03/14/2026
LE RESSENTI BIOLOGIQUE
Dans plusieurs approches, notamment la théorie polyvagale ou encore la méthode TRE, on distingue le vécu rationnel ou narratif du vécu biologique ou neurophysiologique. Le ressenti biologique correspond à la manière dont le système nerveux perçoit une situation, au niveau de sécurité ou de menace inscrit dans le corps, ainsi qu’aux réactions automatiques de survie qui peuvent s’activer. Il s’agit d’un ressenti pré-verbal, immédiat et corporel, qui peut être totalement indépendant de ce que la personne pense consciemment. Ainsi, une personne peut se dire : « Cet homme est gentil, je suis en sécurité », alors que son corps peut simultanément manifester une contraction du bassin, une accélération cardiaque, de la dissociation, une envie de fuir ou encore une sensation de gel intérieur. Dans ce cas, le ressenti biologique est celui du danger, même si le mental conclut à la sécurité. Le système nerveux agit alors en fonction de sa mémoire implicite.
D’un point de vue évolutif, la survie dépend de réactions rapides, et le cerveau archaïque agit avant le cortex rationnel. On parle souvent, dans ce contexte, de neuroception, un concept développé par Stephen Porges pour décrire la capacité du système nerveux à détecter les signaux de sécurité, de danger ou de menace vitale sans passer par la pensée consciente. C’est précisément à ce niveau que le TRE intervient. Les tremblements neurogéniques permettent de libérer des tensions de survie accumulées, d’aider le système nerveux à sortir d’états de figement et de réorganiser la perception corporelle de sécurité. Autrement dit, le TRE ne travaille pas avec l’histoire racontée, mais avec l’histoire inscrite dans les tissus et dans le système nerveux autonome.
Concrètement, lorsqu’une personne a vécu de la violence, une peur intense ou une menace sexuelle ou vitale, le corps peut rester bloqué dans des schémas de protection tels qu’une contraction profonde du psoas, un hyper-tonus pelvien, une activation sympathique chronique ou, à l’inverse, un état d’effondrement dorsal vagal, et ce même des années plus t**d. Le rationnel peut dire : « c’est fini », alors que le système nerveux continue de vivre : « c’est maintenant ». Dans cette perspective, le TRE peut être compris comme un dialogue direct avec le ressenti biologique. Les tremblements permettent de décharger l’énergie de défense restée inachevée, de restaurer la mobilité neurophysiologique et d’actualiser la perception du présent. Progressivement, le corps apprend que le danger est passé, et la neuroception se transforme.
Au fil du travail, certaines transformations deviennent possibles : le bassin devient plus vivant, la respiration descend naturellement, la présence corporelle s’approfondit et la capacité de relation s’ouvre. Le ressenti biologique peut alors évoluer, passant d’une association, par exemple, entre sexualité et menace à une expérience de sensation, de choix et de plaisir possible. Ce changement ne vient pas d’une décision mentale, mais d’une réorganisation du système nerveux. En ce sens, une idée essentielle peut être retenue : on ne guérit pas seulement en comprenant, on guérit lorsque le corps commence à ressentir différemment.