26/06/2026
L'excellence scolaire de certains établissements privés se justifie -t-elle uniquement par le niveau élevé des élèves recrutés ?
Les mauvais résultats de certains établissements privés se justifient -ils uniquement par le niveau bas des élèves recrutés ?
Chaque année, après la proclamation des résultats des examens scolaires (BEPC, baccalauréat...), il y a toujours un groupe d'individus pour justifier les résultats excellents de certains établissements privés par la seule sélection de meilleurs élèves lors du recrutement, et également les mauvais résultats d'autres établissements privés par le seul fait d'avoir reçu des élèves de faible niveau.
Ce raisonnement est un vrai camouflage des bonnes pratiques et conditions exceptionnelles des établissements d'excellence et des mauvaises pratiques et conditions des établissements ayant de faibles taux de réussite.
En pédagogie, en sociologie de l'éducation, en philosophie de l'éducation...tout s'explique aisément sans camouflage !
Dans le domaine social ou commercial, on ne peut pas dire qu'une institution ou entreprise donnée a de bons rendements ou de bons chiffres d'affaires parce qu'elle reçoit de grands clients ou de clients riches, sans au préalable se poser la question suivante : "Pourquoi cette institution ou entreprise reçoit -elle de grands clients ?". La vraie intention de réflexion se trouve dans cette question ! Si vous ouvrez par exemple votre restaurant et vous n'avez ni rigueur dans l'hygiène, ni sécurité alimentaire, ni confort, ni menus exceptionnels attrayants... c'est bien normal que votre restaurant n'attire pas les personnes nanties et les personnes aimant l'hygiène ! En ce moment il ne vous sert à rien de déverser votre mécontentement sur les meilleurs restaurants ayant les bonnes conditions ! Il vous suffit juste d'appliquer ce que les autres font de meilleur et d'exceptionnel !
Cet exemple illustre parfaitement la concurrence entre établissements privés qui sont aussi des entreprises commerciales en plus d'être des entreprises sociales. Ce sont les bonnes conditions exceptionnelles qui attirent les élèves vers les établissements d'excellence qui ont par conséquent le choix à faire ! Si votre établissement n'a pas de bonnes conditions, vous n'avez pas de choix à faire que de ramasser les dossiers rejetés ailleurs !
Pour justifier mes propos, je prends mon expérience sur le public et le privé.
J'ai enseigné au public et aussi au privé. Et quand je suis revenu à l'ÉNS pour ma formation au conseillat, j'ai eu l'occasion de faire 2 ans de vacation (au cours de cette formation professionnelle) au Collège Saint Joseph Moukassa (CSJM) de Koudougou., un établissement de grande renommée ! Voici ce que j'ai pu retenir comme différences notables entre le CSJM et beaucoup d'autres établissements privés du pays :
***Le CSJM est un établissement clôturé avec des bâtiments bien construits. Chaque matin, des éléments de la vie scolaire se mettent à la porte pour l'accueil et le contrôle des élèves. On n'y entre pas au hasard, de façon indécente, sans tenue scolaire. Les re**rdataires sont en même temps pris en charge. Même l'enseignant est très souvent accueilli avec un sourire. Et personnellement, j'avais honte de venir en re**rd pour croiser un tel sourire sans reproche. De l'autre côté, des établissements publics et privés ne sont pas clôturés. On y entre par où on veut et on y sort par où on veut. Les bâtiments sont sont très souvent inachevés et mal construits. La vie scolaire ne peut même pas avoir un contrôle sur tous les élèves qui y arrivent. Les paysans peuvent bien traverser l'établissement à moto ou à taxi-moto. N'importe qui peut rentrer dans l'établissement pour une cause non réglementaire. On ne se sent donc pas dans un environnement sain, sécurisé et contrôlable comme au CSJM !
C'est en ce moment que j'ai compris que la discipline et la rigueur commencent dès le contrôle à la porte unique (d'un établissement clôturé) où tout le monde doit passer pour accéder à l'intérieur ! Également, les élèves et les travailleurs se sentent en sécurité dans l'établissement ! C'est bien normal que ces conditions attirent plus les parents d'élèves qui ont du soucis pour l'éducation de leurs enfants !
