26/02/2024
Légitime violence?
Une courte contribution personnelle sur la base d'auteurs qui ont marqué mon parcours et restent des compagnons de réflexion
Je vois tous les jours dans les médias un monde en proie à des conflits constants dont certains menacent la paix aquise par nos sociétés démocratiques, des traités internationaux, et des associations entre pays basées sur des institutions. Je vois aussi de la violence dans notre quotidien dans les rues et dans les relations interpersonnelles. La question de la légitimité de la violence dans l'exercice du pouvoir, la quête de justice et même celle que l’on voit entre organisations criminelles et rapports de domination me questionnent. Alors j’ai décidé d’aller puiser dans les auteurs que j’ai croisés pour mener une petite réflexion.
Je me rappelle que Kant soulignait l'importance de l'ordre légal et du respect de principes universels. Une paix qui repose sur l'idée que les relations entre les états, comme entre les individus, doivent être régies par des lois et non par la force. Il y a une violence légitime celle justifiée par la défense des principes de justice et de droit, une violence légitime en tant que dernier recours. Chez Sartre, la violence légitime est un cri de liberté, un acte de résistance face à une oppression aliénante qui menace la dignité humaine et l’asservissement à un système qui crée l’injustice entre les individus. Cependant Hannah Arendt nous mettait clairement en garde contre la tentation de voir dans la violence une solution rapide aux problèmes politiques ou de justice sociale. C’est le mensonge et la manipulation, souvent utilisés comme instruments de pouvoir qui dégénèrent en violence. Les fondements mêmes de nos sociétés reposent sur la confiance (qui suppose le respect d’un contrat social, un pacte de non-agression qui nous unissent). J’ai retenu de Max Weber que la clé réside dans un équilibre délicat entre éthique de conviction et éthique de responsabilité, idéaux et réalités pratiques pour maintenir l'ordre et promouvoir le bien commun. Enfin il faut peut-être en revenir à John Locke pour qui les droits naturels de l'individu et le contrat social sont les fondements d’une vie en société. Il a un droit naturel de résister à celui qui viole ces droits naturels... mais est-ce une légitimité de la violence ?
Ces réflexions m’invitent quant à moi à une introspection sur la nature de notre contrat social et sur les fondements de notre vivre-ensemble. Dans les moments que nous vivons les lignes entre vérité et mensonge, justice et injustice, légitimité et tyrannie semblent souvent floues.
Une légitime violence peut parfois sembler justifiée dans la quête de la justice ou de la liberté. Mais les auteurs que je viens d’invoquer nous rappellent que notre engagement envers la vérité, le dialogue et le respect des droits fondamentaux est essentiel pour préserver l'équilibre fragile de nos sociétés.
La réalité quotidienne nous montre que le spectre de la violence nous accompagne constamment, ce qui nous oblige je pense à questionner les fondements de sa légitimité et globalement des conditions de possibilité de notre humanité collective.
P.S. De très bons articles dans le PhiloMag de Mars "Que peut-on opposer à la violence"
Photo William L extrait de PhiloMag