02/11/2017
Le 2 novembre 1917, Lord Balfour, alors ministre des affaires étrangères britanniques, envoyait une lettre à Lord Walter Rothschild dans laquelle il lui promettait, en tant que représentant de la Fédération sioniste, la Palestine comme foyer national juif. Avec les accords de Sykes-Picot (révélés aux grand jour par Lénine à la suite de la révolution russe et de l’abolition du tsarisme en 1917), cette lettre allait sceller un siècle d’oppression pour le peuple palestinien.
En effet, dans cette lettre, les palestiniens, qui constituaient alors 90% de la population de la région, n’y sont référés qu’en tant que « communautés locales non-juives », aux « droits civils et religieux » desquelles le projet sioniste devrait avoir bien soin de ne pas « porter atteinte ». Mais Balfour lui-même aura vite fait de se démentir par la suite : en 1919, il dira que les aspirations sionistes étaient d’une « importance bien plus profonde que les désirs et préjudices de 700.000 arabes habitant cette contrée ancienne. »
Cela ne surprend guère de sa part. En effet Balfour était un ardent supporter de la colonisation et des projets coloniaux tant au Moyen-Orient qu'ailleurs. Il les voyait comme un moyen « d’étendre les bénédictions de la civilisation » sur les populations « moins développées ». C’est ce qu’il dira spécifiquement de Cecil Rhodes, dont on sait qu’il est responsable de la mise au travail forcé et de la mort d’un nombre littéralement incalculable de d’africains subsahariens.
« Les hommes ne naissent pas égaux » dira-t’il en 1904, et en 1906 il dira que « les africains sont moins intellectuellement et moralement capable que les noirs ».
Ce qui est en revanche plus surprenant, du moins pour les personnes qui ne sont pas familières avec le personnage, c’est qu’il était probablement également antisémite. Son support pour le sionisme semble être avant tout motivé chez lui par l’occasion qu'il lui offre d'organiser l’expulsion de la population juive, qu’il accuse d’être responsable de « misères vieilles comme le monde » pour l’Occident.
Mais qu’en aurait-il été si au lieu de forcer dès les années 20 des Palestiniens à quitter leur maison, l’Angleterre avait décidé d’établir ce foyer juif sur ses propres terres, au Pays de Galles par exemple? Quel aurait été le résultat? Une question qui peut sembler farfelue mais l’idée de Balfour et Rothschild l’était-elle moins?
One hundred years ago, the Balfour Declaration backed Palestine as a Jewish homeland. Imagining if history had taken another turn offers a fresh perspective.