Au CSJM, un chronogramme de toutes les évaluations par trimestre, est donné aux élèves et enseignants de chaque classe. Chaque discipline avait entre 3 et 4 évaluations par trimestre et une évaluation peut même se faire après les arrêts de notes pour être comptée au trimestre suivant. Ce chronogramme d'évaluation est respecté obligatoirement. Je me rappelle que quand je ne le savais pas, j'ai laissé tomber une évaluation fixée après les arrêts des notes, puisqu' ailleurs c'était 2 évaluations par trimestre en son temps et personne n'y faisait une évaluation après les arrêts de notes. C'est alors que l'administration l'a fait savoir à tous ceux qui ne le savaient pas. Et nous l'avons désormais tous respecté.
Cette rigueur en évaluation est une qualité exceptionnelle de l'enseignement.
Le CSJM recommande de rattraper les heures non assurées. Un vacataire qui a été empêché, a la possibilité de s'accorder avec les élèves et avertir l'administration pour une séance de rattrapage. Achever le programme pour ce lycée est une priorité. Or dans d'autres privés les fondateurs refusaient le rattrapage des heures non assurées car l'absence d'un enseignant est un gain financier.
Cette rigueur du CSJM est donc un critère de qualité de l'éducation, qui manque dans d'autres établissements privés.
Au CSJM, dès le 25 du mois, le dû de l'enseignant est disponible. Je n'y ai jamais constaté des arriérés de salaire. Cela est une qualité qui motive l'enseignant à travailler. Dans d'autres établissements privés, il y a souvent des re**rds et très souvent des arriérés de salaire. Dès février ou mars, les enseignants sont souvent obligés de travailler à crédit et donc dans de mauvaises conditions. Et certains crédits ne sont jamais payés.
Au CSJM, il y avait beaucoup de permanents et beaucoup y travaillent jusqu'à la retraite. J'y ai même participé à des cérémonies de départ à la retraite de plusieurs enseignants permanents. Cette réalité est due à une confiance établie entre le CSJM et son personnel. Et cela permet à l'établissement de garder des personnes confiantes et expérimentées pendant longtemps. Cela est une qualité de l'éducation. Dans beaucoup d'établissements privés, on évite le contrat de permanence, les déclarations à la caisse...on change les professeurs comme des chiffons surtout quand ils font une moindre revendication ou quand l'établissement leur doit. Certains enseignants trouvant mieux ailleurs ne tardent pas à quitter l'établissement. Il est donc rare qu'un enseignant fasse 5 ans dans certains établissements privés. Ces établissements utilisent les étudiants en quête de travail et les maltraitent puis les changent au besoin. Cette pratique est très mauvaise et impacte négativement la qualité de l'éducation. Chaque année pratiquement, les élèves ont de nouvelles personnes très souvent non expérimentées devant eux ! Une entreprise ne peut pas bien réussir avec un tel changement permanent de personnel et surtout avec du personnel qui ne trouve pas son compte dans l'entreprise !
Au CSJM, la discipline religieuse est un atout qui sert d'exemple au niveau de tous. La discipline des élèves est prise en charge de façon particulière. L'élève a même peur que l'enseignant le renvoie vers la vie scolaire, parce qu'à ce niveau, des décisions sérieuses sont prises ; on ne tarde pas à convoquer le parent, assoir son enfant devant lui et le service de la vie scolaire pour traiter du cas de l'indiscipline. Dans beaucoup d'autres établissements, ces conditions disciplinaires manquent très souvent : les enseignants et le service de la vie scolaire se retrouvent impuissants devant certains cas d'indiscipline. Il arrive même que certains élèves indisciplinés soient des complices ou bons petits de certains fondateurs. Et personne d'autre en dehors du fondateur n'a un pouvoir de décision sur ces élèves.
Au CSJM, les enseignants évoluent mieux dans la progression car toutes les conditions ci-dessus énumérées favorisent la bonne la qualité et la fluidité de l'enseignement et des acquisitions de savoirs , de savoir-faire et de savoir - être.
