
Zinoviev et Kamenev avaient été parmi les plus fidèles lieutenants de Lénine pendant toutes les années précédent la révolution russe de 1917.
Lénine s’appuyait beaucoup sur eux pour faire de la vulgarisation du marxisme, de l’agitation et de la propagande. Comparés à eux, Staline avait un rôle complètement secondaire ces années-là.
Dans le feu de l’année 1917, la vieille garde du parti bolchévik, et en premier lieu Zinoviev et Kamenev, est souvent effrayée par la radicalité de Lénine.
A plusieurs moments-clés, ils s’opposent à lui, et Lénine l’emporte en menant une bataille acharnée pour remporter la majorité du parti. L’occasion de souligner la différence avec le culte de la personnalité qui prévaudra sous Staline.
A l’inverse, Trotski, qui avait été très opposé à Lénine dans les querelles de tendance les années précédentes, se retrouve complètement aligné avec lui sur les priorités du moment, et se retrouve propulsé second de Lénine.
Cela explique en partie une certaine rancœur qu’ont eu les vieux leaders bolchéviks contre Trotski, comme Zinoviev et Kamenev.
Et comme Staline, qui n’avait qu’un rôle marginal en 1917, mais qui s’est trouvé à des postes clé d’organisation du nouvel l’État, et qui s’est trouvé très à l’aise dans le rôle de bureaucrate pouvant donner des ordres à toute une chaîne de commandement sans avoir besoin d’être reconnu par la qualité de ses analyses marxistes ou sa capacité à convaincre les masses, comme les autres.
D’où le fait que lorsque Trotski a commencé à émettre des critiques sur la ligne politique, et que Lénine n’était plus là, Zinoviev et Kamenev ont fait bloc avec Staline (“Troïka”, 1923).
A ce moment-là, Staline paraissait encore très secondaire, par rapport au prestige des deux autres, qui pensaient pouvoir l’utiliser facilement.
Mais les rapports de force ne fonctionnaient plus comme des débats d’idées dans un parti ordinaire.
La guerre civile avait produit un nouvel État victorieux, mais autoritaire.
Dirigé par une génération de révolutionnaires, avec des principes démocrates et socialistes, mais aussi par toute une série de petits-bourgeois ordinaires, là parce que l’État avait besoin d’eux et parce que c’était une meilleure situation qu’ouvrier ou paysan.
Avec le temps, le poids de l’appareil et de sa volonté de conservation de ses privilèges l’emporte.
Staline incarnait ce conservatisme. Face à ceux qui voulaient mettre les (faibles) forces du nouvel État dans la révolution mondiale, il disait qu’il fallait déjà “construire le socialisme” en Russie (donc “dans un seul pays”), et cela lui valait le soutien de tous ceux qui voulaient simplement j***r de leur (relatif) privilège dans un pays à bout.
Zinoviev et Kamenev n’étaient pas comparables à Staline. Ils incarnent plutôt le flottement des principes qu’il peut y avoir chez tout militant.
Ils se sont alliés momentanément à Staline, pour de mauvaises raisons mais sans avoir voulu la suite.
D’ailleurs, moins de deux ans plus t**d ils se rapprochent de Trotski et forment avec lui l’Opposition unifiée (1926).
Mais Staline avait déjà des appuis trop profonds dans l’appareil. Avec des foules ouvrières en période révolutionnaire, les Zinoviev et Trotski l’auraient emporté largement. Mais les ouvriers avaient été décimés et démoralisés par les difficultés de la révolution.
Seuls face à l’appareil, peu importait d’avoir raison ou d’être bon orateur.
Zinoviev et Kamenev ont rapidement capitulé devant Staline. Trotski s’est obstiné à dénoncer la dérive autoritaire (dans laquelle il a certes une part de responsabilité, de par les mesures que lui et Lénine ont prises pendant la guerre civile).
Cela lui a valu d’être exilé en 1928. Paradoxalement, c’est ce qui lui a donné un répit, car ceux restés en URSS, ont dans les années suivantes subi la paranoïa sanglante de Staline.
Prenant prétexte d’un assassinat, Staline fait arrêter sans preuve tout un groupe
« terroriste trotskyste-zinoviéviste », dont Zinoviev et Kamenev.
Mais ce ne sont que deux exemples individuels. Ce qu’a fait Staline, c’est un anéantissement de la vieille garde qui avait fait la révolution. Dans la grande majorité des cas, ceux-ci étaient tellement terrorisés ou sans espoir qu’ils ne le menaçaient en rien. Mais peu importe, Staline aura été l’instrument de la contre-révolution.