14/12/2024
Osez le coenseignement !
Rachel Harent est professeure des écoles, elle pratique depuis de nombreuses années le coenseignement, notamment à travers le dispositif Plus de maîtres que de classes – enterré par Jean-Michel Blanquer. Elle signe le livre « Le coenseignement en pratique » qui répond à l’aspiration de nombreux enseignants en quête d’approches plus collaboratives et plus proches des besoins des élèves. Cet ouvrage fait la synthèse des recherches menées sur le sujet en proposant des clés pratiques pour la mise en œuvre : quelle forme choisir, comment être complémentaire, comment communiquer… ? Elle répond aux questions du Café pédagogique.
Qu’est-ce que le coenseignement ?
Le coenseignement est tout d’abord un concept mis en évidence par les chercheurs américains J. Bauwens, J.J. Hourcade & M. Friend (1989) et L. Cook & M. Friend (1995). Il est la traduction de « co-teaching ». Il est le fait d’avoir deux – ou plusieurs – enseignants en classe, en même temps et devant les mêmes élèves. Le binôme – dans les faits il est rare d’avoir plus de 2 enseignants – est composé soit de deux enseignants non spécialisés, soit d’un enseignant non spécialisé et d’un spécialisé – coordonnateur Ulis, Segpa, Rased, UPE2A.
En France, dans les textes officiels, c’est le terme de « co-intervention » qui est privilégié. Mais pour le titre du livre, nous lui avons préféré celui de « coenseignement » pour éviter la confusion avec d’autres types de co-intervention – avec les Atsem, les AESH, les intervenants extérieurs, qui ne sont pas des enseignants.
Le coenseignement, parfois présenté comme une innovation, est surtout une autre façon de penser l’enseignement. Le professeur n’est plus seul en classe et cela change beaucoup de choses, tant dans la conception des cours que dans la relation aux élèves, aux parents et aux autres collègues !
En quoi est-ce une démarche pédagogique particulière ?
Il se caractérise en effet par une démarche pédagogique particulière dans le sens où c’est un processus d’enseignement à deux, qui inclut coplanification des cours, coanimation – co-instruction – de la séance, cobilan entre enseignants et coévolution des élèves. Les enseignants deviennent coresponsables de la classe, parfois sur l’année entière – regroupement de deux classes, ou sur des temps donnés – une fois par jour, une fois par semaine sur une ou plusieurs périodes.
Le coenseignement, c’est aussi ne plus être seul en classe : il transforme la norme professionnelle du « seul maitre à bord ». De ce fait, il sort les enseignants de leur isolement, augmente leur sentiment d’efficacité grâce aux interactions, aux échanges, aux partages qu’ils opèrent, et favorise le développement professionnel.
Le coenseignement permet une complémentarité entre les enseignants et apporte ainsi plus de souplesse dans l’organisation pédagogique de la classe. Il facilite un enseignement au plus proche des besoins des élèves, que ceux-ci soient en difficulté ou au contraire aient besoin d’aller plus loin. En effet, il rend plus aisé un travail en groupes différenciés – avec anticipation, remédiation, entrainement ou extension des contenus enseignés, ou un travail en ateliers – manipulation, production d’écrits, travail de l’oral, … Il facilite également l’observation des élèves au travail : comment ils entrent dans la tâche, quelles procédures et stratégies ils utilisent, à quels endroits ils rencontrent des obstacles, etc. Ce qui, en retour, donne de l’information aux professeurs pour mieux répondre aux besoins et ainsi mieux enseigner. Le coenseignement s’est d’ailleurs développé dans l’optique de répondre aux attentes de l’école inclusive.
Aujourd’hui, beaucoup de classes dédoublées en éducation prioritaire accueillent deux enseignants. Parfois, ils se rencontrent le jour de la prérentrée. Est-ce que coenseigner peut s’improviser ?
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