***Au CSJM, la continuité des enseignements et apprentissages est une priorité. Alors que dans d'autres établissements privés, ce sont les fondateurs eux-mêmes qui encouragent les grèves avec très souvent plus de durée qu'au public. Tout cela pour que la charge financière des heures de vacation diminue. On ne peut pas éviter de dépenser pour les heures normales de vacation et s'attendre à une bonne qualité de l'éducation.
Au Collège Saint Joseph Moukassa de Koudougou , on ne recrute pas d'élèves en classe intermédiaire et on ne donne pas des moyennes de passage par favoritisme. Le recrutement est fait en 6è et en 2nde, et on maîtrise bien les effectifs de façon appropriée dans les classes. Les effectifs respectent généralement les textes. Cependant, d'autres établissements privés ont des effectifs allant de 80 à 100 élèves par classe, font des recrutements sans rigueur et souvent en faisant passer des élèves qui devraient redoubler. En fin d'année, certains établissements privés peuvent faire passer des élèves ayant 8 ou 9 de moyenne en classe supérieure.
Etc.
Bref ! C'est entre autres des exemples de conditions et de pratiques exceptionnelles que j'ai pu observer au CSJM, qui sont des préalables pour une excellence scolaire. Le constat que j'y ai fait également, est que tous les élèves recrutés ne sont pas toujours meilleurs comme certains le pensent. Des cas d'élèves moyens ou faibles y sont recrutés. Il faut y être ou enseigner dans les classes pour le savoir.
En dehors du CSJM, il y a bien d'autres établissements qui ont cette rigueur. Et depuis que je suis encadreur pédagogique, c'est seulement certains de ces établissements privés confessionnels que j'ai constaté demander une formation payante ou une visite de classe payante auprès des Directions régionales et provinciales. Et j'y ai participé. Pendant ce temps, beaucoup d'autres établissements privés n'accordent aucune importance à la formation continue de leurs enseignants car voulant éviter les dépenses.
Alors, je finis par dire ceci à tous les fondateurs plaintifs : l'éducation de qualité a réellement un coût, un coût énorme, un coût financier, un coût des bâtiments de qualité, un coût de la rigueur, un coût de la discipline, un coût pour le recrutement et la formation des enseignants, un coût pour déclarer beaucoup de permanents à la caisse, un coût pour assurer la continuité des cours , un coût pour sécuriser l'établissement, un coût pour créer un environnement sain et attrayant... Quand on veut éviter ce coût, quand on a un esprit purement commercial, alors on ne peut pas attirer des parents d'élèves et des élèves qui prennent l'éducation au sérieux. La vérité c'est cela ! Combien d'entre nous agents publics acteurs de l'éducation formelle inscrivons nos enfants dans les établissements privés confessionnels en laissant même très souvent les établissements publics ? Pourquoi le faisons -nous ? Les réponses à ces questions sont la preuve de ce que j'ai avancé plus haut !
Les bonnes conditions sont des préalables pour le succès scolaire ! Sans elles, même si l'élève est très bon , l'enseignant également, il n'y aura aucune excellence ! Si on recrute de meilleurs élèves et de bons enseignants formés à l'ENS, et on les met dans un établissement qui n'a pas ces bonnes conditions énumérées ci-dessus, on finit par étouffer ces élèves. La preuve est qu'actuellement, les établissements publics se servent d'abord des meilleurs élèves admis à l'entrée en sixième ou seconde avant de donner le reste aux privés, mais beaucoup de ces établissements publics ont du mal à faire briller ces élèves pour l'excellence !
La réussite comme l'échec scolaire, c'est tout un ensemble de conditions qui concourent à cela ! Et comme le dit l'un des principes de l'éducation, tous les êtres humains sont éducables ! C'est une question de conditions à mettre en place ! C'est une question de coût !
Arrêtons donc de camoufler les causes de nos échecs en leur attribuant toujours à ceux qui ont réussi !
Félicitations à tous les établissements privés qui ont fait de leur mieux pour accompagner l'état dans sa mission ! Je n'ai pas ici la prétention d'ignorer les efforts d'un quelconque établissement privé ou de montrer que tout est parfait dans les établissements d'excellence ! J'ai ici le devoir de rappeler à certains leur responsabilité à assumer !
Vive la qualité de l'éducation !
Kagnangbo DJIGUEMDE
Inspecteur de l'enseignement secondaire !